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Jean Muela : «Avec ces élections, nous avons assisté à un début de démocratie»
mise en ligne : 08-06-2007

Jean Muela est Secrétaire général de la Caritas République démocratique du Congo

La République démocratique du Congo a connu l’été dernier un événement historique, avec la tenue des premières élections démocratiques. Quel a été le rôle tenu par la Caritas lors de ces élections ?

Pour l’organisation de toute élection, il y a des préalables incontournables. Notre pays ne connaissait même pas le nombre de citoyens en âge de voter, il a fallu donc commencer par une grande opération de recensement. Pour cela, il fallait payer les agents en charge de cet enrôlement, mais comment faire dans un pays sans route et sans banque ? La Conférence Episcopale nous a autorisé à nous en charger mais il s’agissait d’une opération périlleuse. Nous avons recruté des personnes à Kinshasa pour convoyer l’argent nécessaire avec elles dans des mallettes, le PNUD a fourni ces fonds, et la MONUC a aidé à accéder aux différentes villes et zones concernées. La Caritas est donc intervenue dans la préparation de ces élections sur le plan de l’enrôlement, mais également dans la formation civique des citoyens dispensée par Justice et Paix. En effet, s’il y avait déjà eu des simulacres d’élections sous Mobutu, c’était la première fois que la population allait s’exprimer librement. Nous avons donc mené partout des actions de sensibilisation sur les droits et devoirs, mais aussi sur les enjeux de ces élections pour le pays.

Aujourd’hui, êtes-vous optimiste quant à l’établissement d’un Etat de droit et d’une bonne gouvernance dans votre pays ?

Personnellement, je pense que nous avons assisté avec ces élections à un début de démocratie, avec des institutions mises en place et ayant un vrai mandat : un président, un gouvernement de soixante ministres, un parlement, un sénat.
Aussi, on sent depuis cette échéance une certaine accalmie dans le pays, même si dans l’Est, notamment dans la région du Kivu, subsistent toujours des poches de rébellion et donc de l’insécurité. Là où je ne suis pas optimiste, c’est qu’il règne encore une certaine anarchie : les centres de santé sont sans médicaments, beaucoup de gens ne sont pas payés,… Egalement, beaucoup d’attentes de la population ne sont pas satisfaites, les promesses faites par les politiciens en campagne n’ont pas été tenues pour le moment. Par ailleurs, reste le problème des caisses de l’Etat qui sont vides : comment va-t-on pouvoir financer ce qui a été promis et couvrir les besoins qui sont énormes en matière de santé, d’éducation et d’infrastructures ?

Quel plaidoyer est actuellement développé par la Caritas de la République démocratique du Congo ?

Une délégation d’évêques et de représentants des Caritas et de Justice et Paix des pays de la région des Grands Lacs se sont rendus récemment en Europe pour porter un message de paix, de lutte contre la circulation des armes, de condamnation de la pratique du viol, mais aussi pour évoquer le problème de l’exploitation des ressources naturelles par des firmes étrangères. La République démocratique du Congo est un pays très riche, avec une potentialité importante en cuivre, cobalt, diamant, or ou uranium, mais la population n’en bénéficie pas et reste extrêmement pauvre. Nous souhaitions rencontrer nos partenaires associatifs mais aussi des représentants des gouvernements pour leur dire de ne pas fermer les yeux sur ce qui se passe dans notre pays et de ne pas laisser faire. La communauté internationale doit réagir. Concernant les contrats d’exploitation des ressources de notre pays qui ont été bradées, nous nous adressons à nos parlementaires pour qu’ils soient renégociés. Egalement, en République démocratique du Congo, nous souhaitons pouvoir exercer un certain contrôle sur le budget de l’Etat ou sur son allocation à des projets, comme l’ont fait certains de nos partenaires au Nigéria.

Et quels grands chantiers devraient être selon vous prioritaires pour le gouvernement congolais ?

La santé, l’éducation, les services et infrastructures de base… Mais aussi la nécessité de préserver notre identité et unité territoriale ainsi que notre conscience nationale. Notre pays a été divisé en trois grandes zones pendant de nombreuses années, envahi et pillé à plusieurs reprises. Il faut que le pays reste uni et ne se laisse plus morceler ou infiltrer.

Pour finir, comment la Caritas est elle perçue par la population congolaise ?

Déjà, la Caritas est la seule organisation qui peut circuler tranquillement partout dans le pays et qui est toujours accueillie correctement. Ceci grâce à notre maillage territorial qui fait que nous sommes connus même dans les zones les plus isolées. Et les gens ont vraiment confiance dans la Caritas. Quand un projet est sur le point d’être mis en œuvre dans un village, c’est fréquent que les gens demandent que cela soit fait par la Caritas. Pourquoi ? La population a senti que pendant tous ces temps de malheur passés, la Caritas est restée à leurs côtés. Notre organisation bénéficie d’une grande crédibilité, et ce, partout sur le territoire.

Par Anne Bonnefont, Chargée de Communication, Secours Catholique




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