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Au Havre, l’intérim reste à quai
mise en ligne : 11-09-2009

La chute vertigineuse de l’emploi temporaire est encore en partie invisible. Les indemnités de chômage permettent à ceux qui ont le plus travaillé de souffler provisoirement. Mais les difficultés financières ont déjà rattrapé les abonnés aux missions d’intérim.

« Cette fois, c’est la crise. Je n’ai pas travaillé depuis janvier. Je ne suis jamais resté six mois comme ça. » Avant le ralentissement économique, Mostufaoui était habitué à enchaîner missions d’intérim et contrats à durée déterminée, fréquents dans le bassin d’emploi du Havre. Il croyait à une reprise rapide d’activité. Mais celle-ci n’est pas venue. D’où sa présence, fin juin, à l’accueil du Secours Catholique, pour recevoir un chèque de 211 euros destiné au paiement de son loyer.
Ce même mardi, David attend lui aussi la décision de la commission des aides de la délégation. Il est accompagné de sa femme et de leur bébé de huit mois. Le Secours Catholique leur remet un chèque de 180 euros pour des retards de factures EDF. « Normalement, je travaille en intérim dans le bâtiment, témoigne cet ouvrier bardeur. Je suis inscrit dans 19 agences d’intérim, j’appelle deux fois par jour et il n’y a rien. À l’ANPE, il n’y a rien non  plus, mais ça a toujours été comme ça, ou alors ils proposent Marseille ! »
Ellinor Galichon, présidente de la délégation, note une hausse de 49 % en valeur, des demandes d’aide sur les quatre premiers mois de l’année, par rapport à la même période de 2008. Sur les 400 personnes accueillies entre janvier et avril, 37 % étaient des nouveaux venus, précise-t-elle. Les autres structures de solidarité – Centre communal d’action sociale, Restos du cœur, Croix-Rouge, Emmaüs – sont également confrontées à un nouveau public et à une augmentation des demandes de secours.
Dans l’arrondissement du Havre, le chômage a augmenté de 23,6 % en un an. Parmi les chômeurs, les intérimaires ont été les premiers touchés par la crise. La région Haute-Normandie se classe parmi les premières de France pour le recours à l’intérim. Cela s’explique par l’activité fluctuante des ports et des entreprises qui en dépendent. Parmi les travailleurs temporaires de la région, 30 % étaient devenus demandeurs d’emploi dès la fin de l’année dernière, souligne la Chambre de commerce et d’industrie du Havre.

Chute vertigineuse de l’emploi.
 Au Havre, où l’activité industrielle est importante avec le port, l’usine Renault de Sandouville et plusieurs raffineries de pétrole, cette chute vertigineuse de l’emploi temporaire est cependant en partie invisible. Pôle emploi et les nombreuses agences d’intérim de la ville ne sont pas assaillis par les travailleurs temporaires. Julie Lemonnier, directrice de SIM travail temporaire, a une explication : « Ils ne viennent pas forcément se réinscrire tout de suite. Ils préfèrent attendre que l’entreprise où ils ont travaillé les reprenne. » Les indemnités de chômage des Assedic (à partir de 910 heures d’activité salariée) permettent aussi à certains de tenir quelques mois sans retrouver de travail. « Il y a un certain attentisme chez les licenciés », constate pour sa part Jean-Pierre Michel, chef d’atelier de Mob’Emploi, une structure solidaire de location de scooters à 2 euros par jour. « Ils attendent quelques mois avant de repartir. »

Offres non disponibles.
Les intérimaires en difficulté n’ont pas cette chance. Ils fondent beaucoup d’espoirs sur les remplacements d’été. « On recrute beaucoup pour les vacances », pense Suzie, 23 ans, qui s’apprête à signer un contrat aidé d’assistante de vie. Elle repart de Mob’ Emploi sur un scooter. L’engin va lui permettre d’effectuer les déplacements indispensables à cette activité. Au Secours Catholique, Mostufaoui compte, lui aussi, sur les vacances. « J’ai un petit souci pour mon loyer, mais dès que ma boîte d’intérim m’appelle, je reprends tout de suite mon boulot », déclare-t-il avec optimisme.
La perspective d’embauche est-elle réaliste alors que l’économie régionale donne de nouveaux signes de faiblesse ? Après avoir stoppé intérim et contrats à durée déterminée, épuisé congés résiduels et RTT, plusieurs entreprises passent à la phase des suppressions de postes. Ainsi l’entreprise Faurecia, sous-traitant automobile de Sandouville (133 postes supprimés), ou encore le transporteur industriel Gefco (suppressions de postes et chômage partiel). Au Havre même, une agence d’intérim avoue que les offres affichées dans sa vitrine « correspondent aux métiers dans lesquels on recrute régulièrement mais ne sont pas toutes immédiatement disponibles ». Ce qui expliquerait aussi pourquoi les intérimaires ne se précipitaient pas dans les agences au début de l’été.
Peuvent-ils raisonnablement fonder plus d’espoirs sur la période qui s’ouvre en septembre ? Christian Leroux, président de l’Union maritime et portuaire du Havre, qui fédère 600 entreprises, attend un « sursaut d’importations de produits chinois pour Noël », mais sans plus. Il ne compte pas sur un changement significatif au quatrième trimestre. Ce qui veut dire que l’activité portuaire, dont dépendent 16 000 emplois, restera au ralenti. En janvier 2009, le trafic de conteneurs était en baisse de 26 % par rapport à janvier 2008. La tendance s’est légèrement redressée depuis. Mais le coup de frein a fait reculer le nombre de travailleurs portuaires de 15 %, selon Christian Leroux.

Optimisme.
À plus long terme, l’optimisme reprend quand même le dessus avec Port 2000, l’extension en cours du port à conteneurs. Elle devrait quadrupler la capacité de réception de conteneurs du Havre, d’ici cinq ou six ans. Avec à la clé des centaines d’emplois directs et indirects. De nouveaux portiques de déchargement sont déjà installés. Mais le projet est un pari. La reprise économique et le développement des importations chinoises tiendront-t-ils leurs promesses ? Ces deux sources d’activité ne sont pas garanties. Si le pari n’est pas tenu, « ce sont les ports concurrents d’Anvers et de Rotterdam qui capteront la croissance espérée », craint un représentant du port du Havre.
D’ici là, il faut résister à la crise économique et sociale. Les intérimaires n’ont pas tous la possibilité d’être indemnisés pendant vingt-trois mois (le maximun après un an et demi de travail équivalent temps plein). La plupart travaillent par périodes d’une semaine, voire d’une journée. Comme Éric, un ancien sans-domicile. Il a été intérimaire dans les raffineries de pétrole mais cette activité est en chute libre, elle aussi.
Éric ne se plaint pas. Il a une adresse électronique sur les ordinateurs de Pôle emploi, bénéficie du Revenu de solidarité active et il a trouvé un logement chez un particulier. Il espère que le Locapass se portera garant du paiement de ses loyers et que le Fonds de solidarité logement du département apportera caution et premier loyer. Éric pourra sans doute  tenir jusqu’à la reprise, grâce au système de protection sociale de notre pays et au soutien des associations de solidarité. Grâce aussi à son optimisme à toute épreuve.

François Tcherkessof

crédit : Xavier SCHWEBEL / SC
Port du Havre


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