| mise en ligne : 23-03-2007 |
Trois mois après la prise éclair d’Abéché par les troupes rebelles de L’UFDD (Union des Forces pour la Démocratie et le Développement) de Mahamat Nouri, la situation semble globalement stabilisée à l’Est du Tchad. Quelques poches de tension restent cependant inquiétantes, auxquelles viennent s’ajouter diverses rumeurs de combats qui pourraient se dérouler sur les zones frontalières. Après une fin d’année assez agitée pour la sécurité intérieure, avec des mouvements de troupes et des combats appuyés entre les forces gouvernementales et rebelles à l’est du pays, le calme semble relativement rétabli au terme de ce premier trimestre 2007. Les agents des différentes organisations humanitaires, alors relocalisés sur Abéché puis N’Djamena, ont maintenant regagné leur site de travail, et jusqu’alors pu reprendre le cours normal de leurs activités dans presque tous les sites où sont basés les camps de réfugiés du Darfour. A Farchana, le premier des douze camps ouvert en janvier 2004 et confié depuis à la gestion du Secadev, partenaire local du réseau Caritas, une équipe française de production du Secours Catholique a pu venir s’en rendre compte en passant quatre jours début mars dans le camp. Elle s’est attachée à réaliser une vidéo sur le travail accompli et les besoins à couvrir en permanence, tant chez les réfugiés qu’au sein des populations locales, plus encore maintenant qu’il semble que la situation va se prolonger pour quelques temps…
Tensions persistantes à Guéréda
Le point de tension le plus tenace aujourd’hui se situe autour de Guéréda. Ce village situé à 160 km au nord est d’Abéché, où le Secadev dispose d’une délégation de 60 agents pour gérer les camps de Kounoungou et Milé, est en effet le théâtre de troubles nés d’une surprenante évolution de la vie politique tchadienne. En avril 2006, le FUC (Front Uni pour le Changement) mouvement rebelle de Mahamat Nour (à ne pas confondre avec Mahamat Nouri, chef de l’UFDD…) tentait de renverser le gouvernement d’Idriss Deby Itno en lançant une attaque armée jusque dans les rues de la capitale. Ce même Mahamat Nour, récemment rallié à la cause gouvernementale au profit de négociations qui ont certainement fait l’objet d’âpres discussions entre les deux camps, vient tout juste d’être nommé Ministre de la Défense du gouvernement tchadien, remanié consécutivement à la mort dans un hôpital français de son chef de file, Pascal Yaodimnadji. L’opposant armé d’hier prend la tête des forces armées nationales. Ce qui génère une situation assez difficile à cerner sur le devenir de ses troupes ex-rebelles. Les accords prévoient leur intégration prochaine à l’armée régulière, ce qui n’est pas sans poser problème quand ceux-ci, majoritairement issus de l’ethnie Tama, ont combattu celle-là essentiellement dirigée par les Zaghawas de l’ethnie présidentielle. Les accords de la Capitale ont en effet du mal à se faire entendre aux hommes de terrain. De ce fait, les accrochements incontrôlés sont encore fréquents avec les forces gouvernementales dans la zone de Guéréda où bonne partie des ex-rebelles a installé ses campements en attendant l’intégration annoncée, mais pas spécialement désirée. Sans compter qu’à cette rivalité latente s’ajoute la certaine impunité dont jouissent ces nouvelles recrues, souvent très jeunes, pour la raison qu’ils sont toujours armés, peu encadrés et maintenant appuyés par les apparences de la légalité…
Les scènes d’agressions du côté de Guéréda sont donc monnaie courante, comme l’attestent les comptes-rendus dressés chaque semaine par les services de sécurité du HCR basé à Abéché. « Le 13 mars à Guéréda, deux membres du staff du Secadev ont été molestés par des éléments du FUC qui en voulaient à leurs biens mais ont pris la fuite à l’arrivée des forces de la gendarmerie nationale. Le 14 à la tombée de la nuit, des coups de crosses répétés ont été frappés sur le portail de la concession du HCR… Le 19, le commandant de la Brigade a été tabassé et son arme volée, les agresseurs courent toujours… »
A ce climat oppressant, témoignent les humanitaires toujours en place, s’ajoutent les tensions qui apparaissent dans les camps. Kounoungou, par exemple, fort d’une population réfugiée d’ethnies mêlées (Tamas et Zaghawas) voit certains groupes de réfugiés s’invectiver, voire pire, au cœur du camp. Les Zaghawas venus du Darfour, d’où ils fuyaient les exactions du pouvoir soudanais et des milices Janjawids, sont ici encore la cible de populations Tamas de la région qui leur reprochent le bois de chauffe qu’ils vont glaner autour du camp ou le traitement privilégié dont ils bénéficient en tant que réfugiés, pour les soins de santé dont ils sont eux-mêmes exclus…
Le Tchad, un problème en soi
Afin de calmer le jeu dans cette zone, des demandes solennelles ont été adressées par les représentants du HCR au Tchad aux ministres concernés, dont on est en droit d’attendre qu’ils se saisissent rapidement de ce problème qui menace non seulement la sécurité des réfugiés, mais aussi des humanitaires et plus généralement des populations locales sous leur responsabilité. En droit d’attendre, sans doute, mais peut-être pas d’espérer trop dans la mesure où les intérêts semblent en ce moment se focaliser vers une zone plus au sud, proche de la frontière, qu’ils semblent vouloir rendre hermétique aux passages. Les rumeurs, confortées par d’importants mouvements de troupes dans cette direction, laissent entendre que la région pourrait bientôt être le théâtre de nouveaux affrontements. Ce qui ne devrait pas laisser de sitôt se tarir le flot des déplacés qui sans cesse vient accroître le nombre des nécessiteux auxquels les organisations internationales tentent de porter secours. Indépendamment du problème soudanais, la crise tchadienne existe bien, d’autant plus sournoise qu’elle est occultée par ce malheur voisin, le Darfour, sur lequel sont braqués tous les projecteurs !
Par Thibault Mayaud
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