Passés 50 ans, faire face seule aux épreuves de la vie devient de plus en plus difficile. Paulette, 73 ans, le caractère forgé par les coups durs, affronte seule son expulsion à Marseille. D’autres femmes ont trouvé une main tendue. Paulette, Marseillaise de 73 ans, n’a pas le téléphone. Ni fixe, ni portable. « Ce n’est pas la peine de l’avoir pour trois personnes à appeler », dit-elle en souriant. Elle se contente de la proximité de ses voisines et d’une cabine téléphonique pour joindre son amie retraitée de l’enseignement. Paulette a eu beaucoup d’autres relations mais elle ne leur donne pas de nouvelles. « Parce que ces personnes m’ont connue dans une bien meilleure situation, confie-t-elle. Quant à mes sœurs, je préfère qu’elles ne s’occupent pas de moi. » La rupture s’est produite lorsqu’un drame a contraint sa mère à l’envoyer, à 16 ans, chez sa sœur aînée à Paris. La jeune fille a ensuite vécu dans un foyer, puis un préventorium. « À ma sortie, il n’y avait personne pour me tendre la main », se souvient Paulette. Elle a été vendeuse de journaux à la criée, laveuse de carreaux… Elle ne trouvait pour dormir que les bancs publics ou « des piaules où vous aviez les cafards pour vous tenir compagnie ». En 1966, à 30 ans, Paulette est partie s’installer à Francfort avec Klaus, un légionnaire allemand qu’elle voulait épouser. « Ça n’a pas plu à ma famille, j’ai coupé tout contact », déclare-t-elle. Hélas, Klaus est décédé dans un accident de la route. Paulette est restée chez le père de son fiancé. Elle lui est reconnaissante de l’avoir déclarée comme employée de maison, pour lui garantir des droits sociaux. Par la suite, elle « a côtoyé la mort tous les jours », en travaillant dans une usine d’explosifs.
Retraite insuffisante. À son retour d’Allemagne, Paulette était pourvue de ses seuls droits à une petite retraite de 720 euros. Une ressource largement insuffisante pour lui permettre de louer un nouveau studio aujourd’hui. Le propriétaire du logement qu’elle occupait depuis quinze ans a en effet décidé de le vendre, la mettant à la porte de facto. Prête à partir, Paulette vit au milieu des cartons. Elle a donné tous ses meubles pour réduire le coût de son déménagement. « Une armoire en plastique me suffit bien », estime-t-elle. Un manche à balai posé sur des cartons lui sert de penderie.
Mais le provisoire dure. Les agences immobilières exigent un garant qu’elle ne peut pas fournir (voir Messages de décembre 2008). Et les sociétés d’HLM font de rares propositions, inadaptées à ses besoins. Certes, l’habitante de la rue Nau a déposé un recours auprès de la Commission de médiation du droit opposable au logement (Dalo) en août. Mais le délai pour se voir proposer un logement est très long à Marseille : six mois, une fois la décision de la Commission rendue. Un délai qui n’est d’ailleurs pas respecté pour 21 % des demandes, selon le dernier bilan du comité de suivi Dalo. En attendant, Paulette affiche à sa fenêtre une pancarte de protestation pour attirer l’attention sur son sort.
Isabelle : la frugalité forcée « Je ne chauffe pas toutes les pièces de la maison, je ne mange pas beaucoup », confie Isabelle, 62 ans, habitant une ville moyenne du Tarn. Avec son travail d’aide à domicile et le complément du Revenu de solidarité active (RSA), elle n’atteint pas le seuil de pauvreté (910 euros par mois). « Elle a appris à vivre avec ça depuis longtemps », constate son accompagnateur du Secours Catholique, Jean-Claude Gau.
La frugalité forcée d’Isabelle remonte à une quinzaine d’années, quand elle a divorcé de son mari, qui était aussi son employeur. Elle a donc été soulagée lorsqu’en avril 2009, à force de privations, elle a enfin terminé de racheter à son ex-mari la part de la maison qui lui revenait suite au divorce. Elle a dû demander un micro-crédit pour remplacer sa voiture hors d’usage avec 320 000 km au compteur. Le Crédit mutuel a accordé un prêt de 3 000 euros, garanti à parts égales par le Secours Catholique et la banque. L’accompagnateur d’Isabelle est lui-même un ancien banquier. Il est « stupéfait » de voir comment sa protégée s’en sort avec 850 euros par mois.
Solange : abandonnée par son compagnon Solange, 50 ans, vit seule dans la région Centre. Elle a une pension d’invalidité et l’Allocation pour adulte handicapé. Ancienne ouvrière de la confection, elle a de gros ennuis de santé depuis dix ans. Un cancer diagnostiqué en 2008 aggrave son état. À l’annonce du diagnostic, son compagnon l’a quittée. Et lui a réclamé le remboursement avec plusieurs mois d’avance du prêt de 2 550 euros qu’il lui avait consenti pour la réparation de sa voiture. La reconnaissance de dette établie par Solange ne prévoyait un paiement échelonné qu’à partir de novembre 2009. La malade n’était pas en état de résister longtemps au harcèlement téléphonique que lui a fait subir son ex-compagnon. Elle a payé la somme avec l’aide d’un “Coup de pouce” Messages de 2 000 euros (Coup de pouce n° 6356 de mai 2009).
Odile : une vie d’infortune À 84 ans, Odile vit toujours chez elle, dans le Sud-Ouest de la France. Elle est locataire d’un bungalow construit en 1962 pour les rapatriés d’Algérie. Elle y est seule. Ses ressources n’atteignent pas le niveau du salaire minimum. Heureusement, « elle n’a pas beaucoup de frais », observe un adjoint au maire de sa commune. La vie d’Odile a été jalonnée d’épreuves. Entraînée par son premier mari dans la dépendance à l’alcool, elle a réussi à s’en sortir grâce à son second époux. Elle a perdu deux de ses fils, le second récemment. Un micro-crédit du Crédit mutuel (garanti à 50 % par le Secours Catholique) lui a été accordé pour payer un tiers des 3 000 euros de frais d’obsèques, le reste étant pris en charge par la famille. Odile est aujourd’hui atteinte de la maladie d’Alzheimer mais réussit à rester chez elle, grâce à la proximité de son troisième fils et à l’intervention de services de soins à domicile.
François Tcherkessof
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05-11-2009
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