| mise en ligne : 08-08-2007 |
À la question « quelles sont vos préoccupations actuellement ? » Idriss Saleh, responsable du Secadev à Adré dont dépend le camp de Farchana, répond : « le bois de chauffe, l’eau, les pâturages… » L’épuisement des ressources naturelles crée des tensions et pose à terme, la question de la survie des réfugiés et des populations hôtes. Un casse-tête pour le Secadev : trouver des solutions et intégrer la notion d’ environnement dans ses actions au quotidien. À partir de février 2006, pour atténuer les tensions entre les populations locales et les réfugiés qui allaient s’approvisionner en bois à l’extérieur du camp et diminuer les agressions envers les femmes à qui revenait cette tâche quotidienne, le Secadev a procédé à la distribution de bois de chauffe. Le Secadev a fait appel à un transporteur privé qui collecte le bois destiné aux réfugiés de Farchana à Birmongo, à environ 30 km du camp. Il n’est pas le seul. Les militaires, très nombreux à Adré, s’y approvisionnent également, tout comme les camps de Bredging et de Triguine qui ont épuisé le bois existant sur le site de collecte qu’ils fréquentaient auparavant. La dégradation de l’environnement due au prélèvement massif du bois est devenue particulièrement préoccupante.
Le bois de chauffe « Le prélèvement et les besoins en bois sont énormes, explique Ahmat Payouni, chargé de programme du Secadev. Pour participer au reboisement, des pépinières dans les trois camps que nous gérons sont mises en place et nous distribuons de nombreux plants dans les villages environnants. Par exemple nous avons distribué 50 000 plants sur Guéréda cette année. Mais cela reste minime, insiste-t-il. Il faut un effort de l’Etat pour compenser. A la surexploitation s’ajoutent la désertification et les mauvaises saisons pluviales.» En lien avec le HCR, le Secadev rationalise au mieux la consommation de bois. Il a distribué à 900 familles des Save 80, foyers conçus pour économiser 80 % du bois consommé par un foyer traditionnel. Ces familles reçoivent 6 kg de bois par mois et par personne. Les familles ayant construit un foyer en banco (en briques de terre battue), qui permet également de consommer moins de bois, reçoivent quant à eux 9 kg par personne et par mois. Pour encourager les réfugiés à construire ce type de foyer le Secadev ne distribue plus de bois aux familles utilisant les foyers traditionnels et multiplie les sensibilisations. « Cela a porté ses fruits, souligne Ahmat Payouni. Aujourd’hui 60 % de la population réfugiée utilise un foyer amélioré en banco. Mais il faut poursuivre et sensibiliser conjointement avec les autorités. Cela prend du temps, il faut expliquer, changer les habitudes. »
Une contrainte supplémentaire Mais le mois dernier, le gouverneur de la région du Ouaddaï, où se trouve le camp de Farchana, a décidé qu’on ne pouvait pas laisser de côté certains réfugiés sous prétexte qu’ils n’avaient pas construit de foyer en banco. Après une semaine de tergiversations, le Secadev a finalement distribué du bois de chauffe à tous les réfugiés. « Nous avions un stock de bois pour répondre aux besoins des personnes identifiées pendant les trois mois de la saison des pluies. Il faut écouter les autorités tchadiennes. Mais nous risquons d’avoir un problème pour les deux prochains mois. La saison des pluies risque de compliquer la collecte et les déplacements ».
L’eau et les pâturages La rareté de l’eau constitue également un enjeu majeur à l’est du Tchad. Le standard SPHERE (norme internationale) est de 15 litres d’eau par jour et par réfugié. La dernière saison des pluies n’a pas permis de recharger suffisamment la nappe phréatique et beaucoup d’eau a été puisée. Le HCR a recommandé de distribuer 10 litres. Le Secadev a choisi de donner entre 12 et 14 litres à Farchana, Kounoungou et Milé mais à Bahai, un camp géré par une autre Ong, situé au nord dans une région désertique, la consommation n’est actuellement plus que de 6 ou 7 litres du fait du manque d’eau. Autre ressource rare, autre objet de friction avec les populations hôtes, les pâurages. Le camp de Farchana compte près de 4 000 têtes de bétail que les réfugiés laissent paître à l’extérieur du camp. « On forme les réfugiés au traitement de la paille pour qu’elle soit plus nutritive, on encourage l’utilisation de la pierre à lécher -salée, elle rassasie-, on essaie de trouver une alimentation complémentaire pour les animaux mais ce ne sont que des solutions provisoires. » Les Ong cherchent là encore le moyen « d’économiser ».
Judith Marie Communicateur Secadev/Secours Catholique |