Dans les classes transformées pour la circonstance en chambrées, la vue des matelas entassés, redressés, de la vaisselle, des tapis roulés, des vêtements enfouis dans des sacs plastique, laisse deviner les efforts des mères palestiniennes pour préserver un minimum d’intimité et d’ordre. « La promiscuité est difficile, explique Ahmad, 21 ans. Nous ne vivons pas comme cela habituellement. Les classes de 20 mètres carrés accueillent jusqu’à 35 personnes. À bout de nerf, les jeunes finissent dormir dehors », soupire une mère. Au milieu du préau, des femmes assises à des tables notent les noms des familles et leur situation. Un moyen de déterminer l’attribution des aides, d’obtenir des nouvelles des membres disparus. Dans la cour, deux jeunes hommes armés arpentent le bitume, trompent leur désœuvrement en discutant avec les réfugiés. Non loin d’eux, des enfants jouent au football. Des membres de l’UN procèdent à une coupe drastique des cheveux des plus petits pour éviter la prolifération des poux dans le bâtiment. Adossée à un pilier, Najjar Nassar raconte son histoire. Originaire du quartier de Safouri, au cœur de Nahr el-Bared, elle décrit les immeubles effondrés sous le pilonnage des mortiers, les morts dans les rues que personne n’a eu le temps d’enterrer. « Il ne restait plus qu’une mosquée et un seul médecin quand je suis partie. » Najjar Nassar attend l’approbation des jeunes autour d’elle avant de poursuivre : « Oui, cela s’est passé ainsi… Ma famille a tout perdu. Notre situation était très difficile avant, maintenant elle va être tragique. » À Bourj el-Brajneh, à Beyrouth ouest, les 200 familles venues trouver refuge logent chez des familles. Le temps, comme à Beddaoui, s’écoule avec une lenteur infinie. Entassés dans un salon de 15 mètres carrés, neuf femmes assises, un homme, des enfants. Dans cette maison conçue pour dix, ils sont 35 depuis cinq jours. Un toilette, une salle de bain pour tous. Une moiteur torride, une fenêtre ouverte sur un mur et l’absence d’air. « Non, nous ne faisons rien. Que pouvons-nous faire sinon attendre ? » Que faire, en effet, sinon guetter sur l’écran d’une télévision allumée en permanence le silence des armes. L’association “Women’s Humanitarian” est implantée dans tous les camps depuis 1992. « Nous tentons de résoudre les problèmes des sous-vêtements, des voiles pour les femmes, des chaussures.Pour les enfants, nous créons des animations, explique Fadi, responsable de Bourj el-Brajneh. On essaye de leur faire oublier ce qui se passe, car les adultes en parlent beaucoup. » L’ambiance est pareille à celle de tous les autres jours. Vive, intense. Bigarrée. « Vous savez, il y a un an, le Fatah el-Islam a essayé de s’implanter ici. On s’est tous réunis avec les factions du camp et tous ensemble nous les avons chassés. » |