Pavel Gruber est chef de projet Indonésie pour Caritas Czech Republic
Que fait Caritas Czech Republic à Sumatra ? Nous avons mis cinq programmes en oeuvre. Nous travaillons principalement sur la relance de l’économie locale, par des activités génératrices de revenus pour aider la population à renouveler ses sources de revenus et à ne plus dépendre des ONG. Nous menons actuellement deux programmes-phares à Aceh, que le Secours Catholique/Caritas France finance : un programme destiné aux pêcheurs de mangrove et aux fermiers, entre Lamno et Calang. Et un programme psycho-social pour les enfants traumatisés par le conflit [entre le GAM (1) et Jakarta] et le tsunami, mené en partenariat avec l’association Talo (Traditional Art Lecturers Organization), à Banda Aceh.
Pourquoi votre travail prend-il tant de temps ? Par rapport à d’autres ONG, nous sommes une petite organisation. Notre budget annuel est d’un million d’euros. Nous travaillons à échelle humaine. Pour ce programme de relance économique et sociale, il ne suffit pas de dépenser de l’argent. Il faut un travail d’accompagnement. Les activités génératrices de revenus impliquent de vivre auprès des communautés, de voir leurs besoins et d’agir en conséquence. Les populations doivent participer depuis le début du programme. Il faut les convaincre de nous soutenir dans un sens ou dans l’autre… Cela demande beaucoup d’énergie, beaucoup de temps. Quand nous quitterons Aceh, nous espérons que nos programmes mis en place seront perpétués par les communautés.
Le travail humanitaire à Aceh est spécifique… Le tsunami a tout dévasté. Il a fallu tout refaire. Il fallait travailler sur la côte. Donc le principal problème était l’accès aux victimes du tsunami. La route de Banda Aceh à Meulaboh était complètement détruite. Et elle l’est toujours en partie. Par ailleurs, de très nombreuses ONG se sont pressées en un même lieu. Ce n’est pas quelque chose d’habituel… Il y a eu des problèmes de coordination, même de compétition ! Prenons l’exemple de la construction des maisons. Aujourd’hui, le BRR (2) a dressé certaines règles. Mais ce n’était pas le cas au début. Certaines ONG construisaient des maisons mieux équipées et plus grandes. Et de fait, suscitaient l’envie de certains. D'une manière générale, la première année, il était difficile de s’entendre sur qui devait faire quoi et où. Mais heureusement, cela s’est arrangé avec le départ de certaines organisations non gouvernementales.
(1) Gerakan Aceh Merdeka, le Mouvement pour un Aceh libre (2) Bureau de réhabilitation et de reconstruction