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Des “reclus” réintègrent la ville
mise en ligne : 16-02-2008

À Saumur, le maire et les responsables de l’habitat social se donnent la main pour réintégrer dans la ville des habitants reclus de la cité du Chemin-Vert. Les résultats tangibles de cette politique déterminée prouvent qu’il est possible de reprendre la maîtrise du marché du logement.

« Vous venez voir les animaux du zoo ? » l’a un jour interpellé une jeune habitante de la cité du Chemin-Vert à Saumur. Le cri de révolte a sonné comme un reproche immérité aux oreilles de Jean-Pierre Bouyneau, ancien directeur de la société publique d’HLM Saumur Loire Habitat. Car il est le premier à s’offusquer de ce que les habitants des grands ensembles « ne sont même plus exclus mais reclus ». Or « Ce sont des êtres humains. En les considérant comme tels, on les sort de leur réclusion, on leur rend leur dignité et ils s’intègrent ». Et l’ex-directeur de Saumur Loire Habitat joint les actes à la parole. Avec le maire Jean-Michel Marchand, il œuvre à la grande opération de désenclavement social de la ville du Cadre noir.

Une vaste recomposition urbaine est lancée avec le puissant soutien financier de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine. 400 logements sur 1 200 sont en cours de destruction au Chemin-Vert. Ils vont être remplacés par une quantité équivalente d’habitations dans le centre de Saumur, la majeure partie étant à loyer modéré. Quantité équivalente… qualité sans commune mesure, respect des habitants et de l’architecture obligent !

Les Manèges, Montaglan, Saint-Nicolas… les petits chantiers de construction se multiplient dans le centre, certains ont déjà livré leurs premières réalisations. Les loyers ne sont pas “donnés” - 380 euros charges comprises pour un appartement HLM de quatre pièces – mais supportent largement la comparaison avec ceux du Chemin-Vert. Les charges d’un quatre-pièces pouvaient y atteindre 160 euros !

Prix des Domaines. La ville, le Conseil général, la communauté d’agglomération…un promoteur privé, vendent des terrains aux sociétés d’HLM, au prix fixé par l’administration des Domaines. Non sans faire grincer des dents. Eric Touron, agent immobilier à Saumur et maire d’une commune toute proche, proteste contre la cession de l’ancienne halte routière pour 165 000 euros, la moitié de sa valeur réelle, estime-t-il. Il s’inquiète aussi de la baisse de valeur de l’immobilier traditionnel, effet supposé de fuite devant une population issue d’un quartier sensible.

Mais l’opération de dézonage de la ville est très contrôlée. La mixité sociale est subtilement organisée : petites surfaces pour jeunes couples et personnes âgées ici, logements sociaux + logements “intermédiaires” du “1% patronal” avec une pincée de militaires du Cadre Noir, là… Les responsables de la réorganisation sociale et spatiale de la ville sont très attentifs à ne pas « déplacer au centre les comportements en limite de déviance » dont ils reconnaissent l’existence. La construction privée reste – fort heureusement – possible. Mais là encore, la municipalité fait passer ses exigences. Un arrêté oblige toute nouvelle opération immobilière à comporter 20% de logements sociaux. C’est une des grandes revendications du Secours Catholique qui est ici satisfaite.

Le trésor de RFF. Certains ne peuvent cependant trouver leur place dans les nouvelles constructions du centre-ville. C’est le cas de Gérard, personnalité…hors normes. Car Gérard ne conçoit pas la vie sans ses chèvres. Comme d’autres habitants du Chemin Vert, il est en transit dans une barre, après la démolition de celle qu’il habitait précédemment. « On démolit plus vite qu’on ne reconstruit, c’est le problème », reconnaît Jean-Pierre Bouyneau.

Mais pour Gérard, une solution a été trouvée il y a déjà plus d’un an, sous la forme d’une ancienne maison de garde-barrière avec un petit terrain, à Vivy, non loin de Saumur. Réseau ferré de France, propriétaire, ne « bougeait pas » selon le maire de Vivy, Allain Richard, jusqu’à ce qu’il prenne un arrêté de péril. Arrêté qui s’est révélé plus efficace que les interventions infructueuses de deux ministres auprès du gestionnaire des infrastructures ferroviaires ! RFF a finalement fait une proposition de vente à la société d’HLM Habitat 49. Mais autour de 35 000 euros, le double de la valeur du bâtiment, compte tenu des gros travaux de rénovation nécessaires, estime M. Richard. La réponse d’Habitat 49 est attendue. Taxée de mauvaise organisation, RFF est aussi soupçonnée de geler son trésor immobilier pour en faire augmenter la valeur.

Les chèvres de Gérard, elles, n’en ont cure. Elles sont vingt. Elles ont déjà pris possession du terrain et débordent même sur la route, au grand dam des habitants et des gendarmes. Pas simple d’aller « jusqu’au bout de la logique du souci des pauvres », constate Jean-Paul Bachowicz de l’association Habitats et Solidarité qui soutient Gérard.

Lionel Charrier

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crédit : Lionel Charrier / SC
Gérard attend toujours sa maison de garde barrière après plus d'un an d'effort et l'intervention de deux ministres.


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