| mise en ligne : 11-04-2007 |
Ayant accueilli les réfugiés soudanais à leur arrivée en 2003 et avant leur relocalisation dans les camps, les populations hôtes ont supporté le poids de leur présence en partageant leurs stocks de céréales. Confrontées elles-mêmes à l’insécurité alimentaire, leur générosité a fragilisé d’autant leur propre situation. Le Secadev s’est proposé, avec le soutien de ses partenaires du réseau Caritas, de répondre à cette situation en créant des stocks de sécurité dans 25 villages de sa zone d’intervention, autour des camps de Farchana, Kounougou, et Milé. « Lorsque les réfugiés sont arrivés, explique Zelan Ibrahim, imam des sept villages qui entourent le camp de Milé, des problèmes se sont posés quant aux ressources naturelles. Pâturages surexploités, bois de chauffage insuffisant, accès à l’eau difficile pour les autochtones… La zone ne peut pas répondre à toute la demande ! » Contraints par les circonstances extérieures et les conditions climatiques, les villageois de l’est du Tchad sont également en permanence à la merci d’une pénurie alimentaire… La production de la campagne pluviale a été bonne en 2005, et donc permis une certaine stabilisation des prix des céréales sur les marchés locaux au cours de l’année 2006. Mais celle de la dernière année a été plus médiocre, et ces Tchadiens de l’est sont maintenant confrontés au risque de voir les prix des céréales s’envoler sur les marchés. Le Secadev a donc projeté de les aider en favorisant la constitution de stocks céréaliers.
« Habituellement, poursuit Zelan Ibrahim, chaque villageois garde chez lui l’essentiel de sa récolte, et remet une partie à la communauté, qui sert de stock de solidarité, géré par un comité sous l’autorité du chef de village. On puise dedans lorsque des étrangers sont de passage, lorsqu’il y a de nouveaux venus ou que des agriculteurs du village n’ont pas assez de stocks pour semer à la nouvelle saison. Ensuite, ils rendent ce qu’ils ont reçu, avec si possible un petit excédent qui forme un bénéfice pour la communauté. » L’aide que leur propose de fournir le Secadev est donc naturellement la bienvenue. Par village, ce sont 25 sacs de 100 KG de mil pénicillium, l’aliment de base dans cette région, qui seront fournis. De quoi anticiper avec plus de sérénité la période de soudure, celle qui précède la récolte, pendant laquelle peuvent justement se révéler des ruptures dans les réserves alimentaires. En plus de cette assistance matérielle, un comité de gestion est constitué et formé par le Secadev sur la gestion des stocks, les méthodes d’anticipation des pénuries éventuelles en fonction des besoins de la population, la capacité à y répondre et les réserves à prévoir pour palier toute éventuelle rupture. Mais là ne s’arrête pas les besoins des villageois de Milé. Comme le souligne son chef, « les céréales sont une chose, mais il nous faudrait aussi un endroit pour les conserver. Si vous nous aidez pour la partie technique, nous sommes bien sûr tout disposés à apporter notre participation à la construction d’un magasin, en cuisant des briques, en allant chercher des pierres ou du sable… » Bien conscients qu’ils n’ont pas tous les jours l’occasion d’exprimer leurs attentes, les administrés surenchérissent. Et de leurs diverses revendications ressort une priorité pour cet ensemble de petits villages d’environ 2000 ménages : « il nous faudrait aussi une école », réclament-ils en chœur. Aujourd’hui en effet, la plus proche école est à 8 kilomètres, à parcourir sous la chaleur et surtout dans l’insécurité régnante. Ou bien, et ce serait le comble, envoyer les enfants à l’école du camp de réfugiés, déjà surchargée, et surtout où l’éducation est dispensée en arabe, quand ces villageois souhaiteraient voir leurs enfants éduqués en français. Autant d’attentes que le Secadev prend en note et auxquelles il espère être en mesure de répondre un jour, conformément à sa mission première, sous-tendue par son nom : le développement de son pays. Thibault MAYAUD |