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Liban – « On ne peut être sûr de rien »
mise en ligne : 23-01-2007

Entretien avec Juliette Durand Delga, chargée de mission pour le Secours Catholique au Sud Liban. Paris, le 23 janvier 2007.

Quelle est la situation à 48 heures de la Conférence Paris III, conférence internationale d'aide économique au Liban, qui se tiendra ce jeudi à Paris ?

La situation était très calme. Les différentes manifestations qui se sont déroulées jusqu’à lors étaient pacifiques et très familiales. La situation a commencé à dégénérer à Beyrouth durant la manifestation de ce matin. Un grève générale a été décrétée à la demande des partis de l’opposition au gouvernement, qui réunit des partis chrétiens (partisans du général Aoun) et musulmans chiites (Hezbollah et Amal). Les axes routiers ont été bloquées et à 11 heures ce matin, on comptait déjà 19 blessés du côté des manifestants et un mort du côté des partis pro gouvernementaux qui ont organisé une contre-manifestation.

Une escalade de la violence est-elle à craindre ces prochains jours ?

On ne peut être sûr de rien. Toutefois, ce sont les deux partis chiites qui sont moteurs de cette manifestation. Or la grande fête religieuse de l’Achoura est proche. Elle dure une dizaine de jours et est très importante pour les chiites. On peut donc penser que ça ne durera pas car la période ne s’y prête pas. On peut aussi se demander si la tenue de cette manifestation ce jour n’est pas une mise en garde avant la Conférence Paris III, qui débutera jeudi 25 janvier. Dans la presse locale, l’opposition a exprimé son accord pour cette Conférence à condition qu’elle ne traite que de l’aide internationale au Liban et qu’elle ne prenne pas la forme d’une négociation politique entre le gouvernement de M. Siniora et Paris. La manifestation d’aujourd’hui peut, à cet égard, être une réaction de mécontentement ou de non implication des mouvements de l’opposition.

Y a-t-il des discussions, des rapprochements entre les communautés chrétiennes pro gouvernementales et de l’opposition ?

Durant la première guerre, il y a eu des heurts entre les différentes communautés religieuses. Aujourd’hui, la question est d’ordre politique. On trouve au sein de l’opposition, des chrétiens, des musulmans chiites, quelques druzes et quelques sunnites. Dans la partie pro gouvernementale, essentiellement des chrétiens et des sunnites. Dans la situation actuelle des choses, on retrouve des chrétiens contre des chrétiens et des musulmans contre des musulmans. Ils ne raisonnent pas « chrétiens contre musulmans », donc il n’y a pas de rapprochement possible pour le moment. S’il y a un rapprochement, il sera politique. A ce jour, il n’y pas de communauté religieuse soudée sur ce thème là.

Où en est le programme de réhabilitation développé par le réseau Caritas et soutenu par le Secours Catholique au Sud Liban et dans la Vallée de la Bekaa ?

La distribution de fioul est quasiment terminée dans tous les secteurs. L’approvisionnement s’organise localement avec les stations service. Jusqu’à présent nous n’avons pas rencontré d’obstacles dans notre travail. Le Hezbollah nous laisse travailler et nous aide dans certains villages. Au niveau de la relance des activités agricoles, nous harmonisons géographiquement notre travail et rencontrons les coopératives et associations de femmes pour appuyer notre aide sur des structures qui existent déjà. Concernant le volet réhabilitation des maisons détruites ou endommagées par la guerre, le Conseil du Sud, une institution officielle au Sud Liban, a répertorié avec les municipalités, les dégâts occasionnés sur les maisons. Il fait état de 90% de maisons touchées. Cela va des maisons complètement détruites par les bombardements à celles ébranlées et fissurées par le survol des bombes un mois durant. Nous n’avons pas les moyens de pourvoir à tous les besoins. Nous serons sûrement amenés à recentrer notre aide sur des zones géographiques ou redéfinir les critères de vulnérabilité des bénéficiaires.





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