Président de la République d’Indonésie, c’est ce que Budi Wibowo veut devenir ! Il le dit certes en plaisantant, mais son humour décalé et son air posé faussent les impressions. Peut-être n’est-il pas si sarcastique.
Âgé de trente ans, Budi travaille sans relâche pour Cindelaras, une ONG indonésienne soutenue par Caritas France. Cindelaras œuvre à la reconstruction et à la modernisation de l’économie locale, dans le sud d’Aceh. Pour cet ancien étudiant en économie, c’est tous les jours le même rituel : il parcourt les rizières, les champs de haricots, de piments et de cacahuètes, à la rencontre des agriculteurs. Par sa présence rassurante, Budi les encourage. Mais pas seulement. Il n’hésite pas à retrousser les manches. Chaque soir, il organise des réunions avec les paysans pour faire le point sur leurs attentes et leurs besoins en matériel. « L’après-tsunami, c’est un défi », reconnaît-il. Un défi sur le plan économique et politique. Si le tsunami du 26 décembre 2004 a décimé la population et dévasté les sols, il a aussi semé le désordre dans l’attribution des terres. Les titres de propriété à jamais détruits, certains chefs de village ont vendu des parcelles de terrain sans en avoir le droit… « L’enjeu est de mobiliser politiquement les agriculteurs. Notre but, c’est aussi de renverser les mauvais chefs et d’en mettre de bons à la place », affirme celui qui fut membre du People’s Democratic Party, un parti luttant pour la liberté sous le joug de l’ère Suharto. En misant sur certains leaders locaux, Cindelaras, une association partenaire du Secours Catholique, veut changer la donne au sud de Meulaboh. Certains chefs de village ont personnellement profité de la confusion générée par le grand nombre d’ONG présentes sur le terrain. A côté de ce défi politique persistent les aléas du programme agricole. Enseigner aux fermiers de Sumatra les techniques javanaises de plantation – plus intensives – est une mission culturellement délicate. Mais Budi connaît la terre. Pendant ses études, ce fils d’agriculteurs a lui aussi travaillé dans les champs. Un savoir qui l’a rendu plus proche des paysans dans la détresse, et plus efficace dans l’œuvre de reconstruction et de développement. Quand ce travail s’achèvera, au sud de Meulaboh, en 2008, Budi consacrera plus de temps à son activité première : le syndicalisme, notamment auprès des travailleurs émigrés. Budi Wibowo jongle décidément avec les causes. C’est ainsi que l’on devient président.