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Un dimanche travaillé à Plan-de-Campagne
mise en ligne : 02-07-2009

La zone commerciale de Plan-de-Campagne, dans les Bouches-du-Rhône, ouvre ses portes tous les dimanches depuis 42 ans, grâce à des dérogations préfectorales successives. Une contrainte devenue habitude pour les salariés.

Dimanche, 9 heures du matin à Plan-de-Campagne, zone commerciale située entre Aix-en-Provence et Marseille. Une vingtaine de personnes attendent déjà devant les portes d’un grand magasin d’articles de sport. L’ouverture n’est prévue qu’à 9 h 30. Parmi eux, Veronica et sa fille, venues tôt ce matin pour éviter la cohue dominicale habituelle. « Je vais faire quelques courses et filer à la plage le plus tôt possible », prévoit la jeune femme, cliente régulière des commerces de la zone. Sur le parking déjà à moitié rempli de voitures, un panneau annonce que le magasin est ouvert tous les dimanches. Pour la majorité des quelque 400 enseignes implantées à Plan-de-Campagne, le travail du dimanche est une habitude vieille de plus de quarante ans.

Polémique.
L’ouverture systématique des commerces le dimanche provoque une polémique sur le travail des salariés pendant ce jour traditionnellement de repos. Elle divise les syndicats, les salariés et les commerçants de proximité qui voient en Plan-de-Campagne un concurrent féroce. Tandis que la CFTC locale se range du côté de certains salariés qui souhaitent garder leur dimanche travaillé pour des raisons financières, l’Union locale de la CGT et la CFDT se positionnent en opposants acharnés du travail dominical à Plan-de-Campagne. En janvier 2008, les deux syndicats avaient obtenu du tribunal administratif de Marseille l’annulation de 133 dérogations, exposant du coup les contrevenants à une amende proportionnelle au chiffre d’affaires.
Pourtant, un an et demi plus tard, hormis quelques commerces frileux et les magasins de téléphonie mobile, toutes les enseignes de la galerie marchande et de Plan-de-Campagne sont ouverts. « Nous ne pouvons décemment pas nous permettre de fermer le jour de la semaine où nous vendons le plus », conteste Hervé, responsable d’un magasin de maroquinerie dans l’un des centres commerciaux. Les ventes du dimanche représentent à elles seules 23 % du chiffre d’affaires annuel de son magasin. Cela peut atteindre 30 % du chiffre d’affaires pour certains commerces de Plan-de-Campagne.

Vie de famille.
D’innombrables voitures ont maintenant envahi les parkings des magasins. Sur les routes, des bouchons commencent à se former. Il faut prendre son mal en patience pour aller d’un commerce à un autre. Dans la fraîcheur d’un magasin climatisé de vêtements pour enfants, Karine range des articles dans les rayons. Cette jeune mère y travaille depuis trois ans et s’accommode avec difficulté d’un dimanche de repos sur deux. Pourtant, elle s’estime chanceuse d’avoir un mari qui peut garder son fils ce jour-là. Certaines de ses collègues sont obligées d’avoir recours à des “nounous”. Comme Julie, mariée à un salarié à Plan-de-Campagne, amené lui aussi à travailler le week-end. « Les dimanches où nous travaillons tous les deux, nous prenons une “nounou” que nous devons payer le double du tarif habituel », raconte Julie, qui peine à organiser sa vie de famille.

Salaires.
À Plan-de-Campagne, les salariés sont généralement payés double pour les heures travaillées le dimanche. Dans certaines enseignes, ils bénéficient en plus d’un repos compensateur. La grande majorité des employés à Plan-de-Campagne se disent volontaires. Ils justifient leur emploi dominical essentiellement par des raisons financières. Cela représente entre 100 et 400 euros nets supplémentaires. Karine est payée 100 euros nets en plus de son salaire mensuel, mais elle n’a pas eu le choix. « Je me moque de ces 100 euros supplémentaires, la seule chose que je souhaite est de voir mon fils grandir ! Je suis convaincue que le dimanche doit rester un jour de repos pour tous. On parle de volontariat, mais en réalité c’est un volontariat imposé par le seul fait qu’il s’agit de Plan-de-Campagne », explique la jeune mère.
Pauline, employée d’un magasin de vêtements, a quitté sa Lorraine natale pour Plan-de-Campagne, expressément pour y travailler le dimanche. « Depuis six ans, cela n’agit pas sur ma vie de couple ni sur ma vie sociale. Il suffit juste de s’organiser », affirme-t-elle. Elle reconnaît toutefois que cela ne doit pas être évident lorsqu’on est parent.

Nécessité.
L’angoisse d’une éventuelle fermeture est forte chez les salariés et les commerçants. Karine, elle, y voit l’opportunité de passer enfin les dimanches avec son fils. De son côté, Hervé redoute un impact sur l’emploi. « Si la loi n’est pas adoptée, le chiffre d’affaires que nous faisons ce jour-là ne sera jamais rattrapable le lundi et je serai obligé de licencier au moins une personne », explique-t-il. Comme de nombreux salariés l’affirment, « le nerf de la guerre est financier ». Avec un salaire plus élevé, les employés de Plan-de-Campagne s’accommoderaient-ils ainsi du travail du dimanche ? Rien n’est moins sûr. Nadia, mère célibataire et vendeuse dans un magasin de vêtements, l’affirme tout de go : « Travailler à Plan-de-Campagne n’est pas un choix de vie, c’est un choix de nécessité. »

Clémence Richard

crédit : Lionel Charrier / M.Y.O.P. / SC
La grande majorité des employés à Plan-de-Campagne se disent volontaires pour travailler le dimanche


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