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Interview - Rajagopal : "Au nom du développement"
mise en ligne : 09-06-2008

En octobre dernier, 25 000 paysans sans terre venus de toute l’Inde ont marché jusqu’à Delhi pour revendiquer leur droit à la terre. Rajagopal, organisateur de cette marche et fondateur du mouvement Ekta Parishad (Forum uni), affirme la souveraineté alimentaire comme unique réponse à la crise agricole de l’Inde. Depuis dix-sept ans, ce Gandhi des temps modernes se bat aux côtés des fermiers indiens privés de terre.

Aujourd’hui, quelle est la politique agricole du gouvernement indien ?
Tandis que 70% de la population indienne vit de l’agriculture et que seulement 30% des agriculteurs ont leur propre terre, le gouvernement mène une politique industrielle progressiste qui consiste à donner les terres aux entreprises et à la production du biodiesel au nom du développement. Il n’existe pas de réelle politique liée à la terre, et les paysans font face à des situations d’injustice. Alors que la propriété maximale est limitée à 0,4 hectare, certaines familles riches utilisent des subterfuges pour contourner la loi… En Inde, un paysan a le droit de réclamer un terrain s’il le cultive depuis plus de trois ans. Malheureusement, en général, il obtient un bail de deux ans. Et même si un paysan détient exceptionnellement l’acte de propriété, le coût de sa terre est égal à la moitié de ses revenus. Surendettés auprès des usuriers, plus de 700 000 fermiers se sont suicidés au cours de ces dix dernières années et de nombreuses familles continuent d’être déplacées au nom du développement.

Quels sont les résultats qu’Ekta Parishad a obtenus après ses nombreuses actions en faveur des plus démunis ?
Dans certains États, les paysans ont reçu des terres à la suite de marches non violentes. Par exemple, 350 000 personnes ont eu accès à la terre dans l’État du Madhya Pradesh, et 21 000 dans l’État de Chattisgarh. Mais la plus grande avancée a été obtenue grâce à la dernière marche, Janadesh, en octobre dernier. À la suite de cet événement, le gouvernement a mis en place une commission nationale pour la terre, qui recense actuellement les terres disponibles pour mieux les redistribuer. Le gouvernement s’est également engagé à ne plus expulser les agriculteurs de force et une nouvelle loi est parue le 1er janvier 2008 qui prévoit de donner 2,5 ares de terre à chaque famille tribale. Ainsi, 8 % de la population indienne pourra en bénéficier.

Quels sont vos prochains défis ?
L’accès à la terre est un premier pas en faveur des plus démunis, mais l’objectif final est de parvenir à une gouvernance autonome. Ekta Parishad s’active déjà depuis plusieurs années à former les jeunes au pouvoir politique et au pouvoir économique. Nous souhaitons leur fournir la possibilité de se nourrir de leur récolte avant de la vendre. Bien plus encore, le défi majeur à relever est la création d’une vraie politique nationale de la terre et que les États indiens trouvent un accord. La situation actuelle ressemble plus à un jeu de football qu’à une politique. Certains États sont en avant et d’autres en arrière. Il faut une uniformisation nationale de la répartition des terres. Ekta Parishad continuera de maintenir la pression du panchayat (conseil de village) au gouvernement central. Si dans trois ans le gouvernement n’a pas tenu ses promesses, nous organiserons une autre marche. Et croyez-moi, cette fois ce ne seront plus 25 000 marcheurs, mais 100 000 qui revendiqueront leurs droits !

Propos recueillis par Clémence Richard



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