Le Secrétaire d’État, chargé des affaires européennes, détaille les thèmes sociaux que défendra la Présidence française de l’UE. Quelles vont être les priorités dans le domaine social ? Envisagez-vous de porter au niveau européen le Revenu de solidarité active (RSA) expérimenté en France ? La Présidence française de l’Union européenne est l’occasion de porter une ambition forte en matière sociale. Nos partenaires européens ont déjà formulé beaucoup d’attentes en ce domaine. Nous souhaitons donner une forte impulsion politique à la lutte contre la pauvreté. Vous évoquez le RSA. L’ambition de la France est bien de porter, sur la scène européenne, certaines de ses innovations. Cette démarche, mise en œuvre par Martin Hirsch, est effectivement très complémentaire de celles de partenaires européens. En matière d’emploi et d’insertion, les 27 sont confrontés aux mêmes défis : difficultés en termes d’accès à l’emploi, insécurité face à la mondialisation, ou vieillissement démographique qui pèse sur nos systèmes sociaux. Pour répondre, ensemble, à ces défis, une partie des travaux du Conseil des ministres chargés des affaires sociales et de l’emploi sera donc consacrée à la question de “l’inclusion active”. La France, en tant que présidente du Conseil, dirigera ces travaux et s’efforcera d’obtenir un accord sur une résolution portant sur l’inclusion active, qui énoncerait une série de principes communs, déclinés ensuite par les États membres dans leurs politiques d’insertion nationales.
Vous avez évoqué “une gestion globale et concertée des migrations”, mais quels seront les contours du pacte sur l’immigration ? Les migrants sont en effet les premiers exposés à la pauvreté et à la précarité. Dans le cadre d’un espace Schengen récemment élargi, le pacte sur l’immigration dessine les contours d’une politique harmonisée en la matière. Ce pacte proposera d’abord d’organiser l’immigration légale en fonction des besoins du marché du travail. L’Europe va perdre plus de 20 millions d’actifs d’ici 2030 ; une politique d’immigration européenne liée à l’offre de travail ainsi qu’aux capacités d’accueil, est la meilleure façon à la fois de lutter contre la précarité des migrants en Europe et de répondre aux besoins européens. De plus, ce pacte favorisera l’échange de bonnes pratiques entre les États membres, y compris pour ce qui relève de la pauvreté chez les migrants. Vous connaissez l’initiative de Martin Hirsch sur des objectifs chiffrés de réduction de la pauvreté ; la Commission européenne s’est montrée particulièrement réceptive à cette idée, en perspective de l’année 2010, Année européenne de la lutte contre la pauvreté. Enfin, ce pacte sera défini en étroite coopération avec les pays d’origine. C’est avant tout en améliorant les conditions de vie dans ces pays que nous répondrons au problème de l’immigration. Dans cette perspective, nous envisageons de promouvoir le co-développement en facilitant les transferts d’épargne vers ces pays et les actions de développement dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la gouvernance.
Comment favoriser la mobilité pour des raisons de travail à l’intérieur de l’Europe ? La faible mobilité des Européens est, aujourd’hui, une entrave importante à la fois à l’intégration économique européenne et à l’approfondissement de la connaissance mutuelle de nos peuples. Nous allons donc nous employer, sous la présidence française, à favoriser la mobilité sous toutes ses formes. La mobilité doit être entendue au sens de mobilité géographique, mais aussi de mobilité entre différents emplois. C’est ce qu’on appelle en Europe la “flexicurité”. Xavier Bertrand a indiqué son intention de développer l’échange d’informations sur les bonnes pratiques entre États membres en ce domaine. Un certain nombre de principes communs ont été adoptés sous la Présidence portugaise en décembre dernier. Nous allons voir maintenant comment les faire vivre. Autre forme de mobilité, la possibilité pour les jeunes d’effectuer une période de formation dans un autre État membre. Pour cela, nous conduisons une réflexion sur la démocratisation du programme Erasmus et étudions aussi la possibilité de renforcer l’Erasmus des apprentis, le programme Léonardo.
Comment pérenniser les rencontres avec la société civile et son écoute après l’exercice de la présidence ? Dans le cadre du programme “Paroles d’Européens !”, nous soutenons un certain nombre de manifestations telles que les États généraux de l’Europe, le Forum civique européen ou encore le forum européen des “think tanks” (groupes de réflexion). Ces événements ont vocation à se pérenniser et, s’ils souhaitent notre appui, nous continuerons à le leur apporter au-delà de notre présidence du Conseil. Par ailleurs, avec Bernard Kouchner, nous organisons des rendez-vous réguliers permettant des échanges de vues avec les acteurs de la société civile afin de mieux nous coordonner. Ces réunions nous permettent de définir de manière ouverte et collective les modalités de notre coopération, comme la rencontre de Marseille du 13 juin passé ou celle de Nantes les 10 et 11 octobre. Nous menons aussi, vous le savez, une politique extrêmement active de soutien au débat d’idées européen, tant sur Internet, via le portail d’information touteleurope.fr, que par l’intermédiaire des “think tanks”. Nous avons, par exemple, été partenaire du rapport “Think global, act European”, initiative innovante puisque pour la première fois, treize groupes européens ont travaillé collectivement à des propositions concrètes pour l’avenir de l’Union. Enfin, dernier élément, nous soutenons, dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, certaines manifestations qui portent de manière pertinente les valeurs européennes. Le Secours Catholique/Caritas France a obtenu une telle labellisation pour un séminaire et une exposition photographique à la Cour de cassation, consacré à la traite des êtres humains. Je suis persuadé que c’est par des soutiens de ce type que l’Europe gagnera le cœur des peuples. Propos recueillis par Emmanuelle Dethomas |