Accéder au site des jeunes solidaires Accéder au portail "Vous aider" Accéder à la l'espace Multimédia
 
 
Israël / Palestine - Les chrétiens s’érigent en médiateurs
mise en ligne : 19-12-2007

Les chrétiens dans les Territoires occupés croient encore à leur rôle particulier et à leur influence inversement proportionnés à leurs effectifs. Certains jeunes refusent tout fatalisme, relèvent le défi et appellent leurs frères d’Occident à témoigner leur soutien.

Sept heures du soir. L’angélus sonne aux clochers des églises du quartier chrétien de la vieille ville de Jérusalem. Louis ferme sa droguerie, Samir son salon de coiffure. Comme tous les soirs, et particulièrement en ce mois de décembre, ces deux amis d’enfance vont se retrouver pour mettre la dernière main aux événements prévus pour la soirée de Noël.

Comme l’année dernière, ils veulent organiser des illuminations, mais cette fois-ci à plus grande échelle, dans les rues du quartier chrétien en signe de joie et de fête. À la sortie de la messe de minuit, déguisés en Père Noël, ils distribueront des chocolats aux fidèles.

Samir l’orthodoxe et Louis le catholique, tous deux âgés de 28 ans, sont toujours célibataires, à leur grand désespoir et contrairement à la tradition qui veut que l’on se marie jeune, tout échange avec les Territoires étant proscrit par l’occupation israélienne.

Pourtant, malgré leur isolement, ils ne veulent pas quitter leur vieille ville. Louis affirme : « Nous voulons que les chrétiens restent ici et prospèrent. Sinon, dans dix ans, il n’y en aura plus. Comme nous, ils ont besoin d’être soutenus et de ne pas se sentir isolés. Pied à pied, les gens nous rejoignent. » De fait, l’association “Graines pour une vie meilleure” qu’ils ont fondée il y a tout juste un an pour animer et renforcer la communauté chrétienne, compte maintenant 65 membres, conscients que les chrétiens ne peuvent plus s’offrir le luxe de la division quand ils ne représentent plus que 1,6 % de la population de Jérusalem et 1,8 % de la population palestinienne.

Émigration.

L’exode des chrétiens de Terre sainte n’a pas commencé avec la création de l’État d’Israël, mais dès la fin du XIXe siècle, lors de persécutions sous l’Empire ottoman. Cependant, cette communauté s’est effritée à chaque nouvelle guerre en Israël. En 1948, les chrétiens représentaient encore 47 % de la population non juive de Jérusalem. Les chrétiens, grâce à l’éducation de qualité dispensée par de nombreuses congrégations religieuses, ont toujours pu émigrer facilement. « L’émigration est partout présente dans la conversation, déplore le père Franz Bowen. Elle est deux ou trois fois plus importante que celle des musulmans qui partent aussi. » Le mur et les barrages érigés par l’occupation des Territoires ont rendu la vie impossible. La situation politique instable, le manque de perspectives économiques et le manque de logements finissent par dissuader toute personne qualifiée de rester.
Les chrétiens appartiennent en majorité à la classe moyenne, mieux éduquée, plus évoluée, mais plus individualiste aussi et davantage préoccupée par son bien-être et l’éducation qu’elle peut offrir à ses enfants. Du reste, « la politique poursuivie par Israël consiste à rendre la vie si difficile que la classe moyenne partira, parce qu’elle ne peut plus commercer ni travailler », confirme Jeff Halper, président de l’Icadh (Comité israélien contre la démolition de maisons).

Cependant, ils sont un certain nombre à réfuter les persécutions dues au fait d’être chrétien et à refuser de s’apitoyer sur le nombre décroissant des chrétiens, sans pour autant occulter les difficultés auxquelles ils se heurtent, mais comme n’importe quel Palestinien. Témoin, Mgr Mounib Younan, évêque de l’Église luthérienne à Jérusalem : « Nous faisons partie intégrante de la société civile, nous subissons les mêmes souffrances, nous menons le même combat pour la paix et prenons part également à la construction du modèle d’une société séculière. » Le père Khoury ajoute : « Il n’y a pas de contradiction entre être palestinien et chrétien palestinien. Les chrétiens sont intégrés dans le peuple palestinien, je suis palestinien comme les autres. » En revanche, les chrétiens d’Israël, de Judée et de Samarie sont dans une situation particulière. Pour les musulmans, ils sont chrétiens, tandis que pour les Israéliens, ils sont arabes, soumis à des discriminations. « Nous ne savons plus qui nous sommes et pourtant nos familles ont toujours vécu ici », déplore Maureen Ashkar, Palestinienne de 27 ans à Nazareth.

