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Situation au 22 octobre - Etat d’urgence à l’Est du Tchad
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crédit : Paul Jeffrey / ACT-Caritas
Dans les camps, on attend maintenant l'arrivée de la force d'intervention approuvée par les Nations Unies.


mise en ligne : 22-10-2007

Les derniers événements, que ce soient les affrontements interethniques dans la zone du Dar Tama ou les problèmes de sécurité et d’ordre dans les camps, ont montré toute l’utilité d’une force pour protéger réfugiés, déplacés et populations locales.

Dans la nuit du 8 au 9 octobre, le village de Karka (50 km au Nord Ouest de Guéréda), à majorité tama, proche du camp de Milé géré par le Secadev, a été attaqué et brûlé par des milices zaghawas. Quelques jours plus tard, de nouveaux troubles étaient reportés autour de Karka et du camp de Milé. Bilan de ces affrontements : 22 morts dont 14 civils tamas. Dans cette région du Dar-Tama, les deux ethnies, les tamas et les zaghawas, s’opposent traditionnellement.

Le 15 octobre, le camp de Milé a été l’objet d’incidents particulièrement préoccupants. Un conflit a éclaté entre plus de 500 jeunes du camp et autochtones qui voulaient faire la fête pour la fin du Ramadan tandis que les Cheiks s’y opposaient. Les gendarmes chargés d’assurer la sécurité du camp ont tenté d’intervenir en tirant l’air et ont blessé trois réfugiés. Les autorités locales ont finalement envoyé des militaires qui ont désarmé les gendarmes - trois ont été blessés - et volé un commerçant … Ce dernier évènement illustre la difficulté des gendarmes tchadiens à assurer la sécurité au sein des camps de réfugiés. Les conflits dégénèrent très rapidement. L’attaque de Karka est caractéristique de l’escalade de la violence entre différentes ethnies et des risques auxquels les populations civiles sont exposées.

La force multidimensionnelle approuvée par les Nations Unies par la résolution 1778 puis validée par l’Union Européenne le 15 octobre, sous chapitre VII de la charte, sera autorisée à intervenir pour protéger les réfugiés, les personnes déplacées ainsi que les populations locales. Dans le cadre de cette force, 850 policiers et gendarmes tchadiens devraient également être formés afin de renforcer la sécurité des camps et des grandes agglomérations de l’Est du Tchad.
Le concept de l’opération militaire, émis par l’Etat major, a été approuvé par les 27 ministres des Affaires étrangères. L’Union européenne va procéder à l’appel aux moyens des pays. La diversité des contributions permettra que cette force soit perçue de façon neutre et impartiale par l’ensemble des belligérants – aujourd’hui sur 2500 soldats prévus, 1100 sont français (soit environ 50 % du contingent).

Le déploiement de cette force devrait intervenir dans un contexte de recrudescence des tensions interethniques et politiques. À la suite des affrontements de Karka, Mahamat Nour, ancien chef rebelle des FUC (Front Uni pour le Changement) et aujourd’hui rallié au gouvernement, a accusé les Zaghawas (ethnie du président) d’attaquer et de piller les biens de la communauté Tama.
Jeudi 11 octobre, d’anciens éléments du FUC ont quitté la ville de Guéréda en direction de Birak (40 km à l’Est de Guéréda) et de la frontière, probablement pour rejoindre la rébellion. Guéréda est désormais contrôlée par l’armée gouvernementale mais la tension est palpable au sein de la ville, notamment parmi la population Tama, inquiète de l’absence de protection des FUC. Des mouvements importants de l’armée nationale tchadienne sont signalés, notamment la nuit.
Jeudi 18 octobre, des affrontements proches de Goz Beida ont opposé des éléments du FUC à l’armée nationale tchadienne qui tentait de les désarmer.
Il y a quelques semaines les quatre principaux groupes rebelles ont signé un accord avec le gouvernement et déclaré dès le lendemain que certaines conditions nécessaires à la paix restaient encore à discuter : intégration des troupes au sein de l’armée nationale, participation à la gestion des affaires publiques…

Entre temps, le mardi 16 octobre, le gouvernement Tchadien a décrété l’état d’urgence pour une période de douze jours dans trois régions au Nord et à l’Est du Tchad, instaurant la limitation des mouvements de véhicules et de personnes, le contrôle du séjour des personnes, des réunions, de la presse et permettant aux autorités locales de mener des perquisitions à domicile de jour comme de nuit. L’objectif de ces mesures serait selon un responsable du gouvernement de « rechercher, désarmer les insurgés et de résoudre les violences intercommunautaires ». En novembre 2006, l’état d’urgence avait été décrété après l’attaque d’Abéché par les rebelles. Il avait été maintenu jusqu’en mai 2007.

Judith Marie
Communicatrice Secadev



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