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Cameroun – Le choix difficile des réfugiés tchadiens
crédit : Caritas
Depuis le 1er février, les familles ont afflué dans la paroisse de Kousseri, emportant avec elles quelques affaires qu’elles ont disposé à même le sol en attendant les premiers secours.


mise en ligne : 20-02-2008

Depuis le samedi 2 février, entre 30 et 50 000 Tchadiens fuyant les combats à N’Djamena, ont trouvé refuge à Kousséri au nord du Cameroun, à la frontière du Tchad. Deux semaines après l’arrivée des premiers réfugiés, l’aide s’organise. Les réfugiés choisiront-ils de retourner dans leur pays ou d’aller à Maltam, un camp installé par le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) à 30 km de là ?

Les réfugiés se sont installés à Mandana, dans la chapelle, dans le centre de santé catholique, dans les écoles, sous les arbres avec leurs marmites et leurs balluchons, en attendant le transfert de ceux qui le souhaiteront au camp de Maltam.
Le traumatisme de la fuite reste palpable. « N’Djaména ça me suffit ! », dit une jeune fille à l’évocation d’un retour possible dans la capitale. Anne, accueillie au centre de santé explique : « Je suis venue samedi avec mes enfants, pour être sûre qu’ils soient bien. J’ai traversé parce que j’avais peur. La guerre n’est pas finie. Je vais peut-être rester ici un peu ou rentrer là-bas. »
À l’école catholique, les femmes qui s’y sont regroupées attendent également. Esther a perdu son mari lors des combats : « Je suis veuve, j’ai 4 enfants. Que puis-je faire ? Je ne peux pas me débrouiller, je n’ai plus le salaire de mon mari pour vivre. » Esther a fui à 1h du matin, « parce qu’il y avait beaucoup de tirs. Les gens sortaient de chez eux, alors on est tous partis ensemble ». Elle est arrivée au petit matin à Kousséri. Sa belle-sœur, Elizabeth, souhaite rentrer dans son pays. « Mais où ? s’inquiète-t-elle. La maison de mon voisin a été bombardée et s’est écroulée sur la mienne. J’ai tout perdu ». Elle est sans nouvelles de son mari depuis son départ.
Dans la journée, les hommes partent pour N’Djaména travailler et échanger des informations. La peur est toujours là. « La situation reste difficile au Tchad, dit un réfugié. Il y a toujours des mouvements militaires des deux côtés. Les populations en armes dans le quartier, ça ne nous rassure pas. N’Djaména n’est pas sûre. Si tu es jeune, ils peuvent te prendre pour un rebelle. Ils t’utilisent pour nettoyer la ville ou te mettre une arme dans la main. Si tu refuses, tu peux avoir des problèmes. »

Risques de confusion
L’aide humanitaire est arrivée. Des distributions alimentaires ont été organisées par le PAM pour les deux sites les plus importants. L’Église pourvoit aux besoins des populations qu’elle accueille dans ses locaux. « J’ai reçu un coro (unité de mesure) de riz hier, mais ce n’est pas suffisant. Je n’ai pas de fagot pour le faire cuire, je n’ai pas d’huile », explique Anne. Les familles réfugiées recensées ont également reçu mercredi des produits de première nécessité : une couverture, du savon, une natte, une moustiquaire et un jerry can, pour répondre aux besoins les plus urgents.
La confusion entre les réfugiés totalement démunis, les réfugiés hébergés par leur famille et les Camerounais, rend l’organisation de ces distributions particulièrement délicate. Malgache manifeste sa colère : « Ce sont ceux des quartiers de Kousséri qui sont venus prendre la nourriture. Ils disent qu’ils sont réfugiés et après ils rentrent dormir chez eux, nous, on dort sous l’arbre. » « Vous allez voir, ajoute une jeune fille, des gens vont venir avec des nattes et s’installer au moment de la distribution. Il y a des gens qui viennent juste prendre le riz. » La tension est palpable, les listes de distributions sont contestées. L’installation du camp de Maltam devient urgente pour palier cette frustration, permettre une meilleure organisation de l’aide et éviter les conflits.
La situation des personnes hébergées par des familles en ville est également extrêmement précaire. Ahmat demande : « Et nous, on peut aller à Maltam ? Je suis venu avec ma femme et mes dix enfants. On a une voisine qui connaissait des gens à Kousséri, alors on l’a suivie. Nous sommes cinq familles hébergées au même endroit. On a peut-être de l’eau mais ils ne peuvent pas nous donner de la nourriture. Ils nous prêtent leur marmite, leur soutien moral est également important, sinon on a rien. » Ahmat a reçu un peu de riz de l’Église et sa fille, qui se plaignait de maux de ventre, a reçu des soins à la paroisse. Ahmat Abraham, étudiant, se trouve dans une situation similaire. « On a été hébergé par quelqu’un de notre famille les trois premiers jours. Maintenant on dort dehors. On ne pouvait pas contribuer à la vie quotidienne. C’était devenu trop lourd pour eux. Le problème ce sont les conditions minimum de vie qui ne sont pas assurées : la nourriture, le logement et la santé. Pour les études ce sera après. Aujourd’hui c’est la survie. Je veux aller à Maltam. »

Qui ira à Maltam ?
Difficile pourtant aujourd’hui de savoir combien se décideront à partir pour Maltam. « La décision n’est pas encore prise », dit Ahmat. « S’il y a l’école, j’y vais avec mes enfants » dit Victoire. Denise, elle, souhaite rentrer : « Chez moi, c’est mon pays, je sais comment me débrouiller. »
Gilbert est bénévole auprès du Père André à la paroisse Saint-Joseph. Son rôle est d’organiser le site, les distributions et de faire le lien avec les réfugiés : « On a informé les gens qu’ils avaient la possibilité d’aller au camp de Maltam. On les a prévenus que les aides étaient liées à l’obtention du statut de réfugié délivré par le HCR à Maltam. Mais personne n’a fait la démarche. Ils évoquent la distance, le camp de Maltam est situé à 30 km de Kousséri. Ils disent qu’ils préfèrent rester ici pour observer la situation. Certains cherchent des maisons à louer. Parmi les réfugiés tchadiens, il y a des fonctionnaires. Le président du Tchad leur a demandé de revenir travailler. Alors les gens vont travailler à N’Djaména et reviennent le soir. Ils ne peuvent donc pas aller à Maltam. Certains sont partis s’installer en ville, mais ils ont toujours besoin de bénéficier de l’aide. Beaucoup de gens veulent rentrer, ils craignent de ne pas pouvoir trouver de quoi vivre, de quoi manger ».

Les trois expatriés du Secours Catholique ont été évacués par l'Onu. Ils ont suivi les réfugiés tchadiens au Cameroun et participent avec CRS (Caritas US) à l'évaluation des besoins sur place.

Judith Marie, communicatrice/Secadev/Caritas Tchad



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