Ils ont entre 18 et 25 ans. 75 % d’entre eux ne sont ni en emploi, ni en formation. Leurs ressources sont nulles ou inférieures au seuil de pauvreté, leur niveau d’études n’atteint pas toujours le brevet des collèges et ils ont quitté leur famille ou été poussés dehors. Tel est le profil des jeunes les plus démunis dressé par l’enquête du Secours Catholique réalisée sur un échantillon de 11 006 situations de pauvreté [1] dont la personne de référence a entre 18 et 25 ans (soit 12 % des situations analysées tous âges confondus).
Qu’ils soient étrangers en quête de travail et vivant en extrême précarité (17 % des jeunes) ou Français en rupture familiale, les 18-21 ans rencontrés au Secours Catholique et ayant quitté le foyer parental sont proportionnellement plus nombreux qu’au niveau national. « C’est là un signe de grande fragilisation », s’inquiète Dominique Saint-Macary, responsable de l’enquête statistique du Secours Catholique.
Jeunes mères seules
Se trouvent aussi en grande difficulté les jeunes mères vivant de transferts sociaux. Elles représentent 22 % des jeunes interrogés par le Secours Catholique. Leur revenu moyen, de 894 euros avec un enfant à élever, est en deçà du seuil de pauvreté (949 euros pour une personne seule). Elles sont, au Secours Catholique, plus nombreuses en 2010 qu’en 2009. Catherine, 25 ans, de Colombes (Hauts-de-Seine), ne perçoit que 700 euros pour elle et sa fillette de bientôt 2 ans. La petite Giacinta Lourdes n’a jamais vu son père. Sa maman camerounaise est venue en France pour étudier, mais la naissance de l’enfant a interrompu ce projet. Catherine habite chez sa sœur, qui élève un enfant elle aussi. Les quatre personnes se partagent une seule petite pièce. Agnès, accompagnatrice de Catherine au Secours Catholique, se réjouit de voir sa protégée entreprendre une formation de secrétaire médico-sociale. Elle y voit la preuve que Catherine ne veut pas « stagner au RSA » mais plutôt « marcher debout ».
Sans ressources
Au Secours Catholique, un quart seulement des jeunes en recherche d’emploi perçoivent une allocation de chômage, contre un tiers chez leurs aînés. De fait, entre temps partiel et intérim, la durée des contrats des 18-25 ans atteint rarement quatre mois, durée minimale pour avoir droit à l’indemnité de chômage. Un tiers des jeunes qui s’adressent au Secours Catholique sont sans ressources. Les deux autres tiers perçoivent en moyenne 784 euros, alors que le niveau de rémunération de l’ensemble des personnes aidées par l’association atteint 927 euros. Cela s’explique par la faiblesse de leurs salaires et leur accès restreint aux prestations sociales – chômage, aides au logement, RSA… Des situations parfois insupportables. Nicolas Lemaistre, 21 ans, a fait la grève de la faim quatre jours durant en juillet dernier, à Draveil (Essonne), pour alerter sur sa situation (voir notre article du 27 juillet sur www.secours-catholique.org). Employé comme manutentionnaire de nuit à Rungis, il n’arrivait pas à trouver un logement, et ne voulait vivre ni chez sa mère, ni chez son père, divorcés depuis ses 6 ans. « Je suis parti de chez ma mère à 14 ans parce que je ne supportais pas l’autorité de l’homme avec qui elle vivait », confie le jeune homme. Après sa grève de la faim, Nicolas a été licencié pour absence non justifiée et a dû retourner provisoirement chez son père. La mairie de Draveil affirme ne pas avoir trouvé trace de sa demande de logement social… « Si vous connaissez quelqu’un à la mairie, vous avez un logement, déclare Nicolas. Pareil pour l’emploi. Ceux qui ne connaissent personne, je me demande comment ils font. » Le jeune homme espère quant à lui un travail de gardien remplaçant, grâce à un ami de son père. Au-delà du cas de Nicolas, le parcours des jeunes candidats au logement est semé d’embûches. Ils se voient refuser le Loca-Pass (garantie du « 1 % logement ») par les propriétaires privés, en l’absence de garant parental. Dans le secteur social, « le Loca-Pass est accepté mais si le bailleur sent une fragilité, le logement n’est pas attribué », constate Alain Pouzols, du Secours Catholique de Châlons-en-Champagne.
Chômage massif
En 2010, 24,2 % des jeunes actifs de moins de 25 ans étaient au chômage en France (contre 9,2 %, tous âges confondus), selon l’Insee. « L’employeur embauche facilement des jeunes en CDD par le biais de contrats aidés, ce qui lui permet d’avoir de la main-d’œuvre à moindre coût. Mais le jour où l’aide de l’État s’arrête, le CDD, lui, n’est pas renouvelé », proteste l’un de ces jeunes. « Manque de confiance en soi, manque d’assurance… On peut trouver mieux, on a le choix… Elle n’a pas le permis… Il n’a pas le Caces [certificat d’aptitude à la conduite en sécurité des engins de levage]…Son CV est creux… Ils ne se bougent pas assez… » Les arguments pour ne pas embaucher les jeunes ne sont pas tous de bonne foi, reprenant trop souvent des clichés. Les jeunes interrogés par l’association se sentent quant à eux « sous-estimés, caricaturés, considérés comme irresponsables », observe encore Dominique Saint-Macary.
État et employeurs en cause
Le rapport du Secours Catholique l’écrit franchement : « L’État et les employeurs sont relativement absents [auprès des jeunes], les transferts sociaux leur sont peu destinés, ils sont peu éligibles au logement social, seule la famille joue son rôle de providence. » Or un jeune vivant au sein d’un couple, sans revenus, sans allocations familiales, fait baisser de 25 % le niveau de vie de ce couple, constate le rapport. Toutefois, près de la moitié des jeunes interrogés par le Secours Catholique (47 %) manifestaient en 2010 leur confiance en l’avenir… Sans savoir qu’une étude de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines, parue au début de 2011, exprimait l’intention des employeurs de donner la priorité à l’alternance et aux stages, tous niveaux confondus, « sans réelle opportunité de contrat à durée indéterminée ».
François Tcherkessoff

Laisser un commentaire