Le Cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, rappelle la nécessité d’un repos commun pour la vie de famille. Il souligne aussi les dangers qui menacent une société fascinée par l’argent et la consommation. - Êtes-vous satisfait de la nouvelle proposition de loi ? Cardinal Barbarin : Dans la présentation actuelle du projet, on nous assure que le nouveau texte respectera le sens du dimanche, un jour de repos, à vivre en famille et avec ses proches, et pour les chrétiens, le jour du Seigneur. Ce projet entend simplement adapter la loi pour éviter que perdurent certaines situations incohérentes, dues à des exceptions concédées aux uns ou aux autres. Si les fameux “périmètres d’usage de consommation exceptionnel”, dont parle la loi pour les villes de plus d’un million d’habitants sont clairement circonscrits, si ces autorisations sont très limitées et très encadrées, comme on nous le promet, pourquoi pas ? Cependant, je poserai une double question. D’une part, est-ce à la loi de légiférer sur les détails ? Des décrets ne suffiraient-ils pas ? D’autre part, à multiplier les exceptions, on finit par transformer la loi en passoire. Espérons donc que la garantie d’un repos commun, qui est un bien essentiel pour la vie familiale et pour l’ensemble des rapports sociaux, sera respectée, et qu’il ne s’agit pas d’une concession qui risque d’en sacrifier d’autres à l’idole de la consommation. Jésus a dit (Marc 2, 27) : « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » On commente toujours la deuxième partie, pour ne pas tomber dans l’application idiote des commandements, comme s’ils étaient les règlements de notre république spirituelle. Mais il ne faudrait pas oublier la première partie. Les commandements de Dieu sont comme les conseils d’un Père à l’homme, son enfant. Le repos dominical est effectivement un bien pour l’homme ; il nous est donné pour équilibrer notre vie, pour contribuer à la rendre paisible et harmonieuse.
- L’assouplissement des horaires légaux se développe, contraignant les salariés à la plus grande flexibilité. Faut-il y mettre un frein ? L’instauration des 3 x 8 a été décidée au nom de la rentabilité ; c’est un argument qui compte. Mais mesurons à quel point cela peut déstabiliser les familles et les personnes, car le jour est fait pour travailler et la nuit pour dormir. Certes, des exceptions sont nécessaires, pour le personnel soignant, pour certains employés des transports ou de travaux. En tout cela, il faut que le critère suprême reste l’homme. Il n’est pas inutile, par exemple, que certains magasins soient ouverts le soir. Cela rend service à ceux qui rentrent tard du travail. Une plus grande flexibilité n’entraîne pas forcément le chaos ou le désordre. Il faut que cela corresponde à la vie ou aux besoins des gens. C’est toute la question de la liberté dans l’application d’une loi : elle ne doit pas devenir un carcan, mais elle doit rester un rempart social. Que les choses soient donc clairement encadrées. Que le texte dise bien qu’on ne pourra pas faire pression sur un employé pour qu’il travaille le dimanche, que la base du volontariat sera respectée et qu’il y aura des avantages salariaux, avec l’assurance du repos compensateur. On nous assure aussi qu’il sera tenu compte des évolutions de la situation personnelle du salarié, en cas de mariage, de naissance d’enfants,… ou de divorce. Tout cela me paraît sage ; ce sont des garanties importantes, et il faudra veiller à ce qu’elles soient respectées.
- La notion du “travailler plus pour gagner plus” est-elle en train de transformer de manière préoccupante la société française ? Les banques nous ont montré, l’an dernier, comment on peut perdre la tête. En voulant gagner toujours plus, elles ont déconnecté leur activité de leur mission première : stimuler la vie économique, aider les entreprises... Avertis par cette dérive, nous pourrions en tirer les conséquences et en freiner la logique dangereuse. Il faut toujours se méfier de la fascination du “gagner plus”, car l’argent rend fou, comme l’affirme l’Évangile. Cela dit, l’expression “travailler plus pour gagner plus” relève d’une logique saine. Elle rappelle la beauté du travail et l’importance d’une juste rémunération pour celui qui se donne dans sa profession.
Recueilli par Catherine Rebuffel |
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crédit : F. Nuzzo / SEDICOM Lyon
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Philippe Barbarin, Cardinal-archevêque de Lyon et Primat des Gaules
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