| mise en ligne : 08-08-2007 |
La saison des pluies s’est installée avec son lot de difficultés. Les ouadis (cours d’eau qui grossissent à mesure qu’il pleut) sont pleins, les pistes d’atterrissage mouillées et inutilisables une fois sur deux, rendant les déplacements épiques et hypothétiques ! La situation sécuritaire est plutôt calme. Cependant, conflits ethniques, mouvements rebelles et affrontements difficiles à cerner, restent d’actualité. La criminalité a diminué avec la saison des pluies. On note cependant des mouvements et des concentrations de militaires dans certaines villes, notamment à Adré, Abéché et Guéréda, avec pour conséquence pour la population un risque croissant de « bavures » liées à cette présence. A Guéréda, les militaires sont omniprésents. Installés tout autour de la ville, cette présence pose des problèmes de sécurité : traversée de la ville dans leur pick-up à toute allure, alcool et port d’armes… La semaine du 30 juillet, un militaire voulant tirer sur un chien a touché une femme mortellement.
Cette présence massive de militaires à Guéréda conjuguée à l’absence pendant plus d’une semaine des autorités locales serait-elle un signe de mauvaise sécurité ou de tensions croissantes ? D’autant que des troupes arrivées récemment pour assurer la relève à Guéréda sont en fait venues gonfler l’effectif du contingent en place.
Dans la région du Dar-Tama où se trouve Guéréda, les tensions et affrontements entre Tamas et Zaghawas (notamment au sein de l’armée) reprennent. Plusieurs incidents impliquant les deux parties ont été recensés faisant parfois plusieurs morts et des nouveaux déplacés. Par exemple, dans les cantons de Wilikouré et de Zimézé (à environ 50km de Guéréda en direction d’Adré) près de 1500 personnes seraient récemment déplacées du fait de l’attaque de leurs villages. Près de Tiné, se sont tenus des affrontements impliquant un mouvement rebelle soudanais zaghawa, le JEM (Mouvement pour l’Egalité et la Justice).
Le déploiement d’une force européenne à l’Est du Tchad pour sécuriser la zone, confirmée par l’Union européenne et acceptée par le Président Déby, semble emporter l’adhésion des populations locales, des réfugiés et des humanitaires. Ces derniers avancent toutefois des réserves quant au mandat et à la composition de cette force. Une trop forte présence de militaires français pourrait, à leur avis, déstabiliser la région. Les mouvements rebelles tchadiens avancent en effet cet argument pour rejeter l’idée d’un tel déploiement. Dans un communiqué de presse le 24 juillet, les principaux mouvements rebelles, le C.N.T, le R.F.C, l'UFDD et l'UFDD-Fondamentale, ont condamné fermement « les initiatives du gouvernement français visant à transformer les troupes françaises au Tchad en une force européenne sous le prétexte de protéger les réfugiés soudanais du Darfour, les déplacés tchadiens et garantir la sécurité des frontières est du pays. L'intervention de ces forces étrangères au Tchad est pour nous inacceptable car le but inavoué de cette manœuvre machiavélique est de sauver coûte que coûte un régime en déliquescence. » L'opposition armée a par ailleurs mis en garde « les pays de l'Union européenne qui sont tentés par cette aventure militaire ».
Judith Marie Communicatrice Secadev / Secours Catholique |