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Aperçu sur la situation sécuritaire à l'Est du Tchad en janvier 2007
TCHAD


mise en ligne : 31-01-2007

On se souvient que la situation sécuritaire s’est considérablement détériorée dans l’Est du Tchad à la fin de l’année 2006. Les régions frontalières avec le Soudan (Ouaddaï et Wadi Fira) ont été le théâtre d’affrontements entre les forces gouvernementales et les rebelles d’une part, et de conflits intercommunautaires d’autre part. Ces violences ont contraint les humanitaires à réduire leurs activités auprès des réfugiés soudanais sur le terrain. La plupart des employés ont été évacués à Ndjamena et à Abéché.

En ce mois de janvier, la situation se normalise plus ou moins, ce qui a permis à un bon nombre d’humanitaires de regagner le terrain. Mais l’absence d’affrontements militaires ne signifie pas pour autant la prédominance d’une paix totale. Il y a, entre autres, des "coupeurs de route", la mauvaise cohabitation entre les communautés… Tout cela ne donne pas confiance à la population locale, aux humanitaires ni aux réfugiés.

Actuellement, l’insécurité est plus accentuée à Guéréda où le SECADEV gère deux camps (Kounoungou et Milé). Guéréda est en effet la ville natale de Mahamat Nour, leader du FUC (Front Uni pour le Changement) qui avait fait un raid sur Ndjamena en avril dernier et qui vient de signer un accord de paix avec le président Idriss Deby ITNO en décembre 2006 à Tripoli (Libye). A la faveur de ces accords, les éléments du FUC, en majorité d’ethnie Tama comme leur chef, ont quitté le maquis et se sont installés à Guéréda en attendant leur intégration dans l’armée nationale. Mais depuis l’arrivée de ces ex-rebelles, la cohabitation avec les forces gouvernementales est difficile. Le 8 janvier, un colonel de l’armée nationale a été tué par les éléments du FUC. Certains soutiennent la thèse d’un règlement de comptes.

Les camps des réfugiés ne sont pas épargnés. Le 4 janvier, deux réfugiés Zaghawa ont été tués au camp de Kounoungou par des Tama. Le 24 janvier, un jour du marché hebdomadaire à Kounoungou, des hommes armés de fusils d’assaut arrêtent les commerçants et les fouillent non loin du camp. Alertées, les forces de sécurité interviennent et s’en suit un échange de tirs. Bilan : 1 mort de chaque côté. Selon des sources militaires, ces bandits sont des éléments incontrôlés du FUC. C’est dans cette situation de méfiance et de défiance que les "milices" zaghawa et les éléments du FUC se sont affrontés à Djimézé au sud-est de Guéréda, à la frontière soudanaise, le 31 janvier dernier. Des affrontements qui auraient fait une trentaine de morts.

Face à cette situation, le Ministre de la défense, Bichara Chadallah, s’est rendu à Guéréda et a proposé la création d’une brigade mixte composée des éléments du FUC et ceux du Gouvernement, ainsi qu’une trentaine de gendarmes pour assurer la sécurité des humanitaires. Mais jusque là cette volonté n’est pas suivie d’actes.

A Adré, où se trouve l’autre base du SECADEV, la situation est marquée par la présence massive des forces gouvernementales et des rebelles soudanais appelés "Toroboro". Rien ne prévoyait une attaque de cette ville, jusqu’alors épargnée par les combats en 2006. Mais, le 1er février, à la surprise générale, une coalition de l’UFDD, alliée à d’autres tendances rebelles, a attaqué la ville d’Adré. Ces violents combats, le jour du marché hebdomadaire, auraient naturellement fait de nombreuses victimes et blessés parmi la population civile. Selon les humanitaires sur place à Adré, 120 blessés ont été admis à l’hôpital de la ville. Certains ont été évacués à l’hôpital d’Abéché. Le gouvernement, par la voix de son porte-parole, Hourmadji Moussa Doumngor, parle une fois encore « de colonnes de "mercenaires’" à la solde du Soudan qui ont attaqué les forces armées nationales » sans fournir le bilan de ces combats. Selon les mêmes sources, les forces gouvernementales ont repoussé les rebelles jusqu’à 40 km à l’intérieur du territoire soudanais.

Dans le Département de Dar Sila, on note la présence des rebelles tchadiens dans la localité de Adé au nord-est de Goz Beida. C’est ce qui justifie aussi la présence massive des forces de l’armée nationale qui ont bombardé les positions de ces rebelles la semaine dernière, selon la représentation du HCR à Goz Beida.

La situation sécuritaire est néanmoins jugée globalement calme par rapport au dernier trimestre de 2006. Mais elle pourrait rapidement se détériorer en raison de la mauvaise cohabitation au niveau de Guéréda et à la présence des rebelles dans le Dar Sila.

Par Justin NGOMITA




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