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Ciurea, village roms des faubourgs de la ville de Iasi. Sur une unique colline, des palais s'amoncellent, rivalisant d'exubérance. " Ici vit une communauté qui s'est enrichie grâce à la restitution de leur or, autrefois réquisitionné par le régime allemand, et par le commerce -pas toujours très officiel- des métaux ", explique Bernardin, un gadjo (non rom) ami de la communauté. Bien que sédentarisés, ceux-là conservent les atours de leur culture nomade: robes bigarrées, tresses et strass, agrémentée d'opulence.
Au centre du pays, dans la banlieue de la ville de Blaj, une autre communauté, elle aussi classée sous l'appellation roms. Ici, les habitants s'entassent dans des taudis. Ils ont quitté les éléments vestimentaires caractéristiques du folklore roms. Pourtant, aux premières notes d'un accordéon et d'un violon, ils retrouvent toute la nostalgie d'un passé révolu. Ces roms ont le teint sombre et le cheveux noirs, élément qui permet d'identifier un roms, du moins dans l'imaginaire collectif.
Changement de décor. Plein ouest du pays, à la frontière hongroise. Le quartier roms de Turulung, aux environs de Satu Mare, est coincé entre le bourg et les rives du fleuve. Les minuscules maisons en pisée naissent de la terre de ce terrain vague. Mais ici, on ne retrouve ni la culture roms, ni les traits physiques. Certains enfants sont blonds aux yeux bleus, d'autres roux, la peau blanche. Et pourtant, là aussi, les roumains qualifient ces habitants de roms.
Traditions égarées
La communauté Roms de Roumanie, estimée à 2 millions de membres, est numériquement la plus importante du monde. Elle représente près de 10 % de la population du pays.
Mais les réalités qu'elle englobe sont très distinctes. D'une communauté à l'autre, les disparités entre les roms sont énormes. La culture d'origine ne fait plus l'unité de cette population. Depuis la sédentarisation, imposée au début du 18e siècle, la majorité de la population a perdu les règles sociales qui faisait le ciment des nomades. Plus récemment, les origines roms ont été mises à mal par les politiques d'assimilation successives, notamment sous le régime de Ceausescu.
Aujourd'hui, les populations roms sont égarées, elles ont perdu leurs valeurs, sont contraintes à l'isolement dans un pays où elles ne trouvent pas leur place. Les roms ont perdu leur identité. Ils ne sont roms que dans le regard des autres.
Peut-on encore parler d'une communauté ? Sous l'appellation roms, les Roumains désignent indifféremment les anciens nomades sédentarisés, les esclaves affranchis, mais aussi tout ce que la Roumanie compte aujourd'hui de malfrats et de marginaux. Bien plus que l'origine, il semble que le terme roms définisse une classe sociale marginalisée englobant tous les exclus de Roumanie.
Population en marge
Du coup les populations roms cristallisent toutes les peurs, justifiées ou mystifiés, rattachées aux communautés marginales. Il apparaît que le seul point commun entre les communautés dites " roms " en Roumanie est leur marginalisation.
Marginalisation géographique ; ils sont généralement relégués aux quartiers périphériques des villes.
Marginalisation économique, faite de discrimination professionnelle, mais aussi de la difficulté pour les roms, autrefois attachés à des métiers artisanaux, de retrouver des activités professionnelles en phase avec les réalités économiques. Une situation qui contraint beaucoup d'entre-eux à louer leurs services à la journée pour des travaux agricoles, la construction, ou qui les incitent à l'exil.
Marginalisation scolaire. De nombreuses écoles roumaines refusent en effet d'accueillir des enfants roms de leurs villages, ou les considèrent d'office en échec scolaire. Les perspectives professionnelles des roms sont ainsi considérablement réduites. Et dans certaines villes, les jeunes roms vivent de la mendicité.
Et, de fait, marginalisation sociale. Les roms ne trouvent pas leur place dans la société, et s'enferment dans leurs ghettos, accentuant le fossé.
Discrimination positive ?
Reste que tous les Roumains ne sont pas convaincus qu'ils s'agit là d'un véritable problème social. Certains estiment même qu'il y a aujourd'hui une discrimination positive pour les Roms : ils accaparerais les aides des ONG, seraient trop aidés par le gouvernement
" Aujourd'hui il n'y a plus de discrimination institutionnelle, estime Coriolan Baciu de la Caritas de Blaj. En revanche il y a discrimination au niveau social et dans le marché du travail. "
De nombreuses ONG, dont les Caritas diocésaines de Roumanie, s'impliquent pour faciliter l'insertion des populations roms, notamment via des centres de scolarisation ou des accueils sociaux adaptés.
L'Europe a déjà imposé que des efforts soient réalisés par la population roumaine pour envisager l'entrée du pays dans l'Union européenne, prévue en 2007.
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