Désigné « point focal » pour accompagner le processus de transfert de gestion du camp de Milé au Secadev, la Caritas tchadienne, Couldjim Madibé POINGAR apporte quelques éclairages sur ce camp. Quelles sont les caractéristiques de ce camp ?
Le camp de Milé est un vaste camp qui abrite plus de 15 000 réfugiés soudanais. Il est composé à 98% de Zaghawa, et de Fur, Tama et Djabar pour le reste. Sur le plan administratif, le camp est reparti en 10 zones. Le site sur lequel il est installé est très accidenté, ce qui justifie son élargissement.
Comment les réfugiés réagissent-ils au changement de gestion du camp ?
Au début, ils ont eu une position hostile par ce qu’ils ont été mal informés. Un petit noyau d’agents locaux de CARE les a laissé penser que le SECADEV avait lui-même demandé à prendre la gestion du camp. Mais avec la sensibilisation tripartite (HCR, CARE ET SECADEV), ils ont compris normalement les raisons du transfert et tout est rentré dans l’ordre. Pour preuve, nous avons organisé la distribution de janvier dans de bonnes conditions, sans aucune contestation.
L’organisation des activités du camp convient-elle aux orientations du SECADEV ?
A ce niveau, il y a une grande différence. D’abord, du point de vue effectif, CARE avait beaucoup d’agents. Les 10 zones qui composent le camp ont chacune une équipe. Or, au SECADEV, il y a un superviseur d’un secteur d’activités pour toutes les zones. Nous devons réorganiser cette manière de faire pour asseoir notre politique de gestion.
Comment fonctionne le service minimum après le départ de CARE ?
CARE s’est retiré le 29 décembre 2006. Suite aux combats de la fin de l’année, il n’y avait pratiquement plus d’agents à Milé. Le SECADEV a dû nommer un délégué intérimaire qui a travaillé presque seul jusqu’au 4 janvier, date de mon arrivée. Nous avons tenu une réunion avec certains anciens agents locaux de CARE en vue d’avancer. C’est ainsi que nous avons mis en place une équipe de 10 personnes qui assurent maintenant le service minimum dans les secteurs essentiels comme l’eau, l’hygiène, la distribution et l’éducation. La santé est assurée par notre partenaire IMC ( International Medical Corps).
Ces derniers temps, il y a de nombreux problèmes de cohabitation entre les réfugiés du camp de Kounougnou. Quelle en sont les raisons ?
Suite aux accords de paix signés entre le gouvernement et le FUC en décembre dernier en Libye, les rebelles ont quitté le maquis et se sont installés à Guéréda. Ceux-ci ont beaucoup de parents à Kounoungou qu’ils vont de temps en temps visiter. Bien que l’entrée au camp en arme soit interdite, certains n’observent pas cette règle. Chaque fois qu’il y a un petit problème, les ex-rebelles, en majorité des Tama, prennent parti pour leurs parents, ce qui est à l’origine des cas de meurtres. Les réfugiés zaghawa ont fait un sitting au camp pour demander leur transfert dans un autre camp car ils ne se sentent plus en sécurité.
Propos recueillis par Justin Ngomita |