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Des Tchadiens déplacés à Goundo
TCHAD


mise en ligne : 25-11-2006

Adré, Farchana, Traouné, Mabrone, Goundo, Toumtouma et Adré… Pour qui ne connaît pas le Tchad, ces noms évidemment n’évoquent rien. Pour qui connaît un peu, ils parlent de l’est, de régions assez agitées, prises entre les mouvements rebelles et les zones de turbulence inter-ethniques qui secouent le pays ces derniers temps. Pour qui connaît vraiment, il s’agit simplement d’un parcours improbable ! C’est pourtant celui qu’une délégation du Secadev a emprunté pour aller à la rencontre des déplacés, arrivés en masse pour se réfugier à Goundo depuis trois mois !

Adré, à la frontière du Tchad et du Soudan, est sur l’axe principal qui relie ces deux pays tantôt frères, tantôt ennemis. C’est par là que sont arrivés les troupes rebelles au gouvernement du président Déby en avril dernier. C’est pourtant là qu’est venu séjourner le sous-préfet de Mabrone. C’est dire la sécurité qui règne dans sa circonscription d’origine, dont dépend le village de Goundo ! Sur proposition d’Idriss Saleh, responsable Secadev de la délégation d’Adré, il a cependant accepté d’accompagner la mission qui envisageait de se rendre sur ses "terres", afin d’y étudier la situation des déplacés internes, dont la présence autour de Goundo était jusqu’alors uniquement attestée par les témoignages oraux ou plus généralement par la rumeur !

La zone dans laquelle se trouve cette localité n’est pas sûre, et par manque de fréquentation, les axes qui la relient aux villages "sous contrôle" assez incertains. Il est donc prévu, par mesure de prudence, d’avancer à pas feutrés, empruntant d’abord l’axe majeur (Adré, Farchana, Abou Goulem…) jusqu’au moment d’entrer en brousse, vers Traoné puis Mabrone, en se renseignant village après village sur la situation connue pour le reste de la route à suivre… Finalement sans incident sinon deux banales crevaisons, la mission finit donc par arriver dans le soir tombant à Goundo, après 8 heures de voyage, à la surprise évidente des habitants de ce village d’une centaine de familles. Après la nuit réparatrice pour les uns qui sert aux autres à battre le rappel des responsables des plus proches localités, une réunion peut donc s’ouvrir au matin sous la caresse des premiers rayons du soleil, en présence du sous-préfet de Mabrone et du délégué Secadev d’Adré. Le nombre de personnes présentes autour d’eux et l’empressement qu’ils ont mis à venir à cette assemblée improvisée témoignent de l’espoir que placent toutes ces populations, locales et déplacées, dans l’hypothétique intervention d’une aide extérieure.

Selon les explications générales que donne Abdallah Ouma, chef du village Massalite de Goundo, il ressort en premier lieu que les déplacés accueillis ici et dans les villages environnants sont tous de l’ethnie Tama, originaires des cantons voisins de Djimeze et Williclé. Les premiers d’entre eux sont là depuis le mois d’août. Leur nombre, d’autant plus difficile à évaluer qu’il en arrive encore aujourd’hui, s’élèverait à plus ou moins 580 familles, réparties sur un minimum de six villages autour de Goundo. Les raisons qui les ont poussés à fuir sont généralement similaires pour chacun. Djouma Ibrahim, un déplacé originaire de Djimézé à une dizaine de kilomètres, témoigne : « les Zaghawas sont venus pour voler nos troupeaux et piller le village. Ils sont armés, et n’hésitent pas à se servir de leurs armes en cas de résistance ! »

Idriss Ishakh, cheikh et responsable des trois villages (Babanoussa, Bagarkatala et Koumakai) surenchérit : « Le jour de la fête du Ramadan, ils sont arrivés à dos de cheval ou de chameau, armés de kalachnikov et de bazookas. Ils ont pillé, brûlé les cases et nos réserves de mil pour être certains que nous ne reviendrons pas. En tant que chef, je suis resté pour les dissuader, ils m’ont violemment battu. En tout six personnes sont mortes ce jour là. » Dans la bouche des Zaghawas, la justification de ces agressions est souvent la même : « puisque vous êtes de l’ethnie du chef rebelle Mahamat Nouri, vous êtes des rebelles aussi, ou pourriez le devenir… » Une sorte de représailles préventives, sur des populations civiles qui ne sont que de maigres éleveurs et petits agriculteurs. Sans parler évidemment des viols évoqués à mi-mots, qu’un tabou empêche toutefois d’aborder de manière claire, laissant dans l’anonymat les victimes, restreignant dès lors toute possibilité de leur venir en aide de manière appropriée.

Le résultat de tout ceci est évidemment un dénuement total de ces déplacés. Ceux qui ont réussi à fuir avec quelques têtes de bétail, ou à récupérer quelques-unes de celles enlevées, ont été contraints de les vendre à vil prix de peur qu’on ne revienne les voler jusqu’ici. Quant aux cultures, ceux qui ont fui les premiers n’ont même pas eu le temps de semer, tandis que les derniers arrivés n’ont pas eu celui de récolter, de telle sorte que leurs champs servent aujourd’hui de pâturage aux animaux de leurs agresseurs ! « L’arrivée des premiers déplacés, explique le chef du village de Goundo, a eu lieu pendant la saison pluvieuse. Nous avons donc fait en sorte que toutes les familles qui disposaient d’une case libre puissent leur mettre à disposition. Maintenant, nous n’avons plus de case, mais nous continuons d’aider ceux qui arrivent en fournissant de quoi construire un abri… » Pour ce qui est des ressources, le partage est aussi la règle, mais combien de temps cette situation sera-t-elle viable ?

D’autant que la sécurité n’est pas absolue à Goundo non plus ! Pendant que les villageois vaquaient à leurs occupations agricoles au moment des récoltes, les déplacés étaient forcément les seuls sans occupation au village, et par conséquent facilement identifiables. Ainsi quelques descentes ciblées de Zaghawas ont-elles été opérées pour venir extorquer le peu qu’il leur restait. Djomu Ibrahim était dans la case qu’on lui avait prêtée lorsque des zaghawas armés sont venus le trouver en le sommant de donner son arme et son cheval. N’ayant ni l’un ni l’autre, ils lui ont intimé d’en payer le prix en compensation. Menacé de mort, il a quand même fallu l’intervention de son voisin pour l’inciter à donner toute sa richesse, 30.000 FCFA ! Et d’autres cas similaires ont été recensés… « Aujourd’hui, dit l’un deux, nous ne pouvons même plus sortir du village, de peur d’être tués si nous sommes reconnus ! » Difficile dans ces conditions de parler de retour chez eux ! « A moins, conclut sans trop y croire Idriss Issak, que la sécurité chez nous ne soit garantie par le gouvernement, mais bon… » Ce qui paraît effectivement peu probable à ce jour. Sur le chemin du retour vers Adré, un seul poste militaire est situé à Toumtouma, et on a du mal à imaginer que le dispositif serait renforcé de manière concluante pour sécuriser une zone s’étendant jusqu’aux abords de Guéréda !

Adré-Traouné-Mabrone = 187 km
Adré-Mabrone-Goundo = 97 km
Adré-Toumtouma-Goundo = 84 km


Villages concernés    Autochtones (nombre de familles)    Déplacés (nombre de familles)

Goundo                              115                                               105
Tiné                                   110                                                75
Tondjona                            120                                                80
Dalata                                  93                                                44
Kadamoulé                                          ??? Chiffres inconnus
Margalou



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