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Logique et Logistique
crédit : T. Mayaud / SC


TCHAD


mise en ligne : 11-11-2006

Désolé, nous avons un problème d’ordinateur… Désolé, le générateur est en panne… Désolé, il n’y a pas de moyen de locomotion… Désolé, mais internet ne fonctionne pas… Partager le terrain avec les agents du Secadev apprend combien ils sont tributaires de la logistique pour effectuer correctement leur travail, et combien il est important de développer l’équipement pour favoriser l’efficacité…

« Il faut que j’aille à Guéréda, » expliquais-je la semaine dernière à Augustin Othman, le logisticien de la Coordination Secadev d’Abéché. Pas de problème fut évidemment sa réponse, puisque sa mission consiste justement à faire en sorte que tous, hommes et matériels, puissent transiter sans difficulté entre les divers sites où le Secadev vient en aide aux populations réfugiées et tchadiennes. Mais cette réponse s’accompagnait d’un froncement de sourcils caractéristique d’une interne contrariété.

Renseignements pris, l’explication est simple : Guéréda se trouve à plus ou moins 180 kilomètres d’Abéché, environ 6 heures de route dans l’état actuel des pistes, défoncées par la saison des pluies et le nombre de gros porteurs qui l’emprunte pour ravitailler les camps. Mais plus que le dos ou les amortisseurs qui risque de souffrir du trajet, c’est le dispositif à mettre en place qui tracasse Augustin. « Depuis que les coupeurs de routes volent sans complexe les voitures sur cet axes, [dont une du Secadev mi-octobre], nous ne pouvons plus aller là-bas qu’en convoi. Ce qui veut dire mobiliser trois véhicules sur le parcours complet, ou, pour ne pas départir chaque base de ses voitures, 2 au départ d’Abéché pour t’accompagner jusqu’à Am Zoer, à mi chemin, plus deux autres qui viendront en convoi depuis Guéréda te récupérer là bas et t’accompagneront jusqu’à destination…» Cinq voitures, cela revient à faire parcourir 5 fois 180 kilomètres, environ 920 donc, pour assurer le déplacement d’une seule à moins de 200 kilomètres, soit aussi plus de 180 litres de gasoil (équivalent à la dotation en carburant d’une voiture pour trois semaines) là où un seul n’en utiliserait qu’une petite quarantaine. C’est évidemment une logique arithmétique discutable, mais une nécessité logistique incontournable. Le froncement de sourcils s’explique…

Il s’éclaire aussi lorsque la solution vient, c’est une aubaine rare dans cette région, d’un concours de circonstances heureux. L’organisation Oxfam, partenaire dans les camps pour la gestion des questions hydrauliques, vient de donner au Secadev un 4x4 Hard-Top, affecté au secteur eau du camp de Farchana. A la coordination, on choisit donc d’envoyer aussi un pick-up à Guéréda en renfort des deux voitures dont dispose à l’heure actuelle cette base pour transporter quotidiennement les 50 agents de la ville au camp (18 kilomètres…) Comme il faut également assurer le déplacement depuis Abéché des agents vétérinaires de l’état qui vont officiellement lancer la campagne de vaccination dans ce camp géré par le Secadev, le convoi de trois véhicules est donc constitué pour prendre la route.

Sur place, je retrouve Mbalidal, superviseur du secteur agriculture, qui a également accepté de prendre en charge le rôle de correspondant communication pour la base de Guéréda. Après quelques mois de travail et de concertation avec les cadres du Secadev, nous avons en effet décidé de diviser la charge de la communication. Ainsi le communicateur basé à la coordination d’Abéché sera relayé dans les bases par un répondant chargé de faciliter son travail en ciblant les thèmes importants à traiter, voire en réalisant quelques articles sur la vie du Secadev où il se trouve. De manière formelle, nous avons convenu qu’ils enverraient chaque semaine un petit tableau des principales activités en cours dans le camp et les villages environnants, afin que le communicateur soit informé de cette actualité en temps presque réel, avant d’arriver sur place en tout cas.

« Désolé, me dit Mbalidal, je devais t’envoyer un point des activités par secteur, mais nous avons eu un sérieux problème informatique qui nous a empêché d’avoir accès à l’ordinateur. Je n’ai pas pu te faire part de toutes ces informations en temps voulu, je suis désolé !» J’ai envie de répondre, naïvement, qu’il suffisait de se mettre sur un autre ordinateur… Mais j’ai eu le temps d’être déniaisé depuis mon arrivée au Tchad. Si Mbalidal me dit qu’il y eu un problème, c’est sérieux, et c’est l’occasion de faire le point avec lui de la situation logistique de ce point de vue aussi… Nous comptons : un ordinateur pour le délégué, un autre pour le gestionnaire de base, un troisième pour le logisticien, encore un pour le camp manager, un pour l’ingénieur en eau et… et c’est tout. Ce parc informatique est partagé par tous les agents de la base, répartis en 8 secteurs dont chacun doit produire au moins un rapport hebdomadaire chiffré, circonstancié, plus le rapport global du camp, la gestion courante…

Pour plus d’efficacité devant l’écran, ces rapports sont d’abord couchés sur papier de manière manuscrite, puis tapés au clavier lorsqu’un ordinateur se libère, ce que certains superviseurs attendent parfois plusieurs heures une fois rentré du camp ! Bref, sans même que l’une ou l’autre de ces machines soit défaillante, c’est effectivement difficilement gérable, et je me sens presque coupable de demander un document supplémentaire pour les besoins de la communication. Nous décidons toutefois de sortir l’aspect positif de ce problème en portant par écrit ce constat sous forme de plaidoyer pour une logistique logique.

Sur le terrain, les conditions sont ce qu’elles sont… Certains aléas sont indépendants de nos volontés, c’est pour pallier ces impondérables que le talent des logisticiens doit s’exprimer. Lorsque les solutions sont à notre portée, ils manquent en revanche de réponses logiques pour endiguer la baisse d’efficacité et le découragement dont sont victimes ceux qui pâtissent de ces carences logistiques. Philippe Boguel, Coordinateur à Abéché, se demande si cette situation n’entrave pas l’ambition de professionnalisme du Secadev : « Sommes nous réellement inscrits dans le mot d’ordre de l’année qui est la "recherche de l’excellence" ? Si les mesures d’accompagnement ne respectent ni la logique ni les exigences de travail, la réponse est à priori non ! » Mais si chacun prend conscience de cette réalité, gageons que le travail sera plus agréable et la mission de base, venir en aide aux populations en difficultés, en sortira renforcée !

Thibault MAYAUD


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