| mise en ligne : 25-11-2006 |
Le regain de violence au Darfour continue de jeter les populations de cette région sur les chemins de l’exil. Des centaines de personnes fuyant les exactions ont franchi la frontière pour trouver refuge au Tchad. Après avoir été identifiées et sensibilisées, les familles volontaires sont acheminées à une soixantaine de kilomètres de la frontière, au camp de Kounoungou, géré par le Secadev depuis 2004. Vendredi 17 novembre 2006, quatre camions de transport du HCR arrivent au camp de Kounoungou avec 159 nouveaux réfugiés soudanais à bord. Trois jours plus tard, un deuxième contingent de 228 personnes approche dans les mêmes conditions ; puis 171 encore le jour suivant, 111 pour finir. Soit, jusqu’au 23 novembre, 669 réfugiés accueillis à côté des 12.646 que comptait déjà le camp. « Ils ont été dirigés vers notre camp en raison de leur origine géographique : ce sont en effet des Zaghawas, comme la majorité des réfugiés déjà présents, » explique Noubadi Oussoumringar, manager Secadev du camp de Kounougou. « Lorsque nous sommes allés les rencontrer près de la frontière après leur fuite du Soudan, témoigne Gilbert Gokou, responsable du PAM (Programme Alimentaire Mondial) pour la délégation de Guéréda, ils avaient l’air inquiets, pour ne pas dire tout simplement effrayés… » Dans leur fuite pour échapper aux razzias des cavaliers armés, ces populations sont arrivées dépourvues de tout au Tchad, craignant encore les raids éclairs des Janjawids qui n’ont que faire de la frontière.
Après avoir d’abord bravé le froid mordant des nuits tchadiennes dans le plus grand dénuement, ces réfugiés ont donc été pris en compte par les instances humanitaires. « Nous [HCR, PAM, CNAR, Secadev,…] les avons sensibilisés sur la nécessité de se déplacer vers un camp de réfugiés, avec ce que cela implique, notamment la protection renforcée, l’acquisition du statut de réfugié et l’obligation d’en respecter le caractère civil… » poursuit Gilbert Gokou. Ainsi, les volontaires ont-ils pu être identifiés et leur acheminement vers le camp de Kounoungou programmé par vagues. Après 80 kilomètres d’une piste cahoteuse, ces nouveaux réfugiés ont un peu le sentiment d’atteindre la "terre promise" en descendant de camion ! Pour beaucoup en effet, le camp de Kounoungou est enfin une terre de paix ! A la descente de camion, ils sont aussitôt pris en charge pour l’identification et les soins de première urgence : vaccination, alimentation, équipement et installation sur leur site. « C’est très émouvant de voir les gens sortant des camions avec une angoisse marquée sur leurs visages, et comment cette tension s’estompe au fur et à mesure qu’ils sont pris en charge par l’organisation du Secadev, poursuit le responsable du PAM. Les enfants qui tout à l’heure pleuraient retrouvent en cinq minutes le goût du rire et du jeu quand ils sont mis en confiance en arrivant dans le camp… ! »
Epuisé mais réconforté par l’accueil, Adam Abakar, 65 ans, handicapé physique sur un tricycle, témoigne : « Dieu merci, nous sommes arrivés ici et pris en charge. Nous espérons vivre tranquillement dans ce camp jusqu’à ce que la paix revienne au Darfour avant de regagner nos villages. Moi, je n’ai pas de jambes, je ne chercherai à rentrer que si le Soudan retrouve une paix durable. » Alors que les affrontements ont commencé il y a plus de trois ans, Adam Abakar justifie son arrivée tardive dans les camps de réfugiés « en 2004, nous avions quitté notre village de Mafarou à cause des Janjawids pour venir nous installer à Khébéche à environ 8 km de la frontière, croyant que les hostilités allaient s’arrêter. Mais le 29 octobre 2006, à 6 heures du matin, ils nous ont attaqués, ont tué des gens, pillé nos biens et brûlé des maisons ; j’ai perdu un cousin et deux neveux ; une soixantaine de têtes de notre bétail a été emportée. Voilà pourquoi cette fois nous sommes contraints à l’exil.»
Adam, arrivé au camp avec la femme de son petit frère et sa nièce, estime avoir été épargné à cause de sa vieillesse et de son handicap. La majorité des familles nouvellement arrivées n’est en effet constituée que de femmes… dont les hommes ont été soit tués ou encore portés disparus. Déjà installés au camp, les nouveaux réfugiés doivent s’adapter à ce nouvel environnement au contact des humanitaires et des autochtones tchadiens. A cette fin, le Secadev s’active à installer en un temps record les tentes, à prolonger les rampes d’eau, à construire des latrines, bref, à faire tout ce qui est urgent. Le recours aux anciens réfugiés permet de créer une dynamique dans la réception de ces nouveaux arrivants, et d’optimiser les conditions de leur accueil. Les tentes sont montées, numérotées, équipées au préalable, les latrines sont creusées au fur et à mesure, de sorte que les derniers venus sont installés dans un environnement plus accueillant.
Reste à amener maintenant ces nouveaux venus au niveau d’autonomie des autres. « D’un côté nous avons des réfugiés arrivés depuis 2004 au stade de développement parce que formés à pratiquer des activités génératrices des revenus. De l’autre, il y a des nouveaux venus qui nécessitent l’urgence au sens strict du terme », explique, Noubadi Oussoumringar, le « camp manager ». Mais c’est, selon lui, une question d’organisation qu’il aborde sereinement : la gestion de ces nouvelles arrivées semble en effet attester que le Secadev est à l’aise dans ce domaine…
Par Justin NGOMITA & Thibault MAYAUD |