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Jean-Baptiste de Foucauld : «La recherche d’abondance doit être frugale»
mise en ligne : 30-04-2007

Haut fonctionnaire, Jean-Baptiste de Foucauld montre ici les limites de la société de consommation, mais trace aussi des pistes pour l’emploi et les salaires. Jean-Baptiste de Foucauld est président de Solidarités nouvelles face au chômage. Il a dirigé le Commissariat général au plan de 1992 à 1995.

L’insuffisance du pouvoir d’achat est de plus en plus largement constatée. Vous vous inquiétez, de votre côté, dans La Croix du 6 février, de la « recherche d’abondance matérielle illimitée. » Y a-t-il un lien de cause à effet entre les deux phénomènes ?

Un décalage croissant s’est produit entre l’augmentation des standards de vie, la légitimation des désirs et des demandes sociales, poussés à la hausse de toute part par la publicité et l’offre politique, d’une part, et les moyens de les satisfaire d’autre part. Ces moyens se sont réduits de moitié par rapport à la situation constatée il y a quarante ans : chaque année, il y a, au mieux 2,5 % de surplus à distribuer, contre 5 % dans les années 60. Cette situation contradictoire met les titulaires de revenus modestes en position particulièrement difficile. Et les solutions à trouver ne sont pas simples.

Vous en appelez au « principe de frugalité » pour que chacun puisse accéder à l’essentiel. Cette frugalité s’appliquerait-elle à tous, quel que soit son niveau de ressources ?

Pour faire face à cette double contrainte, il faut en effet travailler sur les valeurs et les objectifs du développement. La recherche d’abondance doit être compensée par un principe de modération : “l’abondance frugale” est devenue la condition de la justice et de la solidarité. Cela passe par une hiérarchisation des désirs et des demandes, et la distinction entre ce qui, pour chacun, est essentiel, et ce qui est superflu et peut être redistribué, soit individuellement et librement, soit collectivement et obligatoirement. Évidemment, ce principe de modération et de solidarité concerne au premier chef les plus favorisés. Mais la question du gaspillage, du superflu, du conformisme d’usage, de la compensation des frustrations de tous ordres par une consommation – parfois nocive pour la santé – concerne tout le monde. Le principe de responsabilité doit être à la fois général et proportionné à la situation de chacun.

Les salaires, proposez-vous, pourraient être fixés par des négociations, plutôt que de façon réglementaire ou discrétionnaire...

S’agissant des salaires, la priorité est d’améliorer le couple pouvoir d’achat/emploi qui ne fonctionne pas de manière optimale en France et donne au salaire minimum une place trop grande, sans tenir compte des possibilités des employeurs, de la nécessité de faire émerger de nouvelles activités de services, ou de la barrière d’accès à l’emploi que cela constitue pour les travailleurs peu qualifiés. Il vaudrait mieux que les salaires augmentent par la négociation, en tenant compte des résultats des entreprises et des effets sur l’emploi. Je pense aussi que la participation aux bénéfices des entreprises devrait pouvoir être retirée en cash, en payant alors des cotisations sociales, plutôt que d’être bloquée plusieurs années.

Ne pensez-vous pas que des services indispensables comme les transports devraient être exemptés de TVA ? Et que la fiscalité sur les carburants devrait baisser ?

Cela supposerait de trouver des recettes de remplacement qui ne pénaliseraient pas non plus l’activité, alors que par ailleurs nous avons d’importants déficits à combler et que l’effet de serre nous menace.Arrêtons de demander plus à l’impôt et moins au contribuable.

Propos recueillis par François Tcherkessof

 Pouvoir d'achat : de mal en prix (le dossier complet)
crédit : H. Thiay
Jean-Baptiste de Foucauld, président de Solidarités nouvelles face au chômage.


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