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Interview d’Étienne Pinte : « Il faut redonner vie à la solidarité »

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09/11/2010

Le député UMP des Yvelines et tout nouveau président du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) veut faire porter son action en priorité sur le logement.

- Quelles sont vos priorités pour les trois ans que va durer votre mandat ?

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Plus de 8 millions d’hommes, de femmes et d’enfants vivent sous le seuil de pauvreté, soit plus de 13 % de la population française, alors que nous sommes l’un des cinq pays les plus privilégiés du monde. On compte 3 millions et demi de personnes mal logées en France ; enfin, entre 2 et 3 millions de personnes n’ont pas de travail. J’estime qu’une société ne peut vivre de manière équilibrée et harmonieuse qu’à partir du moment où logement, formation, emploi et santé sont accessibles à tous. Avoir un logement est la base de tout équilibre humain. Un enfant qui ne se sent pas en sécurité dans un logement convenable ne fera pas de bonnes études et aura d’autant plus de difficulté à entrer dans la vie active. Enfin, dernier pilier de l’équilibre, la santé, conditionnée par les autres nécessités de base. Je souhaite donc, au sein du CNLE, faire avancer en parallèle ces quatre domaines fondamentaux de la vie.

- Comment allez-vous vous y prendre ?

C’est aussi mon travail de président du CNLE de faire pression sur les pouvoirs publics, les collectivités locales, le monde associatif et tous ceux qui ont une responsabilité dans l’accompagnement social des plus démunis. Par exemple, il ne suffit pas d’annoncer le financement de 125 000 nouveaux logements sociaux, encore faut-il ensuite vérifier combien de permis de construire ont été réellement délivrés, combien de mises en chantier ont été réalisées et combien de mises en service de ces logements sociaux ! Cela implique que les acteurs de l’hébergement et du logement exercent leur droit de tirage sur les sommes que nous votons : les collectivités locales, en particulier celles qui n’ont pas atteint les 20 % de logements sociaux, les offices d’HLM, le monde associatif… Et dans tous les autres domaines c’est la même chose. Nous avons besoin d’une volonté politique commune et partagée.

- Quelle est votre inquiétude majeure actuellement ?

Le fait que 60 % de la population de ce pays relève du logement social est symptomatique. Nous comptons 600 000 logements insalubres ou indignes, 100 000 personnes sans abri. Et il y a des étudiants qui logent dans des caves, d’autres qui se prostituent pour pouvoir se loger à Paris. C’est inacceptable !

- Estimez-vous qu’une majorité de la population ne gagne pas suffisamment bien sa vie en France ?

Cette question du pouvoir d’achat est en dessous de la réalité. Près de la moitié des Français ne paient pas l’impôt sur le revenu. Il y a un vrai problème de pauvreté dans un pays qui globalement n’est pas pauvre. Ainsi qu’un problème d’inégalités qui se creusent entre de larges couches de la société et les plus hauts revenus. C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis favorable à un partage plus important entre ceux qui ont le plus et ceux qui ont le moins. C’est aussi pourquoi je suis hostile au bouclier fiscal et favorable à ce que les plus privilégiés puissent participer davantage à l’équilibre des revenus des plus modestes.

- Quels enseignements tirez-vous du rapport du Secours Catholique ?

J’ai été frappé par le regard que vous encouragez à porter sur cette population. Il faut que chacun prenne sa part de responsabilité et que nous soyons tous des éveilleurs de conscience en ne nous contentant pas de faire l’aumône ou de nous en remettre à l’État ou aux associations. Le collectif ne doit pas se soustraire à la responsabilité personnelle. Il faut redonner vie à la solidarité.

Propos recueillis par Catherine Rebuffel

Les articles du dossier « Ressources : vivre avec moins de 1000 euros par mois » :

Source Messages n° 651 - novembre 2010