À 20 ans, le besoin de voler de ses propres ailes peut mal tourner pour certaines jeunes femmes. Se retrouver à la rue arrive plus vite qu’elles ne l’auraient cru. Quelques-unes ont fini par trouver un cap dans la tourmente. Nadia, 19 ans, vit dans un Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS). Elle a rompu avec sa famille, à des centaines de kilomètres de là. Elle espère entrer rapidement en formation pour préparer un BEP de secrétariat, un projet soutenu par les éducateurs du centre. La jeune fille voudrait devenir secrétaire médicale.
Nadia revient de loin. L’année dernière, elle a passé deux mois dans la rue et dans des abris de fortune, dans le Sud de la France. « C’était la misère, c’était l’hiver », se souvient-elle. Elle a ensuite été abritée par les parents d’un ami, mais ceux-ci n’ont pas longtemps supporté la situation. À la rue pour la seconde fois, Nadia a appelé le 115 à son secours. Les intervenants de l’urgence sociale l’ont alors dirigée vers le centre d’hébergement. L’ouverture de cette structure aux jeunes filles est récente. « Nous l’avons fait, explique Bruno Ernoul, son responsable, parce qu’il n’y avait pas d’hébergement adapté aux très jeunes filles dans notre ville. »
Mariage forcé. La jeune fille précise que c’est « à cause de la religion » qu’elle a quitté sa famille et son lycée. Sa mère, divorcée, ne pouvait plus empêcher ses oncles et ses tantes de la contraindre à observer une discipline musulmane stricte : port du foulard, prière cinq fois par jour… Mais c’est la perspective d’avoir à se marier avec un homme imposé par sa famille qui a précipité la fuite de Nadia. Celle-ci reste malgré tout attachée à sa croyance et veut la transmettre, plus tard, à ses enfants. Mais « ce ne sera pas aussi strict que ce que j’ai connu avec les hommes de la famille ayant autorité sur moi », confie-t-elle.
Cécilia se reconstruit Cécilia, 22 ans, est arrivée en urgence au centre d’hébergement, après onze années passées dans les foyers de l’Aide sociale à l’enfance. À l’âge de 6 ans, elle a perdu successivement ses deux parents malades. Elle a quitté le foyer à 17 ans, parce qu’elle « en avait marre de regarder sortir les autres enfants pour le week-end ». Puis elle est tombée dans la grande précarité avec un copain apprenti. C’est le 115 qui l’a orientée, elle aussi. La jeune femme est en manque de repères affectifs. Elle a été fortement marquée par la séparation d’avec sa sœur, après la mort de leurs parents. Au centre d’hébergement, elle tente de se reconstruire et de faire aboutir son projet d’entrée en BEP de nettoyage. Une activité qu’elle juge “tranquille”. Mais Cécilia se heurte, comme beaucoup, au manque de maîtres d’apprentissage. « Ils ont des doutes, ils ont peur. Ils ne savent pas s’ils seront perdants ou gagnants », constate-t-elle. Courageusement, elle continue de se “vendre”, comme on le lui apprend dans une nouvelle structure d’accompagnement vers l’emploi. Sans abandonner l’idée de trouver immédiatement un travail, sésame de l’indépendance dont elle rêve.
Julia paye le prix de la liberté « Champagne, je suis prise ! » a lancé Julia, 22 ans, au sortir de son entretien d’embauche à La Poste, pour un contrat d’avenir. « Pas encore, il y a d’autres candidats », lui a rappelé Jacqueline Sandeau, bénévole du Secours Catholique en Poitou-Charentes. Julia tient à voler de ses propres ailes. « Ses parents ont divorcé et elle a été surprotégée par sa mère », explique la bénévole.
Un précédent entretien d’embauche a tourné court, il y a un an. Julia était alors complètement déboussolée, « heureuse de quitter sa famille mais appréhendant de rester seule », a constaté Jacqueline Sandeau. Julia avait emménagé dans un appartement HLM à une demi-heure de chez sa mère ; elle avait un copain et se préparait à prendre possession d’une voiture vendue par les Autos du cœur. Un micro-crédit de 1 000 euros accordé par la Caisse d’Épargne avec la garantie du Secours Catholique avait financé le véhicule.
Mais Julia a “craqué”. Elle ne s’est pas présentée à l’entretien. Pas prête, semble-t-il, à travailler sous l’autorité d’un patron. Après plusieurs mois de déprime, la jeune femme a décidé de partir en voyage, en plein hiver. Toutes ses économies acquises à force de petites activités et de distributions d’annuaires y sont passées. Le Secours Catholique a dû faire jouer sa garantie pour une échéance impayée du micro-crédit. Aujourd’hui, Jacqueline Sandeau reste confiante : « Depuis, Julia a évolué dans le bon sens », assure-t-elle.
François Tcherkessof
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