4 juin. Au Liban nord, l’armée libanaise maintient son étau à Nahr el-Bared où sont contenus les djihadistes radicaux du Fatah el-Islam. Les tractations commencées fin mai entre les forces palestiniennes et les salafistes n’ont toujours pas trouvé d’issue politique. L’armée libanaise vit des heures délicates. Interdits d’action dans le camp lui-même, les militaires doivent déjouer les pièges tendus par le groupuscule pour l’amener à commettre l’irréparable, et protéger les milliers de civils encore présents dans le camp. Tout autant qu’un assaut, l’enlisement de la crise constitue une menace sérieuse dans ce pays aux équilibres fragiles. Pour les réfugiés de Nahr el-Bared, massés dans les camps palestiniens, la situation, de difficile, devient intenable. Quinze jours après le début des hostilités, les extrémistes ne sont pas parvenus, contrairement à leurs souhaits, à déstabiliser le pays ni à empêcher la création d’un tribunal spécial pour le Liban, adoptée le 31 mai dernier par le Conseil de sécurité. Les événements de Nahr el-Bared n’éclaircissent guère la situation géopolitique du Liban. Réduit à un État-tampon depuis de nombreuses années, le pays est soumis plus que jamais aux ambitions des puissances extérieures proches et lointaines, et à des alliances de circonstances. Très marquées, les divisions politiques de ces derniers mois se sont dissimulées un temps derrière un discours unitaire quasi unanime de l’ensemble de la classe politique vis-à-vis de l’armée libanaise. Malgré cette unité de principe, le problème des réfugiés palestiniens se pose maintenant avec acuité. Les violences au nord auront permis de lever un tabou. Arrivés en 1948, les Palestiniens réfugiés seraient en 2007*, un peu plus de 390 000, répartis dans douze camps à l’intérieur du pays. Ils représentent ainsi un peu plus de 10 % de la population libanaise et près de 11 % du total des réfugiés dans le monde*. Inenvisageable durant l’occupation syrienne, la problématique des camps palestiniens est pour la première fois abordée par la classe politique libanaise autrement que par les seuls biais de l’histoire et de l’indifférence. Éclairée sous un angle nouveau, la politique, ou plutôt l’absence de politique, à l’égard de ces zones extraterritoriales oblige les partis politiques libanais de toutes confessions à revoir leur position et à envisager l’avenir différemment. Impossible en effet de laisser en l’état ces territoires de non-droit, terroirs formidables pour la levée de toutes les formes d’extrémisme et situés en outre sur l’ensemble du territoire libanais. Le groupuscule du Fatah el-Islam n’est pas un phénomène isolé. Témoin l’attaque de soldats libanais par des miliciens d’un groupe salafiste répondant au nom de Jound el-Cham, survenue le 3 juin dernier dans le plus grand camp palestinien d’Aïn el-Héloué situé au sud du Liban, à Saïda. Encore grossis par de nouveaux afflux en 1970 et une démographie galopante, les camps arrivent tous au maximum de leur capacité. Les récents événements aggravent encore ce phénomène. Suleiman Frangié, député chrétien maronite au Nord-Liban, ancien ministre de l’intérieur du gouvernement d’Omar Karamé, est un proche du général Aoun : « Il est clair que nous devons nous préoccuper de la situation humanitaire dans ces camps, déclare-t-il. Nous ne pouvons en revanche envisager une nationalisation qui, au regard du nombre de personnes concernées, provoquerait un déséquilibre sur un échiquier politique fragile, singulier et spécifique. » Beddaoui est à quelques kilomètres de Nahr el-Bared, au sud de Tripoli. « Ici, la population totale était de 16 000 personnes sur un kilomètre carré avant les événements du 20 mai, raconte Najar, membre de l’UN. En quelques jours, 20 000 personnes, hommes, femmes, enfants, ont trouvé refuge ici. Pour l’instant, nous parvenons à contenir les tensions. Si la situation dure trop longtemps, cela va être de plus en plus difficile. » |