Les deux objectifs du groupuscule salafiste Fatah Al-Islam d’ébranler le Liban par un regain de violence dans tout le pays et de détourner les efforts pour établir un tribunal spécial capable de débusquer les assassins de Rafic Hariri sont sérieusement remis en cause. Aujourd’hui en effet le Conseil de sécurité des Nations unies devrait étudier le texte de la résolution qui sera soumise à l’approbation le 29 mai prochain. A Beyrouth, hier, Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères réaffirmait le soutien et la solidarité de la France envers le Liban et renouvelait son engagement pour le maintien du tribunal international. Échanges de tirs à Nahr-Al-Bared
Entièrement cernés par l’armée libanaise depuis le 20 mai, les membres du groupuscule sont désormais circonscrits à l’intérieur du camp de réfugiés palestiniens Narh el Bared, près de Tripoli. La trêve en vigueur depuis lundi reste fragile. Mardi après midi, quatre camions de l’UNRWA chargés d’aide alimentaire et de médicaments ont dû rebrousser chemin après avoir essuyé les tirs du Fatah Al-Islam. Mercredi, quelques ambulances ont pu enfin porter secours aux réfugiés palestiniens. Hier malgré quelques échanges de tirs aux entrées nord et sud du camp, la trêve a été respectée, permettant à de nombreux réfugiés palestiniens de sortir du camp. Pris en tenaille depuis quatre jours entre l’armée libanaise et le Fatah Al-Islam, les habitants de Narh el Bared se trouvent dans une situation intenable. Privés d’eau, d’électricité, de nourriture et de médicaments, confrontés pour beaucoup à la destruction de leurs maisons suite au pilonnage de l’armée libanaise dimanche et lundi, les réfugiés sont dans une situation dramatique. En l’espace de quatre jours, près de 26 000 personnes sur les 31 000 habitants que compte Nahr-Al-Bared ont été contraintes de fuir. N’emportant que le strict minimum, les réfugiés palestiniens sortent par groupes du camp à pieds ou en voiture. Epuisés, malmenés, les réfugiés palestiniens, particulièrement les femmes et les jeunes enfants sont traumatisés. A la sortie du camp, ils livrent leur désespoir, la peur vécue, leurs ressentiments aussi. « Il y a eu beaucoup de tirs et beaucoup de morts, confie Naida Hamarjiaba. Nous n’avons rien à voir avec le Fatah Al-Islam, ils ne défendent pas la cause des Palestiniens. Depuis qu’ils sont arrivés il y a deux mois et demi, ils nous ont fait peur et nous ont menacés. Nous n’avions pas le droit de leur parler. » De nombreux réfugiés évoquent ainsi des hommes circulant dans le camp, le corps cerclé d’explosifs pour intimider les Palestiniens. De nombreux réfugiés sont actuellement hébergés par des familles libanaises amies. Beaucoup d’autres ont rejoint le camp de Beddaoui, autre camp de réfugiés palestiniens au sud de Tripoli. Un camp où règne une grande pauvreté et une densité de population déjà insoutenable. Là, les réfugiés venus avec leurs seuls vêtements attendent dans le désoeuvrement la fin des hostilités et le règlement de la crise pour retourner chez eux. Certains comme Ziad ont tout perdu. « Nous n’avons plus rien, explique-t-il. Ma maison a été soufflée par les tirs de mortier. Notre vie ici est une tragédie. Je ne sais même pas ce que je vais faire de ma famille en rentrant. » D’autres éprouvent le besoin inlassable de raconter ce qu’ils ont vécu. La colère perce parfois dans les discours et commence à alimenter les conversations.
Un sujet tabou
Si les relations entre les Libanais et les Palestiniens se sont considérablement améliorées ces dernières années, le problème des camps palestiniens était resté tabou. Que le champ de bataille entre l’armée libanaise et le Fatah Al-Islam se situe dans une de ces zones extraterritoriales aura au moins permis de lever un tabou. Il aura également permis à la classe politique libanaise de prendre en considération la situation très grave dans laquelle se trouvent les habitants de ces camps et qui constitue une porte d’entrée de choix aux extrémismes. Une prise de conscience qui aura coûté la vie à plus de 50 personnes et entraîné des déplacements massifs de populations.
De notre envoyée spéciale au Liban, Véronique Linarès
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