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R.D Congo : la transition inachevée
mise en ligne : 10-06-2005

Secrétaire des Commissions Justice et Paix du Congo et de l’Afrique centrale, Sœur Marie Bernard Alyma témoigne de la situation qui se vit en République démocratique du Congo, dans le cadre de la campagne d’action internationale «Femmes actrices de paix».

Que vous inspire le thème de cette campagne « Femmes actrices de paix » ?
Ce thème répond à notre approche du rôle particulier des femmes. Au Congo, elles sont doublement victimes de la crise et des atrocités liées à leur nature. Mais aujourd’hui, elles sont porteuses d’espérance. De victimes, elles deviennent actrices de leur devenir en développant des dynamiques qui leur sont propres. Aujourd’hui, 80% de la société congolaise vit du travail informel des femmes. Rendre les femmes protagonistes du processus de paix est essentiel. Elles sont déjà leaders à travers des initiatives de développement et de sensibilisation pour la transition. Elles sont debout et vivent un tournant décisif.

D’après vous, quels rôles peuvent jouer les femmes dans la reconstruction de la société ? Quels sont leurs atouts ?
Les femmes congolaises ont beaucoup d’atouts dans leur identité. Elles sont génératrices de vie. Elles ont une approche liée à leur mission et leur rôle leur est dicté par cette mission de maternité qui doit être une maternité sociale. Elle ne se laisse pas écraser par la souffrance. Elles font vivre le fruit de leurs entrailles et mettent l’humain au centre du développement. C’est là la spécificité des femmes dans leurs réflexions. Leur rôle est de ramener les décideurs politiques à mettre la vie, la personne humaine, au centre de leurs préoccupations et non des logiques de profit, d’intérêts et de pouvoir. Ainsi nous pouvons dire que les femmes du monde entier se retrouvent dans ce discours. Partout en France, cela s’est prouvé. Ensemble, les femmes se réunissent autour de la responsabilité de la vie. Il ne faut pas rechercher une égalité homme-femme qui nie la différence, mais rechercher la complémentarité. Nous devons ensuite institutionnaliser ce que nous ressentons en tant que femmes. Solidarité, respect, bonne gouvernance sont autant de valeurs à promouvoir. Nous avons un très grand rôle à jouer et nous nous diminuons dans la passivité ou en essayant d’imiter les hommes dans le discours actuel.

Comment s’organisent les femmes ?
Il existe déjà de nombreuses initiatives, comme la formation des femmes leaders pour la promotion des femmes. 47 femmes ont ainsi bénéficié de cette formation et ont vécu ensemble durant 9 mois. Le travail était basé sur la redécouverte de leur identité de femme. Elles ont vu qu’elles avaient de grandes valeurs à proposer en correctif social. Des valeurs qui humanisent la société. Nous avons également créé une faculté de sciences de l’éducation avec une option d’éducation à la paix. Cet institut fonctionne déjà depuis deux ans et nous avons pour projet d’ouvrir une école maternelle et primaire de la paix. Il s’agit dans notre travail de passer de valeurs privées à des valeurs sociales. Les femmes ont compris que ce travail n’était pas extérieur à elles-mêmes, mais constitutives de leur être. Elles le font pour que la vie puisse croître.

Concrètement quels sont les rôles des Commissions Justice et Paix ?
Ce sont des commissions d’étude sur les thèmes de la justice, de la paix et des droits humains. Ce sont aussi des commissions de sensibilisation, de formation, d’animation et d’action pour la transformation sociale. Il existe 47 commissions au Congo. Dans le cadre de la transition, elles s’occupent de la mobilisation des communautés de base : éducation civique et électorale. Les formateurs essaient de former de nouveaux animateurs au niveau diocésain et paroissial. L’Eglise à travers la Commission Justice et Paix est passée de déclarations à l’action concrète. Ainsi, nous avons élaboré un programme spécifique d’éducation à la citoyenneté, à l’Etat de droit pour les communautés de base. Autour de ces questions, nous essayons de sensibiliser les plus vulnérables. Bientôt, nous allons former des observateurs d’élections. La plupart des commissions sont aussi impliquées dans les commissions de démobilisation et de réinsertion des soldats.

Comment voyez-vous l’avenir politique de votre pays ?
Nous avions un délai de deux ans et de six mois renouvelables pour organiser des élections. Avec la pression des uns et des autres, la machine de la transition a commencé à tourner, mais au 30 juin prochain il n’y aura pas d’élections. Or, le peuple congolais a mis beaucoup d’espoirs dans ces échéances tant chaque jour la souffrance est grande. Nous redoutons les tensions. Il faut qu’au 30 juin, un autre calendrier nous soit proposé. En attendant, nous comptons beaucoup sur l’appui de la communauté internationale pour faire en sorte que les élections aient lieu au plus tôt.

Quel message souhaitez-vous véhiculer par votre témoignage ?
Je souhaite faire entendre la voix du peuple congolais et faire entendre la lutte qu’il mène au quotidien. Il n’y a pas que la passivité, la misère et la souffrance, mais une lutte qui est porteuse d’espoirs. J’en appelle donc à la mobilisation de tous : 3,8 millions de morts, c’est la guerre la plus meurtrière après la seconde guerre mondiale. Or ce génocide n’a jamais été reconnu par la communauté internationale. J’en appelle aussi à faire pression pour la démobilisation et la réinsertion des hommes en armes et pour qu’un nouveau calendrier voit aboutir des élections libres et transparentes.



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