Le 26 décembre 2004, 270 000 personnes ont été tuées ou portées disparues après à un raz- de-marée d’une amplitude exceptionnelle. Onze pays ont été affectés par ce drame. L’Indonésie, le Sri Lanka, l’Inde et la Thaïlande sont les quatre pays où la catastrophe a eu des conséquences, en pertes humaines, particulièrement dramatiques. Les organisations humanitaires, dans leur ensemble, se sont retrouvées brutalement et intensément sous les feux médiatiques. Médias, entreprises, citoyens, collectivités… jamais une catastrophe naturelle n’a mobilisé autant de personnes et généré autant de bouleversements et de paradoxes. L’afflux des dons, plus de 328 millions d’euros en France, exigeait en effet, pour la presse et l’opinion, des résultats significatifs et rapides, quand la réalité sur le terrain, délicate à plus d’un titre, exigeait sang-froid et recul pour pouvoir apporter une réponse efficace à l’urgence et préparer parallèlement les phases de réhabilitation et de reconstruction. Avec 36,4 millions d’euros collectés pour les victimes du tsunami, le Secours Catholique, membre de Caritas Internationalis, confédération de 162 Caritas réparties dans 202 pays et territoires, est l’un des plus importants collecteurs de fonds aux côtés notamment de la Croix-Rouge. Cette appartenance à un réseau international constitue un atout indéniable lors de conflits ou de catastrophes naturelles. En toutes circonstances, ces Caritas, implantées dans les pays, sont des relais d’information et d’action précieux. Elle implique aussi des contraintes, tel le plein respect des standards d’action de la Caritas locale. Or que se passe-t-il précisément dans le cas d’une catastrophe comme celle du tsunami ? La “maison mère”, Caritas Internationalis, dispose d’un panorama complet des Caritas et des liens existant entre elles, du fait des programmes de développement tissés et déployés dans tous les pays. En raison des nombreux programmes et initiatives développés par le Secours Catholique, en lien avec la Caritas sri-lankaise, au cours des quinze dernières années du fait de la guerre civile, le Secours Catholique a été nommé agence de liaison. À ce titre, il porte la responsabilité de la planification de l’aide, avec Caritas Sri Lanka. Au Sri Lanka, le Secours Catholique/Caritas France s’appuie sur d’autres partenaires Caritas, notamment les Caritas américaine, allemande, suisse, néerlandaise et anglaise, actives dans trois zones d’intervention. En Inde, la Caritas allemande assume cette responsabilité accompagnée des Caritas indienne, autrichienne, italienne et américaine. En Indonésie, la Caritas américaine est centrale et s’appuie aussi sur l’ICMC (Commission catholique internationale pour les migrations) et le JRS (Jesuit Relief Service), des partenaires du réseau Caritas présents dans les zones affectées de Banda Aceh et de Medan. Toutes ces organisations répondent systématiquement à une procédure élaborée et testée de longue date. Il y a d’abord l’Emergency Response Support Team (ERST). Cette équipe de soutien renforce la structure de la Caritas locale et l’appuie pour identifier les besoins réels des populations victimes, évaluer les forces locales, élaborer une plate-forme commune aux acteurs Caritas. De ce travail découle la planification des processus d’intervention au plan logistique, des mesures de contrôle et d’évaluation garantes de l’efficacité et de la fiabilité des programmes.
L’action débute systématiquement par une phase d’urgence et de post-urgence évaluée sur une période d’un à six mois. Les actions sont essentiellement orientées vers l’assistance alimentaire, l’accès à l’eau potable, la distribution de couvertures, de vêtements, la distribution immédiate d’une assistance médicale, la construction d’abris temporaires, la mise en place d’un soutien psychologique dans les camps d’accueil. La deuxième phase d’intervention concerne la reconstruction, généralement programmée sur cinq ans.
La construction de maisons, de dispensaires, de salles communautaires, la relance de l’économie locale et des activités génératrices de revenus, le retour des enfants à l’école sont les principales missions effectuées par les équipes. La proximité du réseau Caritas avec les communautés et les plus pauvres est un gage de réussite dans l’identification et la prise en compte des besoins des personnes.
Il n’empêche. Comme tout processus, si élaboré soit-il, les contextes influent plus ou moins fortement sur le déroulement des opérations. « Toutes les associations, dont le Secours Catholique, ont été sous pression du fait de l’importance des sommes collectées, rappelle Daniel Verger, directeur de l’action internationale au Secours Catholique. Nous avons eu de la chance de recevoir des fonds importants et cela nous permet d’agir efficacement dans la durée. Mais nous n’intégrons pas nos actions dans une course de vitesse que je considérerais comme malsaine. L’enjeu du Secours Catholique est avant tout de bien utiliser ces fonds. Or deux des pays dans lesquels nous intervenons souffrent, ou ont souffert d’une guerre civile. En Inde, le système des castes a été bouleversé du fait des zones de sécurité instaurées.Les populations de castes différentes ont été déplacées dans les nouvelles constructions, obligées de vivre ensemble contrairement à leur culture. Agir dans ces pays demande une extrême prudence, la connaissance de leur société et de leur économie pour ne pas commettre d’erreurs. Dans des contextes de vives tensions, chaque geste peut être sujet à interprétation. » Souvenons-nous du 4 août 2006. Dix-sept salariés d’Action contre la Faim ont été froidement abattus par l’armée régulière sri-lankaise dans une région tenue par les rebelles tamouls du mouvement des Tigres libérateurs de l’Eelam Tamoul. Pour les autorités, il était clair qu’il y avait de la part des travailleurs humanitaires un parti pris.
Fidèle à sa politique, le Secours Catholique et le réseau Caritas ont mené une action considérable en 2005 et construit plus de 20 % des maisons transitoires au Sri Lanka, mais aussi en Inde.
En 2006, 7 millions d’euros ont été engagés pour la construction de maisons définitives, la reconstruction des villages et des communautés. «Cette phase se poursuivra jusqu’en 2007, précise le directeur de l’action internationale. De 2007 à 2010, nous entrerons dans une phase de décroissance progressive de notre appui, consacré pour l’essentiel à la mise en place de dynamiques de développement et au renforcement des communautés. Les pertes humaines ne se remplacent jamais, mais notre rôle au Sri Lanka est bien d’aider toutes les victimes du tsunami et, désormais, du conflit. Nous poursuivrons nos actions et nos programmes dans les quatre pays affectés au Sri Lanka, en Indonésie, en Inde et en Thaïlande, en tenant compte de la spécificité des situations rencontrées et dans le respect de l’identité culturelle des populations.» |