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«Réformer notre protection sociale»
mise en ligne : 23-02-2007

Sophie Boissard, Présidente du Centre d’analyse stratégique (anciennement Commissariat au plan), revient sur les points principaux d’un récent rapport de l’institution qui pointe les nouvelles formes d’inégalités. Et propose notamment de remplacer notre “État providence” par un État “d’investissement social”.

Votre rapport annuel fait état de nouvelles formes d’inégalités échappant aux cadres d’analyse traditionnels. Comment adapter la politique sociale pour lutter contre ces nouvelles inégalités ?
Le rapport annuel du Centre d’analyse stratégique montre que de nouvelles formes d’inégalités face aux risques sociaux et/ou entre générations s’appréhendent plus sûrement en termes de trajectoires individuelles qu’en termes d’écarts à la moyenne, ce qui bouleverse les cadres d’analyse traditionnels. Le plus important de ces nouveaux facteurs d’inégalités est le degré d’exposition aux risques, notamment sur le marché du travail. Ce constat doit nous conduire à revoir profondément nos outils de politique sociale, qui visent traditionnellement à réparer des inégalités de situation lorsqu’elles se réalisent. Il faut assurément réformer notre protection sociale dans le sens de la prévention et de la sécurisation, avec un investissement plus marqué vers la jeunesse.

Votre rapport pointe du doigt le système éducatif qui ne permet plus d’atténuer les inégalités d’origine sociale comme il a pu le faire par le passé. Comment lui redonner toute sa dimension ?
Il faut d’abord prendre en charge les 130 000 jeunes qui quittent le système scolaire à 16 ans avec un niveau inférieur au brevet. Un tel niveau de formation est un lourd handicap pour débuter dans la vie active. Cela passe par une orientation mieux adaptée aux aspirations de ces jeunes et des systèmes de deuxième chance, par l’alternance, après une première expérience professionnelle. Il faut ensuite resserrer les liens, à différents niveaux, entre les établissements de formation et le monde du travail, d’abord pour faciliter l’orientation et l’information des jeunes, ensuite pour donner un contenu concret et opérationnel aux formations de fin de cycle.
Enfin, l’égalité des chances se joue très tôt, dès la petite enfance, d’où l’importance d’offrir aux familles les plus fragiles des modes d’accueil et de garde qui permettent à leurs enfants de s’épanouir et d’engager leur vie scolaire dans de bonnes conditions.

Le CAS propose de doter les jeunes d’un capital initial. Comment, et avec quels moyens, mettre en place concrètement un tel dispositif ?
Le CAS étudie, à la demande du Premier ministre, les dispositifs de dotation en capital expérimentés à l’étranger. Ceux-ci visent à permettre aux jeunes adultes de disposer d’une somme importante pour affronter leur première période d’investissement universitaire et/ou professionnel avec une plus grande égalité des chances. Cette formule mérite d’être regardée de près chez nous. Elle permettrait de réformer notre État providence dans le sens d’un État “d’investissement social”, c’est-à-dire investissant prioritairement dans le capital humain, l’enfance et la formation. Concrètement, si l’on décide de s’engager dans cette voie, deux familles de scénarios sont envisageables : soit une dotation versée aux jeunes lorsqu’ils atteignent leur majorité, soit un système de droits de tirage leur permettant, sur un laps de temps long (par exemple une dizaine d’années) d’être assurés d’un soutien (financé par un système conjuguant allocations et prêts). L’objectif est d’appuyer et de sécuriser les jeunes lorsqu’ils font leurs premiers pas d’adultes dans une formation (supérieure ou non), dans l’acquisition ou la location d’un logement, voire dans la création d’une entreprise.

Propos recueillis par Stéphane Fernandez
crédit : DR


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