LA FRATERNITÉ, UNE RESPONSABILITÉ ENVERS TOUT HOMME Interview de Véronique Biset, bénévole à Issy-les-Moulineaux |
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Véronique Biset Crédit :
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Véronique, 45 ans, mère de famille et bénévole à Issy-les Moulineaux, nous raconte ses débuts ainsi que son action au Secours Catholique, et nous explique le sens de son bénévolat auprès des plus démunis.
Pouvez-vous nous raconter votre premier contact, votre première rencontre avec le Secours Catholique ? Comment avez-vous été accueillie ?
Je suis arrivée au Secours Catholique il y a deux ans. Alors que j’avais plutôt envie de faire un break après avoir accompagné des groupes de jeunes pendant plusieurs années, un ami m’a dit : "Pourquoi tu ne viendrais pas voir ? On a besoin de bénévoles pour l’accueil d’urgence !" Il m’a présenté le travail que fait l’équipe locale, en Église et sur la ville, l’objectif commun d’avoir un autre regard vers les personnes en difficulté, de partager, d’agir ensemble. Pour moi, c’était une bonne façon de mettre l’Évangile en pratique, et dans ce domaine il n’y a pas de mauvais ou de bon moment ; alors j’ai dit "d’accord", et me voilà partie…
J’ai découvert les maraudes, l’accueil d’urgence, les sorties entre personnes démunies et bénévoles, les repas partagés… Ainsi mon premier contact a été simple et chaleureux, l’appel d’un ami. Il m’a fait rencontrer des personnes, découvrir des visages et des actions très diverses, un travail d’équipe, de partenariat, d’écoute, d’échange, de partage.
Très bien accueillie par l’équipe, j’y ai découvert des personnes bienveillantes, généreuses, attentives aux autres, mais avec des expressions différentes, ce qui crée parfois des incompréhensions, soit au sein de l’équipe soit avec des accueillis. Cela peut paraître anecdotique, mais il me semble important d’en avoir conscience, de partager aussi mes interrogations pour rester disponible envers les plus démunis, de demeurer respectueuse de nos diversités et d’entretenir la convivialité de nos rencontres. J’aime ce travail d’équipe où chacun apporte à l’autre selon ses capacités, où chacun peut grandir en humanité et en toute simplicité.
Qu’est-ce que le mot "fraternité" signifie pour vous ? Quand avez-vous connu, pour la dernière fois, un réel temps d’échange et de rencontre fraternelle ? Pourquoi ce moment était-il si réussi ?
La fraternité est pour moi un don de Dieu, la chance d’être aimée de lui et de pouvoir partager cet amour avec ceux qui l’entourent et qui sont mes frères. C’est une solidarité, une responsabilité partagée avec tout homme, un appel permanent à aimer mon prochain quel qu’il soit.
La dernière rencontre fraternelle qui me vient à l’esprit est un temps d’échange et d’amitié vécu hier avec une femme retraitée qui a le bras cassé. Seule, elle n’osait pas demander de l’aide par humilité ; je suis allée la voir à la demande de sa fille qui est en province et qui ne peut lui rendre visite en ce moment. Cette personne avait un petit moral lors de mon arrivée. Puis elle m’a raconté quelques instants de sa vie passée ; nous avons ri ensemble en regardant quelques anciennes photos et en évoquant quelques anecdotes. Nous avons passé, tout simplement, un court mais bon moment, qui nous a fait du bien à l’une et l’autre.
Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde dans lequel vous vivez aujourd’hui, que choisiriez-vous ?
Quand je vois des querelles autour de moi, des affrontements ou des guerres dans le monde, où la méchanceté et la bêtise l’emportent sur la paix, j’ai mal pour mes frères. J’aimerais changer le regard que chacun de nous porte sur l’autre quand le mal est trop fort ou que les hommes désespèrent : dire à chaque homme qu’il est aimé et appelé à aimer avant tout, permettre à chacun de rechercher ce qu’il y a de beau en lui avant de voir nos imperfections, crier que la vie est belle et que ça vaut vraiment le coup d’aller à la rencontre de l’autre, de se respecter, de vivre et d’aimer.
Comment votre action s’articule-t-elle avec celle des pouvoirs publics ?
Chaque mardi et chaque vendredi, notre équipe accueille des personnes en difficulté adressées par les assistantes sociales de la ville, par d’autres associations ou par des connaissances. Les personnes que nous accueillons viennent demander un colis alimentaire, des vêtements, un soutien financier ponctuel, une aide pour des démarches trop compliquées pour elles… Notre rôle n’est pas de remplacer les organismes publics existants pour répondre à des situations d’urgence, ni d’être des magiciens qui résoudraient tous les problèmes. Notre rôle est d’être à l’écoute des personnes, de les accompagner dans la recherche d’éléments de réponse correspondant à leur situation, de permettre à chacun de se sentir accueilli et respecté. Un secours donné passe avant tout par une rencontre, une écoute mutuelle, le souhait partagé d’aller de l’avant. Ainsi l’accueil du mardi et du vendredi, c’est ce père sans ressources, seul avec un fils de 12 ans, venu chercher un colis alimentaire et que j’ai revu – il m’a annoncé fièrement qu’il avait retrouvé un emploi –, c’est cette femme sans logement qui vient d’obtenir un studio et qui nous dit "merci de m’avoir aidée à tenir et d’y avoir cru avec moi", c’est cet homme venu chercher des vêtements et qui repart en disant "merci de m’avoir simplement écouté", c’est André, sans logis, avec qui nous partageons un verre d’eau ou un café, ce sont des femmes, des hommes, des familles avec qui nous cheminons en humanité…
Pour être efficace, l’action du Secours Catholique ne peut être déconnectée de la société. Il nous est nécessaire de connaître les partenaires sociaux existants (institutionnels ou associatifs) et de travailler ensemble. C’est à ce titre que j’ai été appelée à rejoindre le Centre communal d’action sociale [CCAS], pour faire écho aux associations de solidarité. Là, nous assurons une concertation et une coordination avec les partenaires sociaux de la ville, et tentons de définir l’action sociale à mener localement, pour les familles, les personnes âgées, les personnes handicapées et les personnes en difficulté. |
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