Daniel Verger, directeur de l’action internationale du Secours Catholique / Caritas France s’est rendu à l’est du Tchad, dans les camps de déplacés gérés par le SECADEV, la Caritas tchadienne. De retour de mission, il témoigne de la situation. Comment la Caritas tchadienne fait-elle face à l’afflux de déplacés dans les camps ?
Les estimations portent à 2 millions le nombre de personnes déplacées en raison du conflit. 200 000 d’entre elles ont pu traverser la frontière du Soudan au Tchad et se sont réfugiées à l’est du pays. Ces personnes sont réparties dans 11 camps, dont 3 sont gérés par le SECADEV, sous le pilotage du Haut commissariat aux réfugiés (HCR). Chaque camp compte entre 15 000 et 20 000 personnes. Aujourd’hui, du fait de la fermeture de la frontière, les réfugiés n’arrivent plus. Les équipes de SECADEV, qui étaient présentes avant la crise, ont reçu l’urgence de plein fouet et l’ont prise à bras le corps. Elles ont orienté leurs actions vers l’aide aux réfugiés. Ce sont des équipes compétentes et dévouées qui vivent dans une relation de proximité avec la population. A ce stade des opérations, nous sommes dans une phase où la logistique est bien huilée et les camps sous contrôle. Le système d’approvisionnement en eau et les latrines sont fonctionnels, l’état sanitaire de la population est plutôt bon et la nutrition des enfants est meilleure. La bonne collaboration entre les ONG est à saluer : MSF pour le volet médical, le PAM et Secours Catholique via SECADEV pour l’aide alimentaire, Oxfam pour l’eau. Mais les besoins sont encore considérables.
Quelles relations entretiennent les populations déplacées avec les villageois alentours ?
Il y a un sentiment de frustration de la part des villageois qui est source de tensions et parfois de conflits. La gratuité de l’aide alimentaire et l’apport de services sociaux (dispensaire, écoles sous bâches…) qui sont proposés à l’intérieur des camps et qui ne sont pas présents dans les villages environnants créent une pression perceptible. De même sur l’utilisation de l’eau, l’accès du bétail des réfugiés aux pâturages ; le ramassage du bois par les femmes et enfants des camps, qui contraint les villageois à s’éloigner pour en trouver… Ces problèmes sont pris en compte le SECADEV et le HCR. Ainsi, une commission de médiation et de concertation entre les représentants des réfugiés et des villageois a été créée pour résoudre les différents à l’amiable. Les villageois peuvent aussi avoir accès aux soins gratuitement dans les camps. Une réflexion est également menée par le SECADEV et le HCR en vue de rechercher un équilibre entre le niveau de vie des villageois et des réfugiés, notamment en matière sanitaire et en eau.
Comment la situation évolue-t-elle ? Entrevoit-on une issue à la crise ?
Nous assistons à un enlisement de la situation au Darfour. Face à la mauvaise volonté du gouvernement Khartoum de résoudre le conflit, les observateurs et les réfugiés sont pessimistes quant à un prochain retour sur les terres. Les accords de paix au Sud sont un élément positif qui peut influer, mais il est trop tôt pour dire s’il aura l’impact attendu. Pour l’année 2005, les populations dépendront très largement de l’aide humanitaire d’urgence : les récoltes sont très mauvaises et les champs n’auront pas été semés. Il est urgent de rester solidaires et mobilisés.
Pour soutenir les programmes d'urgence développés par le Secours Catholique en lien avec ses partenaires, merci de bien vouloir faire parvenir vos dons au : Secours Catholique / Caritas France, BP 455, 75007 Paris, en précisant la mention "Crise Darfour" ou de procéder maintenant à un don en ligne sécurisé.
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