M. l’Abbé Joseph Mukassa Somé, expert en sociologie du développement, occupe le poste de Secrétaire général de Caritas Burkina Faso depuis sept ans.
Quelle est la situation au Burkina Faso actuellement ? Malgré ce que pense la communauté internationale, la famine s’est répandue partout dans tout le pays. Même si le Sahel ne couvre que 43% du territoire, c’est vraiment tout le Burkina Faso qui souffre maintenant de la pénurie alimentaire qui sévit dans toute la zone.
Pourquoi cette désinformation que vous dénoncez ? Les chiffres des récoltes communiqués par le Ministère de l’agriculture et toujours repris datent d’une année faste. Ils sont reconduits sans distinction, sans ajustement d’une année sur l’autre. Ces données qui font croire à un excédent, cachent une réalité toute autre. En fait, la crise acridienne s’est rajoutée à la sécheresse, mais les criquets n’ont rien trouvé puisque tout était déjà sec. Le gouvernement a pris des mesures pour les éradiquer, mais il faudra détruire les œufs, c’est une action à long terme. Nous ne sommes pas au bout de nos peines.
Quelles actions menez-vous auprès des populations ? Contre les criquets, nous ne pouvons rien faire. En revanche, nous essayons d’apporter de l’aide à tous ceux qui sont dans la détresse, particulièrement dans le nord-est dans la région du Sahel bien sûr. Mais les populations des autres régions qui ont vendu leurs excédents au Niger, au Mali, se retrouvent maintenant totalement dépourvues. La solidarité locale a marché, mais si elle a permis à certains de s’enrichir à court terme, ce dont on peut se réjouir, à présent il faut leur apporter tout autant d’aide qu’à la région du nord-est. Nous essayons de répartir et d’équilibrer notre soutien dans tous les diocèses*. En temps normal, les projets de Caritas recouvrent les domaines de la santé, de l’éducation, de l’agriculture et de l’hydraulique.
* Le Burkina Faso compte 13 diocèses. Sur l’ensemble de la population : 20% sont chrétiens, 37% animistes, 33% musulmans. 95% habitent en zone rurale, 80% sont analphabètes, 50% de l’éducation est assurée par l’Eglise. (Chiffres communiqués par M. l’Abbé Mukassa)
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