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«La crise du logement peut être résolue en cinq ans»
mise en ligne : 22-02-2007

Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre sur le mal-logement, fait un constat sévère sur le traitement de la situation d’urgence des sans-abri.

Plusieurs milliers de personnes dorment toujours dehors. Vont-elles rester les oubliées du mouvement des Enfants de Don Quichotte ?
C’est un problème de fond. Il est traité par quelques ébauches de propositions du plan d’action annoncé par le ministre de la Cohésion sociale. Mais il risque d’être masqué par la recherche de solutions urgentes pour les 300 personnes très médiatisées qui sont sur le quai.

Concernant l’éventuel hébergement des habitants de la rue, peut-on réellement généraliser les petites structures ?
Bien sûr. C’est une question de volonté politique et d’engagement financier. Même les élus locaux y ont intérêt. Trois petites structures pour dix personnes sont plus efficaces et feront plus facilement tomber les réticences du voisinage qu’une grande de trente. C’est une question de barrière psychologique à passer. Et il est normal que la collectivité donne à ces structures des moyens d’encadrement supérieurs à ceux nécessaires à la simple survie.

Comment interprétez-vous le fait que des personnes gagnant le Smic dorment dans des hébergements d’urgence ?
C’est le blocage du logement à loyer accessible qui se répercute sur les autres maillons de la chaîne. Il est évident, par exemple, qu’à Paris, on ne peut pas accéder au logement en respectant la proportion de 25 % du budget consacré au loyer avec des salaires de 750 à 1 500 euros au mieux. C’est l’effet ciseaux de l’emploi qui se précarise et des propriétaires de logement qui se protègent. Les classes moyennes sont d’ailleurs très proches de ces difficultés.

Comment éviter ce coup de ciseaux ?
Ou bien on adopte une stratégie de type intervention étatique de masse, ou bien l’État rééquilibre le marché en produisant des logements à loyers accessibles, aussi bien dans le secteur public que dans le privé (avec des avantages fiscaux liés à la modération des loyers). Mais il faut savoir que sur la production annuelle actuelle de 400 000 logements, 77 % sont destinés au tiers des Français ayant les meilleurs revenus. Cela ne peut en rien résoudre la crise sur le plan qualitatif.

Quelles mesures radicales et rapides verriez-vous pour sortir de cette crise ?
Je le répète, il faut produire des logements à loyer accessible. S’il y a un vrai programme de construction, un candidat à la présidence de la République peut dire : « En cinq ans, je peux résoudre la crise du logement. » Je constate que, dans l’urgence, le gouvernement vient de lancer une opération “ bungalows ” à Ivry-sur-Seine. On l’a déjà fait avec succès pour AZF à Toulouse et lors des inondations de la Somme et du Gard. Mais il y a une condition sine qua non à la réussite de ces “ villages ” temporaires, c’est qu’on leur donne une durée de vie précise et que l’on démarre en même temps les constructions définitives destinées à les remplacer.

Les promesses faites aux personnes sans domicile fixe résisteront-elles aux prochaines élections ?
D’abord, ce serait une erreur de croire que les Enfants de Don Quichotte ont obtenu cela en huit jours sans associer les associations qui le demandent depuis des années. Dans l’immédiat, on éteint l’incendie, on traite l’abcès comme si c’était la maladie. Certes, le gouvernement a dit “ oui ” sur la durée d’accueil des structures, mais s’il ne donne pas les moyens d’ouvrir les centres vingt-quatre heures sur vingt-quatre en créant des postes d’accompagnement, cela ne se fera pas. C’est à prendre avec des réserves et beaucoup de suivi. Quant aux élections, c’est une occasion de s’assurer que les promesses seront tenues. Mais ça, c’est un vrai challenge.

crédit : Fondation Abbé-Pierre
Patrick Doutreligne


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