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Les jeunes face aux verrous de l’emploi
mise en ligne : 11-09-2009

Les moins de 25 ans sont les premières victimes de la crise. Leur taux de chômage a augmenté de 40 % en un an. Des formations en alternance leur sont proposées dans l’urgence.

Thomas, bientôt 18 ans, cherche un travail au Forum de la diversité et du premier emploi organisé cet été par la mairie de Paris. Il a un CAP de vendeur spécialisé en agroalimentaire. Il voulait passer un bac professionnel, mais ses résultats n’étaient pas suffisants. « On me demandait 16 de moyenne au CAP pour m’inscrire et je n’avais que 13 », regrette-t-il. Il est intéressé par le stand d’American Airlines. La compagnie aérienne recrute des agents pour enregistrer les bagages à l’aéroport de Roissy. Hélas, Thomas ne parle pas anglais, indispensable pour ce CDD à temps partiel, payé au Smic horaire. Il s’en serait satisfait. « Avec la crise, on ne crache pas sur les emplois », affirme-t-il. D’autres grandes sociétés se contentent d’indiquer leurs sites Internet au jeune homme. Thomas est déçu. Andrean aussi. Un grand distributeur d’articles de sport renvoie cet étudiant vers ses magasins, pour « montrer sa motivation ». « Mais pourquoi nous font-ils venir jusqu’à La Villette, si c’est juste pour nous envoyer ailleurs ? » s’étonne Andrean.
Certaines entreprises du forum avouent se constituer un stock de curriculum vitae, pour des jours meilleurs. Wolters Kluwer France, un important éditeur de la presse sociale, propose même… la lecture de ses petites annonces. Pendant ce temps, il gèle les embauches et supprime des postes.
Seules certaines professions recrutent en ce moment – animation socioculturelle, vente, hôtellerie, gardiennage et sécurité, employés de maison et assistantes maternelles notamment, selon le récent rapport sénatorial « France, ton atout “jeunes”. On manque aussi de cuisiniers. Pourtant, ces fameux métiers “en tension” ne correspondent ni aux aspirations ni à la formation des jeunes.
À ces obstacles s’ajoute, côté employeurs, le préjugé du diplôme. Il écarte le recrutement par la compétence, souligne Matthieu Angotti, auteur au Credoc de « Quelle deuxième chance pour les jeunes en difficulté ? ». Un autre préjugé a la vie dure : « L’image du jeune pas motivé, qui arrive en retard et se présente mal », rappelle le chercheur.
Ces verrouillages et ces frilosités contribuent à éloigner 2,5 millions de jeunes de l’emploi de qualité, observe Matthieu Angotti. En temps ordinaire, les jeunes travailleurs sont voués aux CDI à temps partiel, CDD, intérim, contrats aidés. La crise aggrave la situation.

Insertion.
Contrats d’apprentissage et contrats de professionnalisation sont appelés à la rescousse par le gouvernement. Il a décidé de porter à 500 000 le nombre de jeunes en insertion. L’alternance est dopée par des primes à l’embauche de 1 000 à 2 000 euros offertes aux entreprises depuis le printemps. « Tant qu’elles ne remplissent pas leur carnet de commandes, elles n’embauchent pas », remarque Florence Riousse, directrice de la Mission locale de Vannes (Morbihan).

Ruptures.
Les ruptures de contrats en cours d’apprentissage constituent une difficulté supplémentaire. Le quart des apprentis abrègent leur contrat. La JOC dénonce « des conditions de travail indignes » dans les filières de l’alternance (heures supplémentaires non rémunérées, travaux dégradants…). Le Sénat s’en est ému dans son rapport de mai dernier, soulignant « le besoin de soutien et d’accompagnement de ces jeunes ». La JOC regrette quant à elle que « rien ne soit prévu [dans le Livre vert de la commission Hirsch] pour permettre à l’Inspection du travail de venir en aide aux apprentis ».
Au sein du collectif Génération précaire, sorte de syndicat des stagiaires, ils sont plusieurs centaines de milliers à travailler en entreprise pour trois fois rien. Ophélie est au chômage malgré son mastère en droit de la propriété intellectuelle et littéraire. À 26 ans, on lui propose encore des stages. Elle les refuse. Elle dit « ne plus avoir les moyens de travailler gratuitement » (les stagiaires perçoivent une gratification de 400 euros mensuels). Elle a des difficultés à payer son loyer. Les offres de stages continuent cependant d’affluer. Certaines se présentent même ouvertement comme des emplois déguisés. Le gouvernement évite de s’opposer frontalement aux entreprises sur ce sujet. Il préfère donner un coup de pouce indirect aux stagiaires : une prime de 3 000 euros à tout employeur qui recrute avant le 30 septembre, en CDI, un stagiaire présent dans son entreprise depuis le 24 avril.

Quotas.
Au Credoc, Matthieu Angotti est persuadé que « rien ne se fera de décisif tant qu’il n’y aura pas de contrainte sur les entreprises ». Il se prononce pour des quotas obligatoires de jeunes salariés dans les entreprises. Une éventualité encore lointaine pour Alice. C’est tout de suite que cette Havraise a besoin d’un emploi. À 20 ans, elle n’a pas droit au RSA. Et elle n’a pas assez travaillé pour avoir des indemnités de chômage. « J’ai besoin d’argent pour me loger, mais la crise rend les choses encore plus difficiles », témoigne-t-elle. Alice est qualifiée en tant qu’aide à domicile. Un métier qui ne figure pas sur la liste établie par le rapport sénatorial dans ses prévisions sur l’emploi… Alice n’a pas pour autant l’intention de baisser les bras.

François Tcherkessof

550 000 chômeurs de 16 à 25 ans
Les jeunes de 16 à 25 ans sont 8 180 000 en France, soit 12,7 % de la population. Près de 20 % de ceux qui sortent chaque année du système scolaire (150 000 élèves) sont sans diplôme du secondaire et 10 % (75 000 élèves) sans aucun diplôme. Environ 550 000 jeunes sont inscrits comme demandeurs d’emploi. Un jeune sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté de 880 euros par mois.
(Source : rapport de la mission sénatoriale d’information sur la jeunesse France, ton atout jeunes).

Le « Livre vert » de la jeunesse
Le Livre vert issu de la commission présidée par Martin Hirsch, haut-commissaire à la Jeunesse, remet à plat la politique de la jeunesse. Voici quelques-unes de ses pistes : 
- Dotation en capital pour la recherche du premier emploi, les études, le permis de conduire… Dotation sous condition de ressources des parents avec un socle commun à tous. Variante envisagée sous forme d’allocation avec accompagnement et contrepartie.
- Ouverture du Revenu de solidarité active aux jeunes (travailleurs pauvres) de moins de 25 ans déjà insérés sur le marché du travail.
- Livret de compétences répertoriant les capacités extra-scolaires des élèves et rempli par le jeune lui-même. But : relever les points forts de chacun pour que personne ne soit considéré comme bon à rien ; rééquilibrage de l’orientation par la notation. Hors système scolaire : attestation des savoir-faire et des compétences du jeune.
- Éligibilité dès 18 ans aux fonctions de député, sénateur, conseiller prud’homal, juge au tribunal de commerce.
- Pas de demande d’extrait de casier judiciaire à l’embauche sans accord professionnel le prévoyant.
- Interdiction prochaine des stages hors cursus (hors études) ou basés sur de faux cursus. Objectif : arrêter la substitution des stages à des emplois en bonne et due forme.
- Développement de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur.

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crédit : SC
Affiche de la campagne "Face à la crise tous solidaires"


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