| mise en ligne : 25-11-2006 |
Affrontement inter-ethnique, débordement du conflit soudanais chez les voisins tchadien et centrafricain, état de crise, état d’urgence… Tout laisse penser que la situation entre le Darfour et l’est du Tchad ne fait qu’empirer… Et pourtant ! Quelques avancées se font sentir dans la prise de conscience internationale par exemple, et sur le terrain, les acteurs de l’urgence continuent de se dépenser corps et âme pour faire un quotidien plus humain à ceux qui ont fui de chez eux. Mais reprenons…
Au Soudan, bien sûr, le conflit est loin d’être fini… On assiste même de manière très nette à une recrudescence des combats, qualifiée par des observateurs avisés, d’attaques contre les populations du Darfour d’une ampleur jamais égalée depuis 2004. Prompte à réagir, la communauté internationale se mobilise pour mettre un terme à cette situation intolérable. "Ce que nous devons faire contre l’horreur absolue", annonce dans un manifeste publié le 20 novembre, le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy. L’ONU dont la résolution 1706 d’août dernier est restée sans effet, semble se résoudre à entrer par la fenêtre du Soudan puisque le président El-Béchir lui ferme toujours sa porte, en entravant la visite de son représentant Jan Egeland d’une part, en maintenant son refus d’accueillir des casques bleus sur son territoire, d'autre part. Les réunions se succèdent pour trouver une solution au problème. Addis Abeba d’abord, où l’Union Africaine, à défaut de se voir relevée, s’est trouvée réconfortée par les moyens que pourra mettre à sa disposition l’Organisation des Nations Unies. Position soutenue par l’Egypte, appuyée par la France en ceci. En Libye ensuite, où sous l’égide du Guide de la Révolution, les parties concernées se sont engagées à étudier la question des moyens à mettre en œuvre afin que tout s’arrange dans la région… Selon des intérêts particuliers, les puissances étrangères soutiennent tel ou tel plan d’apaisement de la région : les Etats-Unis étudient la possibilité de frappes ciblées sur des objectifs stratégiques soudanais tandis que, de son côté, la Chine soutient une solution pacifique au problème du Darfour.
De son côté, Luis Moreno Ocampo, le procureur de la Cour Pénale Internationale, ne se soucie guère des impératifs politico-économiques pour avancer sur son dossier. « Notre enquête est pratiquement terminée », annonce-t-il. Son rapport sera présenté le 12 décembre prochain. Cela changera peut-être le cours des choses..!
Au Tchad, les combats ont repris. La crise du Darfour risque d’embraser la région, entend-on un peu partout. Des affrontements inter-ethniques copiés sur ceux du Darfour sévissent en effet au Tchad, provoquant le déplacement de plusieurs milliers de personnes. Une mission du Secadev s’est d’ailleurs rendue dans les régions reculées au nord du camp de Farchana pour prendre la mesure de la situation des déplacés tchadiens dans le village de Goundo. Face à ces mouvements de rébellions qui débordent sur les pays voisins, Tchad et Centrafrique, les deux pays unissent leurs forces contre l’ennemi commun, le Soudan. Le Tchad intervient en Centrafrique et décrète l’état d’Urgence sur son propre territoire, pour six mois maintenant. Le gouvernement Deby a rétabli la censure préalable pour la presse privée et interdit aux radios du pays d'évoquer les questions "pouvant porter atteinte à l'ordre public, à l'unité nationale, à l'intégrité du territoire et au respect des institutions républicaines". Il compte aussi beaucoup sur l’intervention de force onusienne pour calmer les ardeurs belliqueuses au Soudan et couper aussi les possibilités d’action de la rébellion tchadienne… Peine perdue samedi 25 novembre 2006 à 6h20, les troupes de Mahamat Nouri, leader de la rébellion, attaquaient la ville d’Abéché. Il est encore un peu tôt pour en dire plus…
Malgré les avancées annoncées après la rencontre libyenne, le Tchad continue d’affirmer que le Soudan voisin est l'instigateur de cette vague de violence : "ces conflits intercommunautaires d'un genre nouveau dans notre pays, de par leur ampleur et les moyens employés, sont la suite logique de la déstabilisation programmée du Tchad par le Soudan et de sa volonté d'exporter le conflit du Darfour sur le territoire de notre pays", a répété le premier ministre tchadien Pascal Yoadimnadji devant les députés ; ce que Khartoum dément toujours catégoriquement.
Pendant ce temps, évidemment, les agences humanitaires continuent tant bien que mal leur travail de terrain. S’il faut de temps en temps redire haut et fort les conditions de sécurité à respecter dans les camps (caractère civil, armes prohibées…), cela ne remet évidemment pas en cause la persistance du soutien apporté aux réfugiés, comme la distribution mensuelle de vivres au camp de Farchana par exemple ; ou l'accueil, par la délégation Secadev de Guéréda, de nouveaux réfugiés au camp de Kounoungou, récemment arrivés au Tchad à la suite des violents combats qui ont repris au Darfour. C’est d’ailleurs sur ces nouvelles arrivées et sur la passation au Secadev de la gestion du camp de Milé par l’ONG Care que le délégué de Guéréda, Emmanuel M’Baïnodji, s’est exprimé.
L’occasion de constater que malgré les difficultés conjoncturelles, la mission initiale d’assistance aux plus nécessiteux reste la ligne directrice de l’action du Secadev. |