Retour à l'accueil du carnet de bord CRISE DU DARFOUR Consulter le site du Secours Catholique
 
Est du Tchad : recrudescence criminelle et recul humanitaire
TCHAD


mise en ligne : 06-12-2006

Une dizaine de jours après l’attaque surprise des rebelles tchadiens sur la ville d’Abéché, le calme semble de nouveau revenu à l’est du Tchad. Les dernières poches de tension, notamment à Guéréda, se sont dégonflées hier avec l’entrée dans la ville des forces régulières de l’ANT (Armée Nationale Tchadienne). La période est donc au bilan, provisoire, puisqu’on ne saurait croire que cette offensive est le dernier acte d’une pièce encore inachevée…

D’un point de vue sécuritaire, une menace cède la place à une autre. S’il était possible de craindre une balle perdue pendant les affrontements, la population civile et humanitaire n’était pas franchement prise à partie dans les combats, ni menacée par les assaillants. Chaque camp se présentant en libérateur et protecteur des populations non armées, autant dire que nous n’avons jamais été aussi bien protégés. Mais depuis le retrait d’une partie des combattants, une menace plus sournoise s’est révélée. Profitant de la confusion des affrontements, l’ensemble des prisonniers s’est échappé de la maison d’arrêt d’Abéché. Le tribunal, ainsi que la majorité des bâtiments administratifs ont été dévastés. Quant à l’arsenal de la garnison, il a été pillé. En résulte la circulation en ville d’un grand nombre d’armes aux mains de personnes pas toujours bien intentionnées, auxquelles ne s’oppose plus qu’une administration désorganisée. La délinquance urbaine, comme il est convenu de la nommer, connaît donc une embellie en cette fin d’année.

En réponse, l’iniquité de la répression militaire n’a d’égale que l’injustice des actes qu’elle entend punir. En effet, depuis que les rebelles ont quitté Abéché, les fouilles à domicile pour retrouver le matériel dérobé sont l’occasion d’abus en tous genres. A commencer par la « récupération à des fins personnelles » de biens auprès des propriétaires légitimes… Les récalcitrants sont évidemment suspects, et les femmes de toute façon convoitées. Bref, rien de très rassurant pour l’ensemble de la population, prise entre deux feux.

Face à l’insécurité persistante dans l’ensemble des régions à l’est du Tchad, les instances onusiennes ont décidé de prendre des mesures énergiques en attendant une clarification de la situation. Entendons par là la victoire définitive de l’un ou l’autre camp ou, plus probablement, l’intervention d’une force armée internationale à la frontière tchado-soudanaise, officiellement appelée par le Président Deby pour réguler l’instabilité « importée du Darfour » selon ses propos. Dans cette attente, donc, l’ONU a décrété la phase 4 dans son système d’urgence pour l’est du Tchad. Cela revient à dire que sans tout arrêter, on ne garde sur place que le personnel dit essentiel, soit environ 50% du staff global. Pour certains bureaux de terrain (Bahaï, Iriba, Guéréda), le personnel est même réduit à sa plus simple expression : un chauffeur, un opérateur radio et un adjoint de sécurité. L’essentiel de ces personnes "relocalisées" est envoyé sur N’Djamena, puisqu’il n’a pas été décidé pour l’heure l’évacuation hors des frontières du Tchad.

Conséquence logique de ces mesures préventives, le reste des organisations humanitaires emboîte le pas des instances onusiennes. Aux avions réguliers du PAM et du HCR viennent donc s’ajouter les « transall » de l’armée française qui effectuent leurs rotations à un rythme plus soutenu qu’auparavant, profitant de chaque vol pour transporter vers N’Djamena les agents inscrits pour cette relocalisation. Dans cette course vers la capitale, la voie des airs est sérieusement concurrencée par la route. Deux convois (respectivement 14 et 11 véhicules) sont partis depuis dimanche, avec à leur bord près de 200 personnes. Pour le Secadev, quatre puis trois voitures se sont insérées dans ces convois, emportant d’abord 41 puis 37 personnes, réparties entre les staffs d’Abéché, de Farchana et leurs familles. Mais l’entrée des troupes de l’ANT à Guéréda a permis d’organiser aujourd’hui en toute sécurité des vols depuis Abéché, et d’y ramener les premiers agents humanitaires, qui attendent maintenant d’être acheminés jusqu’à N’Djamena.

Voici rapidement brossé le portrait de la situation à l’est du Tchad aujourd’hui. Il serait hasardeux de faire quelques pronostics sur l’évolution du climat, et sur la capacité des agences humanitaire à reprendre leur pleine activité prochainement.

Par Thibault MAYAUD



   Cameroun – Le choix difficile des réfugiés tchadiens
   Tchad – Situation générale au 6 novembre - Un cran supplémentaire…
   Sénéré, un village soucieux de son environnement
   VIH/SIDA - Sensibilisation des jeunes
   Situation au 22 octobre - Etat d’urgence à l’Est du Tchad



    Crise humanitaire au Darfour - Diaporama au Tchad
    Crise humanitaire au Darfour - Diaporama au Soudan
    Darfour : le programme DERO
    Darfour : figures de crises

   Tous les articles publiés en février 2008

   Tous les articles publiés en novembre 2007
   Tous les articles publiés en octobre 2007
   Tous les articles publiés en septembre 2007
   Tous les articles publiés en aout 2007
   Tous les articles publiés en juillet 2007
   Tous les articles publiés en juin 2007
   Tous les articles publiés en mai 2007
   Tous les articles publiés en avril 2007