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Khalid El-Quandili
mise en ligne : 09-01-2006

Khalid El-Quandili, cofondateur de l’association « le Cercle des citoyens responsables » et corédacteur d’un petit livre blanc préconisant quelques pistes pour remédier à l’exclusion dont souffre la banlieue.

- Quelle lecture faîtes-vous du dernier soulèvement des banlieues ?
La crise sociale que notre pays connaît n’épargne pas la banlieue, bien au contraire; ses effets y sont encore plus dévastateurs, le chômage, l’emploi, le logement ont frappé de plein fouet et en force les habitants des cités HLM, des «quartiers» comme il convient de dire maintenant.
Les quartiers et les cités se retrouvent aujourd’hui confinés aux extrémités des villes. L’exclusion dont ils sont géographiquement victimes ne peut épargner la population qui y vit. Un sentiment grandissant de frustration et de mise à l’écart semble profond. Ainsi, il y aurait la France et puis les banlieues. Un tel découpage ne peut être accepté. En effet, un phénomène de désertification du service public s’est opéré au jour le jour et a eu pour conséquence la désertion du secteur économique, la mise à l’index des quartiers et de leurs populations, accentuant les difficultés sociales. Or, tout est lié. Les lieux de convivialité, les lieux de vie un à un disparaissent et, pour les rares commerçants qui «s’accrochent», il est de plus en plus dur de s’y maintenir. Des «cités dortoirs» où leurs locataires ne s’y retrouvaient qu’après leur journée de travail, on glisse de plus en plus vers ce que l’on pourrait appeler les zones d’exclusion sociale les plus difficiles. En effet, dans chaque famille on trouve au moins un de ses membres au chômage, ou en situation d’emploi précaire.

- L’exclusion, dont font l’objet les jeunes (et les moins jeunes) des banlieues, est-elle, selon vous, due au manque de volonté politique, à la seule discrimination ethnique et culturelle, à un autre phénomène ?
On déplore souvent une perte de confiance des jeunes dans la politique ; le monde politique est de plus en plus décrédibilisé; mais la faute à qui ? Lorsque l’on constate que les quartiers défavorisés font l’objet de toutes les sollicitations uniquement en période électorale, on ne peut avoir d’autres réactions que du désespoir. Les hommes politiques sont de plus en plus souvent interpellés sous le qualificatif de «politiciens», dans la mesure où avant une échéance électorale et après, cela n’est pas pareil. Les élus n’arrivent pas à comprendre que, par leurs actes prometteurs inconsidérés, ils bouleversent négativement les relations de confiance établies dans les quartiers et contribuent à la déstabilisation des intermédiaires existants. Quel exemple positif les acteurs locaux peuvent-ils donner lorsqu’ils se retrouvent aussi dénudés qu’avant ? Aucun.
Tout se passe comme si un vrai dialogue entre les institutions et les jeunes ne pouvait avoir lieu. Pourtant, nombre d’expériences ont démontré que des problèmes trouvent toujours une solution lorsque les femmes et les hommes politiques se sentent vraiment proches du terrain et trouvent les interlocuteurs adéquats pour faire avancer des idées, dans l’intérêt de tous. Les élus tiennent une des clés des problèmes : le dialogue et la responsabilisation des jeunes. Il faut que les jeunes qui agissent trouvent des élus à leur écoute. Il faut arrêter de faire de l'assistanat et traiter les problèmes sur le long terme. Le constat est parfois amer et demande explication ou réflexion pour répondre à des attentes qui dans l’ensemble sont légitimes. Ils se posent beaucoup de questions sur la réelle volonté politique de certains à vouloir trouver des solutions.

- Quand avez-vous créé l’association « le cercle des citoyens responsables » et à quelle date avez-vous rédigé et publié « le livre blanc » ?
Nous avons créé en 1996 une instance de réflexion nommée «le Cercle des Citoyens Responsables» ; ce dernier est composé de personnalités de la société civile agissant en direction des quartiers. Ils ont deux points communs : issus des quartiers et attachés à la Nation. Nous organisons des rencontres informelles avec des personnalités du monde politique, économique et social pour faire passer des messages ou avoir une explication sur des sujets sensibles.
J’ai commencé la rédaction du livre blanc en juin 2005 avec le concours d’une quinzaine de signataires (membre du cercle des citoyens responsables. Les événements dramatiques m’ont obligé à le boucler très rapidement. A sa conclusion le 5 novembre, il fut soutenu par 300 personnes issues ou intéressées par la banlieue.
L’objectif est d’essayer de mettre sous la lumière la richesse humaine de cette banlieue -méconnue par certains- à travers le tissu associatif, les forces vives et les actions positives. Un proverbe zaïrois dit : «On entend l’arbre tomber mais pas la forêt qui pousse».
Notre volonté est de faire entendre cette majorité qui n’a qu’un souhait vivre en paix et en harmonie dans notre beau pays. Nous espérons faire de ce livre blanc un véritable socle de réflexion, pour les politiques, les élus et les électeurs.
Nous sommes du côté de la République et de la loi, nous voulons rétablir le dialogue entre « l’uniforme » et nos gamins. Nous voulons éviter les amalgames et tordre le coup aux caricatures et autres clichés sur la banlieue. Nous voulons aussi lutter contre toutes les formes d’injustices sociales qui frappent les habitants des quartiers. Oui, en banlieue aussi, on rêve d’avenir brillant pour nos enfants, de calme et de tranquillité pour nos parents. Chacun d’entre nous est un citoyen responsable et ensemble, nous sommes une vraie force de proposition !




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