La problématique Près de 40% de la population ne part pas en vacances, soit 15 millions de personnes. 10 millions, soit 16% de la population, ne part jamais….24% sont des partants irréguliers, restent chez eux un été sur 2 ou 3. La proportion des personnes qui ne partent pas en vacances parmi les familles monoparentales, parmi les familles dont les revenus sont inférieurs au SMIG, parmi les familles dont les parents n’ont pas de diplômes, est particulièrement importante. Les freins au départ en vacances pour les personnes qui vivent une situation de pauvreté sont nombreux : manque d’argent, peur de l’inconnu, de la perte de repères quotidiens, peur du regard des autres, qui travaillent, qui ont de l’argent, le sentiment que les vacances sont réservées à ceux qui travaillent…..
Or l’article 140 de la loi de lutte contre les exclusions de 1998, précise: « L’égal accès de tous, tout au long de la vie, à la culture, à la pratique sportive,et aux loisirs, constitue un objectif national. Il permet de garantir l’exercice effectif de la citoyenneté. La réalisation de cet objectif passe également par le développement…de l’organisation du départ en vacances des personnes en situation d’exclusion ».
Les vacances permettent en effet de - se reposer mentalement et physiquement, d’«oublier ses soucis quotidiens », - renouer des relations différentes entre les membres de la famille, pas toujours faciles quand les conditions de vie sont difficiles, se découvrir autrement, favoriser les relations parents-enfants, - se sentir comme tout le monde, - faire des choses qu’on ne fait pas habituellement, découvrir des capacités (je ne croyais pas pouvoir…et pourtant) chez soi et chez ses proches, - découvrir des plaisirs nouveaux, un nouvel environnement, d’autres modes de vie, mieux les comprendre - se forger des souvenirs communs, familiaux, pouvoir les raconter comme les autres - se projeter dans l’avenir : choisir, épargner, imaginer ce que l’on va faire… - créer des relations : en individuel, avec les voisins du gîte, du village, du camping, et en collectif, avec les autres membres du groupe, pour les poursuivre ensuite dans le quartier. Les effets d’une simple semaine de vacances (précédée il est vrai de six mois de préparation), sont considérables en terme de lien familial et social, d’autonomie, de vision positive de la vie. Fierté, capacités, assurance, estime de soi, tonus et projection dans l’avenir sont au rendez-vous des vacances réussies : - « On se sent fier, plus capable et plus indépendant ! Partir en vacances, ça fait partie d’une évolution, il y a un avant et un après, c’est que du bonheur… » - « Dire qu’on est parti, ça fait remonter d’un cran social vis-à-vis de l’entourage ! » - « J’ai pu assumer des responsabilités loin de chez moi, ça me donne confiance, je suis sûre de moi là ». - « Ça me permet de les redécouvrir et de passer du temps avec les enfants. Ils grandissent trop vite. Là le temps s’arrête, on en profite pour faire les choses ensemble ». - « Elle est consciente, ça m’étonne, elle me fait des bisous spontanés, ça fait plaisir quand on s’y attend pas» - « On est plus détendu, je prends des résolutions après, la dernière fois, je suis rentrée et je suis tout de suite allée m’inscrire pour passer mon permis de conduire. On est boosté, on se sent plus léger.»
La législation et le regard de nos concitoyens L’idée que les vacances sont un luxe, ou bien qu’elles sont liées au travail, réservées aux personnes qui ont les moyens, reste fortement ancrée (voir les nombreuses réactions aux reportages sur les départs en vacances des familles en situation de pauvreté parce qu’on y voit des signes apparents de « richesse », ou parce qu’elles bénéficient d’aides sociales !).
Michelle Demessine, Secrétaire d’Etat au Tourisme : « Les attentes des Français en matière de vacances se résument en deux termes : le repos et la rupture avec le quotidien. La rupture avec le quotidien se manifeste par le dépaysement, la découverte et le soleil. Leurs attentes sont globalement les mêmes, que l’on parte ou non. Concrètement, les Français attendent sur leur lieu de vacances, en priorité un environnement sécurisé et la possibilité d’avoir un contact avec les habitants.»
Les vacances pour les personnes vivant la pauvreté sont parfois considérées comme un outil d’insertion, mais rarement comme un droit, alors que la loi le pose comme tel. Les financements spécifiques sont rares, en dehors de ceux de l’ANCV, distribués sous forme de chèques vacances. Certaines CAF se retirent de ce champ vacances.
La communication du Secours Catholique. Le Secours Catholique permet à environ 4500 enfants et 1500 familles de partir en vacances chaque année, en Accueil Familial de Vacances, en séjours collectifs pour mineurs, en séjours de famille individuels ou en séjours de groupe pour des familles.
L’affiche reprend l’argument que tout le monde a besoin de vacances, notamment « quand on n’a pas les moyens d’en prendre ». Si le besoin de vacances est vérifié pour tout le monde, il est particulièrement vrai pour des personnes dont le quotidien est très difficile : difficultés financières, conditions de logement, précarité du travail, incertitude permanente sur l’avenir, poids du regard négatif subi, cumul de difficultés. Les vacances permettent alors d’échapper pour un temps au stress de la vie quotidienne, aux soucis récurrents pour boucler le budget, faire face aux demandes de consommation des enfants, de se retrouver sereinement en famille, alors qu’on vit des conditions difficiles qui ne favorisent pas les relations détendues, de se redécouvrir les uns les autres, d’être considéré pour soi, de mettre en valeur des compétences ou qualités qui n’apparaissent pas ou sont niées dans le quotidien (connaissance de la nature, capacité de relation, d’attention aux autres, savoir-faire, capacité d’apprentissage, etc.). |