| mise en ligne : 08-05-2007 |
Relative accalmie au nord est, situation paisible au centre, orages prévisibles plus au sud. C’est cet air météorologique que l’on pourrait entonner pour parler une fois encore de l’ambiance sécuritaire à l’est du Tchad. Si l’on a pu craindre ici et là un instant, comme un effet d’écho, que l’anniversaire de la prise de N’Djamena mi-avril 2006 réveillerait les ardeurs belliqueuses de la rébellion, force est de constater qu’il n’en a rien été. Point d’agitation à déplorer depuis la frontière soudanaise en direction de l’Ouest du Pays. Rien n’est perdu, entend-on encore : si une offensive devait se déclencher, ce serait forcément avant le dé but de la saison des pluies. La météo, toujours…
Mais y a-t-il vraiment encore à craindre, quand on voit que la dite saison semble prendre tout le monde de vitesse ? Un peu partout, en effet, les prémices se sont déjà signalées. Une grosse ondée à Guéréda, une série de petites pluies dans la région de Farchana, sans parler des grosses flaques qui miroitent plus au sud, dans la région de Goz Beida, et font craindre au Docteur Bouvier une explosion de la population des anophèles. Responsable de l’association Mentor Initiative, dont l’objet est d’éradiquer la malaria dans cette zone, son plan est d’achever une campagne systématique de pulvérisation antivectorielle des huttes des populations tchadienne, et particulièrement des abris des populations déplacées présentes par dizaines de milliers ici.
Mais l’arrivée anticipée des pluies pourrait compliquer le déroulement des opérations qui nécessite normalement de sortir avant de traiter l’intérieur et tout ce qu’abrite la hutte (mobilier, nourriture, matériel de cuisine). Mais peut-être cette mauvaise nouvelle pour les uns aura-t-elle un revers heureux pour les populations. Car tant que le temps permet les déplacements de troupes armées, celles-ci ne sont en effet pas à la fête. Les combats des derniers mois ont véritablement eu des conséquences catastrophiques sur les ouddaïens (habitants de la région du Ouddaï) et plus particulièrement pour ceux du département Dar Sila situé entre Goz Beida et la frontière. Suivant un inextricable scénario, les problématiques d’ethnies, de relation soudano-tchadienne et d’affrontement rebellion-armée tchadienne se sont mêlées pour aboutir au déplacement de plusieurs milliers de personnes vers les camps de Bredjing et Goz Beida, ainsi qu’autour des villages de Dogdoré plus à l’est.
« La situation est très inquiétante, témoignait récemment un membre du Service Jésuite des Réfugiés qui sillonne la zone pour développer le système éducatif auprès des populations locales. Il y a eu des affrontements très lourds, mais ce qui risque de marquer, ce sont les violences inter-ethniques. Les Dadjos sont originaires de la zone, mais des tribus arabes, nomades, sont depuis longtemps présents aussi. Maintenant, il paraît tout de même difficile d’envisager que les deux communautés puissent continuer de se côtoyer après la violence qu’elles ont eu l’une à l’égard de l’autre dernièrement. » Une situation préoccupante qui mobilise évidemment toutes les vigilances, et dont il faudra suivre l’évolution, au gré des pluies, mais aussi des décisions que prendront les autorités pour venir en aide à ces nationaux qui dépendent, logiquement et avant tout, de son administration.
Le Secadev, lui, n’a en tout cas pas la charge de populations déplacées. Quelques personnes sont recensées au nord du camp de Farchana, à Goundo, où le délégué d’Adré mena en novembre dernier une mission exploratoire, sans suite jusqu’à ce jour eu égard à l’insécurité présumée de la zone. Mais dans l’ensemble, le territoire sur lequel opère le Secours Catholique et Développement, depuis ses deux délégations d’Adré-Farchana et Guéréda, recense peu de déplacés. Et l’agenda du Secadev est pleinement occupé par les activités qu’il mène en faveur des réfugiés soudanais dans les trois camps qu’il gère : Farchana, Kounougou et Milé.
A Farchana, la situation sécuritaire est calme… De ce fait, les agents du camp peuvent mener au mieux les projets en faveur des populations réfugiées et locales. Avant que la page saison sèche ne soit définitivement tournée, ils se hâtent, sans précipitation toutefois, d’effectuer les préparatifs pour la période pluviale. Recensement des agriculteurs (villageois et réfugiés) motivés en vue d’une distribution prochaine de semences pluviales, poursuite de la vaccination du bétail dans et autour des camps, gestion de la distribution des vivres et de l’eau, assainissement du camp, du marché…
A Guéréda, l’accalmie consécutive au séjour du président Deby semble se poursuivre. Un nouveau préfet a été nommé. Ancien agent du Secadev à Kounougou, il n’a pas manqué de nous confier ses ambitions dans le domaine de la sécurité et du rapport avec les humanitaires. En prévision des pluies à venir, l’activité des sites pépinières bat son plein. Et grâce à la sécurité recouvrée dans la zone, la récolte et la distribution du bois de chauffe a pu recommencer alors qu’elle était interrompue depuis plusieurs mois. En somme, si la partie est loin d’être gagnée à l’est du Tchad, et bien que les moyens fassent toujours souvent défaut, il semble néanmoins que la situation permette pour le moment d’envisager le travail en faveur des populations nécessiteuse, tchadienne ou soudanaise, dans des conditions à peu près acceptable. En espérant que rien ne se dégrade, et que les pluies soient finalement au rendez-vous afin de permettre une récolte favorable cette année.
Par Thibault Mayaud |