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Le maire “manouche”
mise en ligne : 15-02-2008

Appelés roms, gitans, tsiganes ou manouches, les gens du voyage font de leur mode de vie une identité. Une identité décriée par les communes, les sédentaires et l’opinion générale.

Un auvent en toile, des graviers pour recouvrir la boue, des maisons roulantes : le domaine provisoire de gens du voyage. En entrant dans la caravane de Gipsy et Stéphane Falck, on enlève ses chaussures et l’on pénètre dans un espace cosy et propre. Les canapés du salon reçoivent les visiteurs que Gipsy accueille avec un excellent café. Depuis septembre 2007, la famille Falck stationne sur une route délaissée de la départementale 11, dans les Yvelines (78). Le maire de Marcq, Pierre Souin, habitué à recevoir les gens du voyage dans sa commune, les a laissés installer leurs six caravanes sur cet emplacement sauvage. «Il nous a également permis de nous raccorder à la bouche à incendie pour que nous ayons de l’eau. Il nous aide beaucoup, mais je pense que cela peut être à son détriment lors des élections», observe Stéphane Falck. Pour l’électricité, la famille possède un groupe électrogène que les sédentaires s’amusent souvent à leur voler.

Expulsion. La famille Falck, l’une des plus importantes de France parmi les gens du voyage, est habituée à se déplacer au gré des expulsions. Comme la majorité des 350 000 voyageurs présents en France, elle stationne ses caravanes selon le bon vouloir des maires. Souvent sur des emplacements sauvages et rarement sur les aires d’accueil prévues par la loi du 17 décembre 2007, qui oblige les communes de plus de 5 000 habitants à se doter de ces espaces. Depuis l’application de la loi, seulement 20 % des aires d’accueil attendues ont été réalisées en France. Fréquemment expulsés, Stéphane, Gipsy et leurs trois enfants doivent plier bagages en quarante-huit heures, voire en vingt-quatre heures. « Toute notre vie nous allons devoir payer, juste parce que nous sommes des gens du voyage », explique Stéphane Falck avec fatalisme. En janvier dernier, il a été jugé à la suite d’une demande d’expulsion de la part du conseil général de leur terrain actuel. « J’ai dû passer devant le juge, juste pour avoir le droit de vivre, alors que je n’avais commis aucun délit », explique-t-il. Grâce au soutien du maire et d’associations, dont le Secours Catholique, la famille Falck a exceptionnellement obtenu le droit de rester six mois de plus sur cet emplacement.

Préjugés. « Depuis plus de sept générations, nous sommes des citoyens français et pourtant nous ne sommes pas considérés comme tels, raconte-t-il. Nous sommes des “sous-français”. » L’étiquette de “voleurs de poules” les poursuit encore. À l’école, les enfants sont traités de “sales gitans”. « Pour trouver du travail, il vaut mieux ne pas dire que nous sommes des Voyageurs », déclare Stéphane Falck. Il est artisan, élagueur, commerçant de marché ou peintre en bâtiment. Certains de ses clients connaissent son appartenance à cette communauté, mais la majorité n’en sont pas informés. Pourtant, la famille Falck se sent bien intégrée dans le village de Marcq.

Scolarité. Lara, leur fille de 11 ans, suit depuis le mois de septembre 2007 les cours de Pierre Souin, également instituteur et directeur de l’école municipale de Marcq. Sa mère la considère comme chanceuse. La scolarité est, pour les gens du voyage, un problème quasi insoluble. Contraints de se déplacer tous les quinze jours, les enfants ne peuvent pas suivre une scolarité régulière. « Je suis allée à l’école, mais on me plaçait au fond de la classe en me donnant des coloriages », se souvient Kim, 16 ans, première fille de Gipsy et Stéphane Falck. Grâce à l’enseignement de Pierre Souin, également instituteur, Lara a plus appris en trois mois qu’en cinq ans. Elle aura la chance de terminer sa scolarité dans la même école, puisque la famille ne se déplacera pas avant le mois de juin. Exceptionnellement.

Clémence Richard

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crédit : Lionel Charrier / SC
La maire de Marcq permet le stationnement des gens du voyage et reçoit leurs enfants à l'école du village.


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