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Sri Lanka, doublement victime
mise en ligne : 05-12-2006

Les populations du nord et de l’est du Sri Lanka connaissent le triste privilège d’être passées en l’espace de trois ans de l’état d’urgence post-conflit à l’urgence post-tsunami. Mais à la restauration des biens matériels, la reconstruction, la reprise du développement a succédé de nouveau l’urgence. La péninsule de Jaffna, au nord du Sri Lanka, cette larme qui coule de la côte du Tamil Nadu, au sud de l’Inde, pleure de nouveau ses morts.

«Les bombardements ont commencé à Jaffna le 11 août à 7 heures du matin. Nous avons été surpris parce que nous ne nous attendions pas à une telle violence. Tout a basculé dans l’horreur. Nous avons été coupés du reste du monde et nous sommes entrés dans un engrenage où tout est devenu un enfer. » Ainsi témoigne Alexis Adam, coordonnateur du programme de reconstruction à Caritas Jaffna. « J’ai vécu les moments les plus marquants de mon existence poursuit-il. Il a fallu réorganiser le travail des équipes. Nombre de salariés de Caritas Jaffna affectés à la reconstruction se sont trouvés isolés par les barrages dressés par les belligérants, dans l’incapacité de venir travailler. D’autres en revanche ont pu être mobilisés pour les opérations d’urgence que nous avons mises en place pour venir en aide aux victimes. » Des déplacés, plus de 50 000 (1), se sont réfugiés dans les églises, les écoles ou leur famille pour fuir les bombardements. La presqu’île de Jaffna a été coupée de toute communication : aéroport fermé, route A9 reliant le nord au sud bloquée, couvre-feu, relais de téléphonie mobile coupés, stocks de nourriture considérablement réduits.
Le nord du Sri Lanka déjà durement touché par un conflit de plus de vingt ans qui a fait plus de 60 000 morts, connaissait une période de mi-paix mi-guerre depuis la signature du cessez-le-feu en février 2002 entre les forces gouvernementales et le LTTE, le parti des Tigres tamouls, qui revendique l’autonomie du nord et de l’est de l’île. Alors que l’on craignait que les combats reprennent, le tsunami du 26 décembre 2004 était venu détruire les côtes, balayant tout sur son passage, vies, maisons, outils de travail et velléités guerrières. Dix-neuf mois plus tard, après une élection présidentielle qui a porté au pouvoir l’aile la plus intransigeante dans les négociations, entraînant une démonstration de force en riposte du LTTE, les combats pour l’indépendance ont repris, venant isoler la population, briser ses espoirs et tuant 3 600 personnes depuis janvier 2006.
Pourtant, au lendemain du tsunami, on avait assisté à des scènes de fraternité inhabituelles. Les Cinghalais n’avaient pas hésité à rejoindre les côtes des zones tamoules les plus touchées pour porter secours aux sinistrés. De leur côté, les équipes des Caritas diocésaines et internationales qui les avaient rejoints, ont procédé à un important travail pour identifier avec précision les besoins des populations. Soins, fourniture de kits cuisine, suivi post-traumatisme ont été les éléments déterminants de la phase d’urgence, une attention soutenue ayant été apportée à la reprise scolaire. Distribution de livres, de fournitures scolaires et d’uniformes, réhabilitation immédiate de 16 écoles endommagées ont permis aux enfants d’effectuer un retour à une vie normale. Rapidement, la construction d’abris temporaires et de transition conformes aux spécificités culturelles du pays, avait débuté. Six mois après le tsunami, 6 500 abris de transition, (1/6e de la totalité) avaient été construits par Caritas, lui valant le prix de la Présidence du Sri Lanka, autant pour leur quantité que pour leur qualité. Répondant à la procédure décrite par l’ONU et adoptée par Caritas, un accompagnement psychosocial pour les personnes les plus traumatisées, la relance d’activités économiques, notamment la pêche, le secteur le plus touché, l’appui à des groupes d’artisans fabricants de briques, de charpentes, aux commerçants, la création de groupes de femmes pour lancer des activités génératrices de revenus avaient permis à la population d’attendre la reconstruction des maisons.
Dix mois après le tsunami, les maisons permanentes sortaient déjà de terre, malgré les obstacles : tracas administratifs, zone littorale de non-reconstruction, d’abord imposée après la catastrophe puis supprimée par M.Rajapakse, élu président en novembre 2005. Cependant, partout où la reconstruction était possible, elle avait été largement engagée avec des plans de maisons anticycloniques mis au point par des architectes embauchés par Caritas. Pour mener à bien cette entreprise dans les diocèses de Jaffna, Trincomalee, Batticaloa et Galle, les Caritas américaine, allemande, suisse, italienne, anglaise, irlandaise et le Secours Catholique/Caritas France ont dépêché au total 40 expatriés pour renforcer les équipes de Caritas Sri Lanka, les conseiller, les former. Pour leur part, les Caritas diocésaines ont embauché 560 salariés pour faire face aux travaux spécifiques et nécessaires à chaque phase.
À Jaffna, plus de trois mois après les bombardements, la situation de la population est devenue dramatique. « Certaines zones nous sont interdites, nous ne pouvons donc pas approcher les victimes. Les ONG n’ont jamais été empêchées de travailler comme maintenant. Les règles élémentaires des conventions internationales ne sont pas respectées », s’indigne Patrick Charignon, conseiller auprès de Caritas Sri Lanka pour les urgences. Les négociations de fin octobre qui ont réuni à Genève le gouvernement et le LTTE ont achoppé en raison du refus du gouvernement de rouvrir la route A9. Bombardements, enlèvements, assassinats, manque de nourriture et de médicaments, interdiction faite aux pêcheurs de prendre la mer sont le lot quotidien des habitants de Jaffna. Les appels lancés par la Conférence épiscopale du Sri Lanka et par la commission Justice et paix au président Rajapakse restent sans réponse. Les travaux de reconstruction des maisons ont été arrêtés dans les districts de Jaffna et du Vanni, faute de matériaux ou d’accès aux sites. Une réaffectation des fonds tsunami a été effectuée pour venir en aide aux victimes de la guerre. En revanche, dans les diocèses moins affectés de Trincomalee et de Batticaloa, les travaux se poursuivent en fonction de l’approvisionnement en matériaux. Dans les diocèses du sud, les bénéficiaires emménagent dans leurs nouvelles maisons. Pour eux, l’espoir d’une vie “normalisée” revient.

(1) 300 000 déplacés sur les zones de combats.



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