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Mouvements de bottes à l’est du Tchad
TCHAD


mise en ligne : 31-10-2006

Comme tout le laissait prévoir, la fin du ramadan couplée celle de la saison des pluies a été marquée par une reprise des oppositions armées à l’est du Tchad entre troupes fidèles au Président Deby et groupes rebelles. Plus difficile à prévoir était en revanche la manière dont se manifesterait cette relance des combats. Les dix derniers jours ont été riches en rebondissements de ce point de vue là !

Dimanche 22 octobre, veille de l’Aïd, jour de la fête de fin du Ramadan, une récente coalition de rebelles intitulée UFDD (Union des Forces pour la Démocratie et le Développement) réunissant notamment le FUC -Front Uni pour le Changement- de Mahamat Nouri et le CDR -Comité Démocratique Révolutionnaire- a ouvert les hostilités en prenant position pendant quelques heures dans la ville de Goz Beida. Selon toute vraisemblance, c'est-à-dire selon les rapports envoyés ultérieurement par les rebelles eux-mêmes, le gouvernement tchadien ou les humanitaires présents sur place (du fait de la proximité du camp de Djabal notamment) l’arrivée des rebelles s’est faite sans heurts, les rares militaires sur place semblant avoir sagement abandonné la place aux premiers coups de semonce tirés par les "libérateurs" (version rebelle) ou "mercenaires à la solde du Soudan" (version gouvernementale)

Ces derniers n’ont tenu la position que 24 heures, abandonnant à leur tour la ville que les soldats gouvernementaux ont ainsi pu libérer une seconde fois. Après avoir tiré sans succès un missile sol-air en direction d’un avion de reconnaissance français (Breguet Atlantique 2) qui traînait par là, parce qu’ils craignaient de se voir attaqués par lui, les rebelles se sont ensuite dirigés vers la ville d’Am Timan, au Sud est de Goz Beida, pour reproduire un scénario similaire. C’est au moins la rumeur qui a circulé dans un premier temps : entrée sans fracas dans la ville, prise de position provisoire avant de céder la place quelques heures plus tard. Aux informations plus récentes collectées, triées et sériées, il semble que cette prise (effective) de Goz Beida se soit accompagnée de combats plus engagés, puisque les déclarations à suivre des deux camps ont fait état d’un grand nombre de morts (80 pour les uns, 40 pour les autres), avec cette différence que chacun place le gros des pertes chez l’ennemi et revendique pour soi la victoire. C’est une notion à prendre en compte dans cette série d’évènements : chaque information doit faire l’objet d’une lecture critique, et n’être tenue pour sérieuse qu’à la lueur de toutes les autres sources qu’on aura pu obtenir sur le même point. Tout en sachant, bien sûr, que ce que l’on tient finalement pour vrai peut toujours être remis en cause aux vues d’informations nouvelles…

Ainsi en est-il des déclarations gouvernementales qui ont suivi le tir du missile contre l’avion français. Rompant l’harmonie officielle affichée quelques jours plus tôt par les gouvernements de Khartoum et N’Djamena lors d’une réunion qui prévoyait l’instauration de patrouille mixte sur la frontière entre les deux pays, la Primature tchadienne a fustigé les « bandes armées qui sont, de toute évidence, montées et commanditées à partir du territoire soudanais » et militairement soutenues par le Soudan, sans qui elles n’auraient pu obtenir un tel armement. « Il n'y pas de mystère, ce matériel a été livré sous l'oeil bienveillant des autorités soudanaises ou par le Soudan lui-même, » déclarait le ministre tchadien des Affaires étrangères Ahmat Allami. Accusation évidemment aussitôt réfutée par Khartoum. Ce qui n’a pas empêché N’Djamena de renouveler en annonçant samedi 28 octobre le bombardement de quatre villes tchadiennes par un Antonov soudanais vers le nord de la frontière commune du Darfour, notamment sur la ville de Bahaï. Information à nouveau démentie par le Soudan, et cette fois remise en question par les humanitaires eux-mêmes, nombreux dans cette ville étant donnée la proximité du camp d’Oure Cassoni, qui n’ont rien entendu des supposés bombardements. Quant à ceux relevés contre la ville de Tiné, un peu plus au Sud, ils auraient effectivement eu lieu, mais du côté soudanais de la frontière. Information toujours à prendre avec précautions toutefois, tant il est difficile de s’assurer des sources directes et fiables !

De retour aux relations tchado-tchadiennes, les combats de Goz Beida ont en tout cas momentanément marqué un tournant. L’espace de quelques heures, d’un ou deux jours peut-être, un certain flottement s’est installé, désorientant analyses et prédictions quant à la suite des évènements. Retirés de Goz Beida, l’on a d’abord pensé que les rebelles prendraient la route de N’Djamena, en se demandant s’ils commettraient l’erreur du mois d’avril dernier en lançant à l’assaut de la capitale une colonne unique, coupée de renforts et loin de ses bases arrières. C’est au moins l’hypothèse qui a prévalu dans les premiers temps, puisqu’à Mongo, sur la route supposée de ces rebelles, les renforts gouvernementaux sont massivement arrivés et les dispositions ont été prises pour "accueillir" les opposants dès la nuit du 23 octobre. Il n’en a rien été, et les troupes de l’UFDD ont temporairement disparu de la scène. Il a donc ensuite été question de les savoir du côté de la frontière centrafricaine, au sud d’Am Timan, où elles seraient allées se réfugier.

Mais la réalité des combats à rapidement rattrapé toute les suppositions : dans la journée du 28 octobre, de violents affrontements auraient éclaté du côté d’Hadjer Meram, zone de montagnes et de marécages à proximité du Soudan où les rebelles sont installés depuis plusieurs mois maintenant, et auraient pris en embuscade l’armée lancée à leur poursuite. Là encore, la guerre des communiqués à fait suite au feu des armes. Selon celui du ministre tchadien de la Défense Bichara Issa Djadallah publié en début de soirée, ces affrontements, qui ont duré plusieurs heures, ont fait "une centaine de morts" côté rebelle et quatre victimes dans les rangs gouvernementaux, dont le chef d'état-major adjoint de l'armée de terre, le général Moussa Sougui. Les rebelles de l'Union des forces pour la démocratie et le changement (UFDD) ont pour leur part annoncé dans un communiqué que les combats s'étaient soldés par la mort de 215 soldats de l'armée nationale tchadienne (ANT), contre 15 dans leurs propres rangs… Que croire dans cet amas incohérent de déclarations propagandistes ? Seules sont évidentes la mort du chef d’Etat Major Adjoint, saluée dès lundi par une cérémonie officielle à N’Djamena, et les colonnes de blessés évacués, sur Goz Beida dans un premier temps, Abéché puis N’Djamena ensuite. Pour soutenir dans l’adversité le moral de la nation, la radio tchadienne diffusait mardi matin (31.10) un communiqué du gouvernement saluant le courage des valeureux soldats tombés aux champs d’honneur. Drôle de champs que ces marécages, et d’honneur que de mourir dans une embuscade dont l’enjeu dépasse le simple soldat.

Le plus sage, ainsi que le demandait dans une récente déclaration l’ancien président du Mali, Alpha Oumar Konaré, actuel président de la Commission de l'Union africaine, serait certainement que « les parties tchadiennes » fassent « usage du dialogue pour régler leurs différends et ce dans le respect de la légalité constitutionnelle. » Il n’est pas interdit d’espérer.


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