Plan d’action.

Cependant, plutôt que de se focaliser sur le mal lancinant de l’émigration, nombre de chrétiens palestiniens se fondent aujourd’hui sur la force de leur éducation pour bâtir un nouveau plan d’action.

« La responsabilité des chrétiens est de travailler pour la paix parce qu’ils ont été les premiers à occuper cette terre, ils sont les mieux éduqués et les premiers à avoir rencontré l’Occident, donc les plus à même de le comprendre », déclare Terry Boullata, chrétienne palestinienne engagée dans la lutte pour les droits de l’homme. À ses yeux, être palestiniens chrétiens leur permet de s’ériger en médiateurs entre musulmans et Israéliens. Mgr Fouad Twal, évêque co-adjuteur au Patriarcat latin de Jérusalem, abonde en ce sens : « Nous pouvons faire le pont, nous avons le même livre sacré avec les Juifs et nous sommes plus proches des musulmans parce que nous sommes arabes. Nous avons une carte à jouer, à nous de la jouer. »

Les élèves des Frères des Écoles chrétiennes sont en proportion égale chrétiens et musulmans. Les professeurs sont majoritairement musulmans. Mais cela ne semble pas poser de problème. Chaque année, une grande partie de la soixantaine de nouveaux bacheliers part étudier à l’étranger et reviendra si la situation politique le permet, du moins c’est ce qu’ils affirment. Mais beaucoup d’élèves musulmans d’origine modeste quittent l’enseignement chrétien, attirés par la gratuité et la progression de la qualité des écoles publiques. Omar Ghneim, inspecteur d’académie et professeur de droit islamique à l’université d’Al Quds, le reconnaît : « Nous sommes la troisième génération à faire des études poussées dans ma famille. Nous avons bien compris que c’est en faisant des études comme les chrétiens que nous arriverons à nous en sortir. » Preuve que l’éducation est ressentie comme un atout pour exister et discuter à égalité avec les Israéliens.

Le poids de l’histoire.

Le statu quo a aiguisé la rivalité entre les Églises, les a affaiblies et les a éloignées des enjeux véritables des chrétiens en Terre sainte. Mais les choses changent. Même si certaines communautés chrétiennes continuent de se défendre individuellement, d’autres arrivent à travailler ensemble sur différents sujets. « La rivalité et la dispersion ont fait place à la collaboration », se réjouit le père Khoury. Ainsi, les Églises catholique et protestante ont entrepris la construction d’appartements pour aider les jeunes à faire face à la crise du logement. L’effort de soutien aux écoles et aux universités se poursuit pour préparer la nouvelle génération au défi qui l’attend. « Notre rôle est d’être des agents de justice, des promoteurs des droits de l’homme et des constructeurs de paix. Nous devons être des prophètes », déclare Mgr Younan.

À l’affût des initiatives locales, les Églises se sont donné pour mission de les renforcer pour éviter leur isolement. Ainsi Samir et Louis, décidés à rassembler les enfants et les jeunes de leur communauté et les persuader de rester vivre à Jérusalem et dans les Territoires, viennent de recevoir le soutien des Églises et d’associations de chrétiens, dont Caritas, pour poursuivre leur action. Un soutien attendu et essentiel.

Emmanuelle Dethomas

crédit : Lionel Charrier / SC
Echoppe du quartier chrétien de la vieille ville de Jerusalem


CHRÉTIENS D'ORIENT, LE DÉFI



   Le défi
   Egypte - L’enjeu économique
   Faux frères ?
   Appel d’Amman


Newsletter
      
 
Mentions légales