Appelé communément “le maire manouche” par les gens du voyage, Pierre Souin, maire de Marcq dans les Yvelines, accueille les Voyageurs dans sa commune. Village d’environ 600 habitants, Marcq n’est pourtant pas obligé d’avoir un emplacement, il est seulement tenu de posséder une aire de passage. Quelle est votre position par rapport aux gens du voyage ? La mairie de Marcq a toujours eu des emplacements sauvages destinés aux gens du voyage. Je pense qu’il faut faire entrer dans la tête des habitants qu’en général, la cohabitation avec eux est gérable. J’ai déjà reçu six campements de Voyageurs au cours de mes sept ans de mandat. Il n’y a qu’un groupement de caravanes qui nous a causé des soucis. Ils avaient laissé le terrain dans un état épouvantable. Lorsqu’on parle de l’installation des gens du voyage, c’est tout de suite la levée de boucliers. Si tout le monde reste arc-bouté sur ses préjugés, les choses n’avanceront jamais. Au départ, nous n’étions que deux au conseil municipal à être d’accord pour la création de l’aire d’accueil que j’avais proposée. Aujourd’hui, nous sommes passé à cinq sur huit. Les Voyageurs doivent également s’adapter à nos communes. Des petites municipalités comme la mienne ne peuvent accueillir qu’une quinzaine de caravanes. Il faut donc que les gens du voyage s’habituent à ne pas se déplacer par groupe de 40 véhicules. J’avais également proposé qu’une famille reste en permanence sur le terrain pour accueillir les nouveaux arrivants et leur expliquer les règles à respecter. Mais on m’a expliqué que si cette famille existait, elle serait probablement mal vue des gens du voyage, puisque sédentarisée. Vous êtes directeur de l’école de Marcq. Que pensez-vous de la scolarisation des enfants du voyage ? La scolarisation est très importante. Avant d’arriver à Marcq, Lara Falck (voir reportage) avait de sérieuses lacunes scolaires. Pour l’instant, elle est la seule enfant du voyage dans mon école, mais l’année dernière j’ai eu six enfants issus de la communauté. C’est l’une des meilleures solutions pour leur avenir, car ils y côtoient les enfants du village. Si on ne réussit pas leur intégration, on creuse un fossé définitif.
Si vous êtes réélu en mars, allez-vous mettre en place des projets pour les gens du voyage ? J’avoue ne pas mettre trop en avant ce type de sujet pour les élections municipales. Si on fait savoir que je suis pour l’accueil des gens du voyage, j’ai bien peur de perdre des voix. Mais je souhaite pouvoir mettre en place avec les communes voisines une aire d’accueil de dix à quinze places et j’espère que le conseil général ne bloquera pas ce projet. Je suis persuadé que si nous réussissons à le réaliser, cela fera tache d’huile, tant du côté des gens du voyage que du côté des Gadjos (1). Propos recueillis par Clémence Richard
(1) Terme d’origine gitane qui désigne les sédentaires. |