Être jeune, c’est avant toute chose être en période de transition et de construction personnelle. Celle de la dépendance à l’autonomie, celle des études vers l’emploi, celle d’une famille d’où l’on vient à celle que l’on va créer… Ce passage sera fructueux pour certains jeunes, difficile pour d’autres voire quasi impossible pour quelques-uns. L’accès à l’autonomie est la condition et le signe de leur intégration sociale. Les jeunes vivant des situations de pauvreté auront plus de mal que d’autres à vivre ce temps de la jeunesse et à réussir à construire cette autonomie. Cela ressemble souvent à un parcours du combattant, avec à l’arrivée un résultat qui peut parfois leur paraître bien maigre au vu de l’énergie déployée pour y arriver.
Concrètement, pour construire cette autonomie, il faut un accompagnement, des relations sociales constructives et des moyens financiers. Ce qui va permettre une transition tient pour partie au regard porté sur les jeunes, au soutien dont ils bénéficient, aux tensions qu’ils sont en capacité de gérer ou non, comme aux réalités concrètes de leur existence et de leur parcours.
Pendant longtemps, cette période a été globalement prise en charge par les familles, complétées par de nombreux lieux d’« éducation populaire », laissant la puissance publique en acteur discret. Aujourd’hui, avec la faible évolution du pouvoir d’achat depuis une trentaine d’années, le manque d’emploi, les crises économiques successives et l’évolution des familles, la réalité a changé. L’État, les collectivités locales et les acteurs économiques doivent s’impliquer dans le soutien aux jeunes de manière plus directe.
Le regard des uns et des autres (et des médias) sur les jeunes est régulièrement caricatural. Ils sont tour à tour encensés ou décriés selon que l’on voit en eux : des coupables, dangereux, violents (des menaces ou un risque qu’il faut combattre) ; des personnes en danger ou en difficulté (des victimes qu’il faut protéger et sauver) ; des ressources ou des porteurs de potentialités (une chance pour l’avenir qu’il faut mettre de côté).
Pourtant, il importe de sortir de ces catégories, de ne pas mettre les jeunes dans des cases. Les réalités vécues sont autant de vecteurs pour mener ou non à une autonomie assumée et réalisée. Notre société doit impérativement changer de regard sur les jeunes. « Faites-nous confiance ! Encouragez-nous, soutenez-nous, croyez en nous !!! » C’est ce qui ressort avec force des écrits, rencontres, enquêtes et remontées du terrain : « Je pense qu’il faut en finir avec des clichés d’une jeunesse qui deale, consomme de l’alcool, fainéante et j’en passe. Mais plutôt montrer une jeunesse qui se bat au quotidien pour vivre, trouver un emploi… »
En réponse à ce cri, « faites-nous confiance », quels soutiens existent ?
Il y a l’appui des familles, le soutien des groupes d’amis ou de référence des jeunes. Mais dans ce chemin de construction personnelle et sociale, d’autres appuis peuvent manquer. Car ce qui est nécessaire au jeune se situe au niveau financier mais aussi humain, affectif, relationnel, scolaire, institutionnel, associatif. En cela, les engagements de l’État et des structures publiques restent nettement insuffisants et ne traduisent pas un engagement clair. Au contraire ! Les inégalités de réalités familiales influencent de manière excessive les parcours de jeunes et ce dès le plus jeune âge.

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