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SDF malgré leur travail
mise en ligne : 22-02-2007

Un licenciement, une rupture les a jetés à la rue. Ils ont retrouvé un travail, des ressources stables. Et demeurent SDF. Symptôme du mal du logement qui ronge l’édifice social.

Soraya habitait fin janvier le centre d’hébergement d’urgence pour femmes de l’Association des cités du Secours Catholique (ACSC) à Toulouse. Pourtant Soraya travaille et elle a un salaire. Elle est employée à temps complet comme auxiliaire de vie, sous contrat à durée indéterminée. Elle gagne le Smic, soit 1 150 euros nets par mois, ce qui lui donne droit à l’allocation logement. Soraya estime donc qu’elle pourrait payer un loyer de 300 à 400 euros par mois. Seulement, des “T1” à ce prix, il n’y en a pas à Toulouse.
« J’ai visité un studio dans le centre. Ils m’ont demandé 600 euros, rapporte Soraya. J’ai fait les agences, mais elles demandent deux mois de caution, un loyer d’avance, autant pour les frais d’agence, ça fait beaucoup d’argent… »
Soraya n’a pas la possibilité de s’éloigner du centre de la ville rose où habitent les familles chez qui elle intervient à pied. Obstacle supplémentaire, les bailleurs lui demandent systématiquement un garant. Mais Soraya n’a personne pour accepter de payer son loyer à sa place en cas de difficulté. Cette garantie pourrait être apportée par le “Loca-pass”, dispositif de soutien des salariés à la location, mais « les agences le refusent parce que c’est soi-disant un signe de précarité », rapporte l’auxiliaire de vie. Le Fonds de solidarité départemental pour le logement (FSL) fait lui-même office, aux yeux des agences, de “marqueur” des locataires en difficulté. Impensable donc de s’appuyer sur son éventuel cautionnement. Sans compter les “certificats d’hébergement” à présenter, faute d’anciennes quittances de loyer, et qui provoquent un effet négatif : « Ah, vous venez du 115… »

Victimes

La travailleuse à domicile est condamnée par la crise du logement à rester sans domicile fixe, jusqu’à ce que le CHRS (Centre d’hébergement et de réinsertion sociale) qui l’accueille maintenant après ses deux mois passés avec l’Association des cités, l’aide à trouver une hypothétique sortie vers le logement social.
Certains voudraient dédouaner la société de son déni de logement, en en attribuant la responsabilité aux personnes sans domicile elles-mêmes. Or Soraya n’est pour sa part qu’une victime, comme beaucoup d’autres. Elle vivait avec un homme qui s’est révélé buveur et violent après le mariage. Heureusement, le couple n’a pas eu d’enfant. Des coups ont été portés par le mari. Un arrangement a été trouvé : l’épouse ne portait pas plainte et quittait l’appartement conjugal (dont elle payait seule le loyer de 630 euros) en échange d’un divorce rapide, à l’amiable. « J’ai accepté, je n’ai rien demandé, pour rester tranquille », se justifie Soraya.
Salariée tout en étant SDF, la toulousaine n’est pas une exception. Dans une enquête publiée en octobre dernier, l’Insee révèle que « près du tiers [des sans-domicile] ont un travail ».

Comme tout le monde

Mustapha, hébergé depuis un mois au foyer Helder-Camara, flambant neuf, du Secours Catholique de Paris, perçoit 800 euros d’indemnités Assedic, un substitut de salaire généralement considéré comme stable. Mais cette somme est insuffisante pour louer un studio à Paris. « Et puis on me demande mon avis d’imposition, c’est comme si je devais fournir un extrait de casier judiciaire », se révolte l’ancien poseur de fenêtres. Il a été licencié il y a un an, pour raison économique. Il raconte : « J’avais un appartement de trois pièces avec femme et enfants, comme tout le monde, mais après le licenciement, j’ai eu des problèmes familiaux. Un jour j’en ai eu marre, j’ai dit : “Je me casse”. Je ne voulais pas partager ma misère avec eux... Avant, j’avais quatre comptes en banque, maintenant je n’en ai plus qu’un, vide », parvient-il à plaisanter.
L’allocataire des Assedic a déposé en juin une demande de logement social auprès de la mairie de Paris. Mais la grave pénurie qui touche la capitale risque de faire durer l’attente...
Guillaume, SDF extrêmement démuni du bois de Vincennes il y a deux ans (voir Messages de février 2004), a obtenu le logement tant attendu, dans une maisonnette d’un cimetière de la périphérie parisienne. Grâce à son emploi d’agent d’accueil des tennis de la Ville. Il vit en couple avec un enfant et une seconde naissance est attendue. Cette “résurrection” est due à la conjugaison de trois volontés : la sienne et celles de Mylène Stambouli, adjointe au maire de Paris et de Thierry Guérin, animateur au Secours Catholique de Créteil.
Roger travaille également pour la Ville de Paris, comme agent d’entretien. Dans les années 80, cet ancien ouvrier des imprimeries de presse est « tombé dedans », comme il dit. Tombé dans la rue après son licenciement économique. Il a retrouvé un contrat à durée indéterminée. Pourtant, il est hébergé au centre André-Jacomet, structure d’accueil d’urgence gérée par l’Association des cités du Secours Catholique, boulevard Ney à Paris. Un centre entièrement rénové il y a deux ans par l’État et les collectivités locales, aujourd’hui doté de chambres à deux lits. Roger s’arme de patience : « Ici, c’est Deauville », n’hésite-t-il pas à dire du centre de la porte de la Chapelle.
« Les sans-domicile ne constituent pas un monde coupé de la société », constate l’Insee dans la préface de son étude. Parce que beaucoup travaillent. Sans avoir de toit. Combien de temps la collectivité pourra-t-elle supporter une telle aberration ?

Par François Tcherkessof

crédit : E. Perriot / SC
Paris, foyer Helder Camara.


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